Grammaticale limite !

En lançant des corn-flakes et des strass sur les grands chemins, les poubelles se remplissent de pensées mystiques monochromes bleus ; et on trouve là l’odeur habituelle et musqué des forêts oublieuses et traîtresses. Des forêts, noirs de craie et de chewing-gum synthétiques, où s’entraînent là-haut les alpages délimités par la pluie, altérés, comme momifiés par la descente vertigineuse de ces faisceaux crépusculaires.

Je les incorpore sous leur humus, en les nouant à cet halo mystérieux, sans me douter qu’une seule seconde d’intervalle puisse compenser leur calamité.

Carnets de poésie 9 !

Texte de Notesmat15. http://notesmat15.jimdo.com/nouvelles-littéraires/

C’est l’été alpin, en plein milieu du grand visage des amants organiques

C’est l’été indien, qui s’embourbe dans la terre comme dans un cercueil

C’est l’été alpin qui embrase son point de non-perception :

Féminité noire perçant à travers les vieux débats jusqu’à parvenir à cet embryon : le vide des Voyelles !

C’est ainsi en ouvrant le journal de Kurt Cobain que j’ai décanté une succession de silences sous tous les angles…

1 : Au milieu de cette grisaille chiffrée à l’excès, cette grisaille de la bavure extrême, de ce fouillis de coquillage marin, 2 : un ex chiffre confortablement expansif ; un suçotement de bleuet taillé dans la guêpière des crins de chevaux alezans, un trou dans le plafond de la chambre d’hôtel en entamant la cinquième nuit à Nice ;

3 : un autre chiffre embryonnaire, le soleil de Minuit presque blanc et comme frangé de noir projetant synthétiquement la glorification en faveur de maître Yoda ; et 4 l’inculte dans sa thébaïde mène une guerre acharnée par moult voies de carême dévalué.

Soudain, 1, 2, 3 et 4 au grand galop viennent d’atteindre nos ombres prostrées, presque ossifiées par tous ces embrasements de diable lampiste…

1 et 2 bien tassés, sans les rendre ces bribes de zigzags et de sensations saccadées, germent dans les tasses ébréchées et offrent leur tâche ; j’incorpore aussi 3 et 4 sans me douter qu’une seconde d’intervalle puisse compenser leurs calamités : nous venons nous asseoir sur la branche du marronier et nous lui ajoutons un amalgame de distances contrariées, communicatives et cauchemardesques !

Ça chauffe et c’est stupide de croire que ça puisse être autrement :

Sur le tableau noir, le monde de la force est faiblement éclairé à présent, une île surchauffé d’excitation et de ferveur mais toujours en manque de lumière, flottant dans les vastes ténèbres. Et quand nous avons enfin chevauché le dragon, la salive du dragon, les petites annonces personnelles ainsi que les propositions de bourses recommencent à défiler, à s’aligner sur les prix des porte-feuilles retroussés.

Nous sommes assis à l’arrière d’un van aménagé et nos sens crépitent sous l’effet de ce silence monacal. Le Tableau Noir est ainsi instantanément dépourvu de ces composants organiques de départ et remplacé par des formules ésotériques : je m’enfonce plus ou moins profondément dans ces calculs imprégnés d’odeur de merde et de sueur, sans penser à rien d’autre. Maître Yoda allume une flammèche aux deux bouts et nos guitares désaccordées abandonnent aussitôt l’idée de rejoindre Nice à pied. La lune mord la suite matricielle du tableau noir en se jetant dans les eaux glauques de la Saône. Un embrouillement de crucifix lunaires, genre une hallucination bien tordue à la Kurt Cobain.

Le livre de Kerouac prophétise dans son coin sur le devenir du monde… La terre du milieu écroule l’alignement de palmiers face à nous : j’entends leurs harpons de foëne craquer suavement, je sens leur ombrage chaud goutter sur le sol en regonflant d’une certaine dimension mystique les boucles d’oreilles de l’étudiante à côté de moi.

C’est une jeune teen aux bottes de cuir impérial, qui oscille entre les lettres et les mathématiques. Elle est sur le point de partir : ce sera alors fini la débandade.

Ses yeux sont noirs et magnétiques ; est présente aussi l’odeur habituelle et sensorielle des craies qui ont esquissé un récit sur le Tableau Noir.

In vitro, elles expliquent le long cheminement d’un chercheur en littérature moléculaire qui a réduit en poudre une palette d’oxyde grammatical pour obtenir une coloration poétique singulière : ça ressemble aux Illuminations d’Arthur Rimbaud, en particulier cette Parade issue de son imagination arborescente et déambulant le long des Mercedes aux teintes noires.

Le rallye étant prêt à commencer, notre enthousiasme brûle comme une étincelle de sel, de poivre, de parmesan, ou d’origan.

Le Rêve

Lançant des corn-flakes et des strass sur les grands chemins, en humectant les ombres de la grammaticale limite délimitée par la pluie, s’entraînent là-haut des alpages noirs de craie et de surprises synthétiques… la lumière par petits paquets de rayons, paraît enamourée d’un suçotement de bleuet nostalgique, ces silhouettes de craie et de fusain plongent en s’immobilisant en bas :

Là où sa jupe mandarine, en tombant, a dessiné des associations dans la neige froide et presque ossifiée par tant de guerres acharnées ; des zigzags sous le poids de leur pénombre se surprennent aussi à osciller du côté du vide : c’est un abîme d’une blancheur brûlante, où le noeud du chignon de la soubrette s’hérisse de pincées d’herbe !

L’existence suit un tracé logique, le rêve, lui, semble aimanté par le vide sidéral et chaotique.

Des faisceaux crépusculaires d’abord altérés, comme momifiés par leur descente vertigineuse, nous enveloppent d’un parfum subliminal jusqu’à sentir leurs doigts tresser des perspectives poétiques sur les stèles de marbre rose (d’une minéralogie douteuse cependant)

Nous regardons la mer s’effondrer comme de la viande cokéfiante dans une gamelle pleine d’échos silencieux. Des voix nous parviennent d’une idée lumineuse : dehors l’aventure farfelue continue sur la route, sur ce chemin arrosé par la récente averse où nous espérons secrètement fouiner aux revers des hivers brûlants.

Du plus profond des limbes de ces miroirs de bordel, la fin de saison appelle la neige à envahir l’asphalte et le goudron des réalités statiques.

C’est l’instant des poches vides, le paroxysme du monde de la force où la foudre vient toucher nos blessures audibles ! De pitoyables existences alvéolées remontent à la surface et, tandis que les étoiles filantes paradent, nous ressentons alors la présence d’un neutron hostile, et en même temps un grand vide s’ouvre devant nous…

Des tourbillons énigmatiques se glissent autour de nos deux corps immergés : de véritables et authentiques louanges pour leurs si belles lumières ; mais elles ne reprendront jamais vie !

Le monstre responsable de ce carnage ? Le fond du lavabo où s’écoule à présent la pénombre fringante ; une finitude interminable où rien ne bouge : seule sa syntaxe suinte sur les murs de notre prison. Quelle journée !

Nous sommes devenus des chiens corrompus, à l’échine cassée. Des chimères bien trop ancrées dans l’imaginaire. Des épouvantails consumés et perdus cette nuit. Des singes de l’espace, suspendus par-dessus le parapet rouillé de l’autoroute.

Malgré tout, le cauchemars prendra fin, à l’aube quand la délicatesse des autres corps cotonneux, enveloppée sous les sac de couchage, viendra nous étreindre.

La Fille de Charles Baudelaire !

La description des sous-vêtements de Mallory m’apaise. Nous en parlons. La fille de Charles Baudelaire est aussi le sujet de notre conversation. La reine est en sorte mon entente cordiale.

Est-ce que je suis son esclave sexuel aussi…

Nous sommes deux solitudes différentes, laides et lentes nous marchons avant d’être aimé : parfois je m’aventure hors du sentier

Aristote : noir, décanté sous Duke Ellington, édition actuelle et pendule du Professeur Tournesol

Ellington : blanc, bout du pénis et sourire en feutre ; en sens inverse Ellington, tremblant sous les ombres souveraines le long des routes. Ellington : fouilles archéologiques au travers des chairs contradictoires, au travers des manuscrits jetées comme des galaxies douteuses.

C’est un magnifique spectacle d’animaux de cirque et une arche composée de Beatniks : Ellington encadre l’entrée et Ulysse c’est la machine qui fait disparaître ses noirceurs d’ébène

Orphée : tantôt en cage, tantôt en liberté, Orphée l’Aliéné et Orphée (Orphée souffrant d’un désordre éternel) Orphée veut du soleil.

Hélas ! Ulysse : vert, je prends des ascenseurs crêpés de maïs tandis que la tranche muette d’un livre comme La Nausée, sous le regard d’un chevreau, prend un sentier qui se perd dans un mouchoir de poche.

Aujourd’hui Ulysse vient du plafonnier, d’un bonsoir entendu sous des moutons de poussière : Ulysse à la fois la négation de toute chose et la rive effroyable du Styx !

Ulysse s’est alors relevé, sans détacher les yeux, perplexe. et il a dit : « Et ça sent une drôle d’odeur… un parfum bigrement inorganique de vie gâchée et inachevée…

Et j’ai rajouté : une sincérité d’écrivain que le feu relève, ce bûcher qui est un complexe d’administratifs, des hommes pendus à un avenir comme la fin du monde s’accroche aux étoiles, au néant.

Playlist !

Exprimées aux lance-flammes, des listes de fantasmes fervemment liées chevilles aux corps : à des années lumières, ces parallélogrammes de musique éclatante tournent et se croisent sous la sainteté de la jeune Teen à la manière d’un kaléidoscope — la polysémie de cette playlist étant plié sous le rythme, la palpitation de Kurt Cobain ; avec toujours ces fantaisies soufflant interminablement comme une hélice, un vent hivernal, par moments presque syllabique :

Au milieu de ces plans mobiles, de ce fouillis de réminiscence orientale, confortablement j’entame la cinquième nuit ; le soleil de minuit presque blanc et comme frangé de noir vient d’atteindre nos ombres prostrées ; ossifiées, sans rendre ces bribes de zigzags et de sensations saccadées et même sans se douter une seconde que nous allons débarquer là où se déploie les huées du jour.

De cette étrange bouche, alors peuplée de sombres miroirs, une série diaphane de corridors virtuels, et un tas d’images mouvantes des théories qui passent.

Sous le battement de l’Angle Mort tombant en poussière, le bourdonnement régulier de Santa Barbara en Californie abandonnée : une programmation obstinée avant d’entrer dans ce tourbillon, cette triste chair livrée en pâture.

Et alors que je découpe tendrement des parodies de romans noirs, ce jeu pervers qui ne fait que de commencer déjoue tout esprit d’analyse ; revoilà ce con magnifique, ce petit anus huilé, et je te le dis sans ambages tu es littéralement la plus jolie des teens : quand je te vois dans la rue, passer avec tes bottines de cuir impérial, je voudrais que tu m’ordonnes sur le champ quelque chose de graveleux !

Cassie Matisse !

Cassie Matisse comme en réponse à toutes les questions. Un bref instant, la tension mystérieusement disparaît avant de revenir aux aguets, au centre même, au milieu de toutes ces lettres rouges surprenantes qu’elle a déjà aperçu dans ses songes.

Aujourd’hui, à l’inauguration du Kinérama, un film est présenté :

SCENE AVEC PALLADIUM

Cassie Matisse s’était promis de ne jamais descendre les marches de ce festival. De ne jamais les monter aussi d’ailleurs. Mais, de son plein grès, elle s’est mêlée à la foule bruyante car le silence l’épuise. Le monde s’éloigne à mesure qu’elle s’accorde avec les lois de la gravité.

Elle se cache entre les fans qui attendent l’arrivée des stars. Un vent glacial s’est levé avec majesté au petit matin, et toujours ce soleil qui brûle par son absence.

Dans l’obscurité des salles de projection, les bobines attendent, bien au chaud, d’être visionnées. Les éternels privilégiés de l’obscurité, observant depuis leur douloureux perchoir.

Les machinistes et les machines ne s’inquiètent pas, ils ont confiance en leur pouvoir hypnotique qui, d’après eux, va subjuguer le festival organisé par les frères Lumière en personne. Autrement dit, à l’intérieur du Kinérama, tout n’est que ordre, calme, luxe et volupté. Et toutes ces douceurs ne diffèrent en rien des trêves des confiseurs.

Les Stars, ces étoiles qui ont percé par trop d’égoïsme, défilent déjà sur le tapis rouge et les yeux de Cassie Matisse, en contrebas, brillent et dérangent comme ces poèmes de serial killer, comme ces cris noirs et crépitants que les hussards révolutionnaires lançaient sur tous les toits avant d’être annihilés par l’Histoire.

Cassie a tout d’une fanatique blessée, la tête ailleurs, hors de ce monde, vase de chine cassée à l’idée d’affronter la semaine épouvantable à venir. Elle laisse cheminer les mots avant de former des pensées.

Les frères Lumière arborent leur célèbre sourire à moustache pour les appareils photo, leurs explosions de lumière sautant autour d’eux comme autant de bouchons de champagne, et ils saluent la foule qui les acclame passionnément en lançant des baisers avec de grands gestes des deux bras.

Des éclairs apocalyptiques zèbrent le ciel poisseux au-dessus d’eux, après un instant d’hésitation, ils se changent en string de noce ; des femmes pleurent et lancent leur culotte et leur mouchoir, des jeunes filles se pâment à leurs pieds, des vieilles dames aux jupes retroussées se tiennent l’entrejambe et s’agenouillent pieusement. Autour d’eux, des flocons de neige suspendus virevoltent et étincellent sous le néon vert fluo représentant l’entrée du Kinérama.

A cet instant, Cassie Matisse perçoit le néant qui relie les deux frères à cette foule en délire, aux joues pâles et aux mains potentiellement sanglantes, son sourire moqueur accompagne la progression des frangins, son cynisme l’empêche de s’enthousiasmer pour ces mondanités.

Elle imagine qu’à l’intérieur des salles de ce cinéma new-age, le silence règne encore, avant l’arrivée des deux stars… Un silence que Cassie Matisse, a rejoint depuis longtemps, aujourd’hui préoccupée par ses étranges recherches sur une nouvelle façon d’écrire, aux azimuts de toutes les inventions révolutionnaires ou stupides, recensées jusque là.

Prête à percer, quelque chose s’éveille, et seule la créature aux yeux sans éclat tandis que les stars s’éparpillent à l’intérieur du Kinérama, attend : cette chose d’une autre planète, coupée de toute temporalité, a mis de la lumière dans ses cheveux, des bleuet aussi.

A la dérive, mais toujours entourée par la meute, en son crâne palpite l’existence d’une référence cinématographique, d’un genre inconnu quoique proche de la filmographie de David Lynch, comme l’image éclatante d’une émeute psychédélique qui ne demande qu’à renaître.

Encore très loin en contrebas, glissant lubriquement et hâtivement ses mains au fond de ses dentelles, Cassie Matisse fait descendre le désir ; sa maman, la douce Angela, pour cause d’absence prolongée au foyer familial, l’a dispensé d’une éducation sexuelle. En vérité, le fantasme est une denrée rare en ce monde.

Et quand la neige tombe à nouveau sur la ville, et sa chevelure noire flotte comme du sirop d’érable dans une tasse de café, alors s’atténuent les ardeurs des particuliers, en laissant place à l’air frais du matin, au libre arbitre des SMS… et à sa folie presque feinte qui coule de son sein massif.

Maître Yoda

D’abord, un chuchotement perçu comme un mystère, alors que Maître Yoda descend deux bouteilles d’un brandy espagnol ; puis une rangée de galets de rivière transportée par sa seule pensée, et ses méninges abandonnent alors l’idée primaire de la jouissance et de l’extase : les galets ainsi que les deux bouteilles atterrissent aussitôt, à moins de trente kilomètres de là, sur une route arrosée par l’averse où les troupes de Dark Vador se précipitent… pour ces mercenaires, apparaît de loin une ancienne cathédrale, ou plutôt ses ruines. Quelque chose est née ici sans avoir été pensée, dessinée, avant sa naissance : infiniment mystérieuse quelque chose pourtant d’inauthentique : peut-être cette atmosphère générale de déchéance qui frémit devant les yeux clos de Maître Yoda, maintenant tranquillement assis en zazen à l’arrière d’un van aménagé, dans la pâle lumière. A l’intérieur des lobes de son cortex, il distingue le pur de l’impur : Le monde, le Monde de la Force, est faiblement éclairé à présent, une île en manque de lumière flottant dans les vastes ténèbres.

Et autour de Maître Yoda toujours impassible, perçant à travers l’immensité presque saharienne de la planète OS X, l’aura rouge et noir de Dark Vador, surchauffée d’excitation, de ferveur, et d’effervescence alors que Yoda tente de se familiariser avec la fraîcheur sylvestre d’une région inconnue sur les cartes.

Le van en question, où Yoda aime se recueillir, ne ressemble à présent qu’à un vieux tas de ferrailles qui ne roule plus depuis des lustres et dont il est le moteur par la pensée, un effet de synesthésie le relie à cette équipe d’une douzaine d’astronautes archéologues qui l’ont aménagé jadis, dans ces bois, après les attentats contre l’Etoile Noire, le 13 novembre 3957.

Dans ces bois, à quelques pas du van, la suggestion de cette vieille cathédrale : il ne reste que les voûtes et c’est là, au milieu de ces ruines, que Maître Yoda s’exerce et s’applique à déplacer par l’effet de sa seule pensée les blocs de marbre disloqués… Mais Yoda se fait vieux : la nuit, deux tuyaux en caoutchouc sordides l’aident à respirer pendant son sommeil ; et l’univers lui-même semble s’effondrer sous le fardeau des millénaires, rachitique depuis la consécration de Vador comme Empereur Intergalactique…

Seulement, comme des cendres qui se réveillent, la rébellion des Utopistes recommence à s’organiser : d’abord, dans le van, avec Maître Yoda toujours actif, mais aussi, sur cette même planète, des résistants comme Jumbo, Angela ou Katia veulent inverser cette loi du talion que Vador a mis en place, et rétablir la république…. les divers sabotages qu’il commettent contre l’Empire font trembler les commerçants fédérés avec l’Empire lorsqu’ils tiennent fiévreusement leur feuille de choux relatant leurs exploits…

Une ombre pourpre squatte maintenant le refuge de Yoda, celui-ci allume la lampe halogène qui se tient dans un coin, une lueur jaunâtre, typique de l’art baroque, vient de se poser sur les vitraux que Yoda a récupéré des ruines de la cathédrale. Des larmes tièdes lui montent aux yeux et se mettent à couler le long de ses joues jusqu’à sa bouche avant de sécher sans hâte. C’est à ce moment précis qu’il pourrait trouver ce remède à l’antique qui manque à cette époque funeste, mais il se laisse gagner par l’émotion.

Ses larmes en tombant sur le sol forment un tapis duveteux, et toute une vie fourmille au-dedans : des têtards de façon anarchique s’accouplent et pullulent la flaque lacrymale.

On peut aussi percevoir à travers cette scène attendrissante la voie lactée, sous l’autorité de Dark Vador, qui paraît pourtant indemne après tous ces siècles de règne maléfique.

Il y a bien trop longtemps Yoda s’est retiré dans une forêt ; de cette retraite méditative et contemplative, quand Yoda décidera enfin de sortir de sa thébaïde, sa force activée par une féroce et très vive envie de vivre, avec l’aide des survivants résistants, détruira peut-être à jamais le côté obscur de la Force.

La vie moderne

Immédiatement, Katia détourna les yeux et fit mine de regarder le paysage nocturne par la fenêtre. La conversation tournait à mon avantage : les mots avaient retrouvé leur couleur et leur timing idéal et pourtant cela même me fit perdre mon latin. Nous étions plongé dans un monde futuriste, un remake de Star Wars ou une série B traitant à la fois de cyborgs, de soleil vert mais aussi de Katia, la pauvresse qui s’agitait dans la pénombre de la chambre d’Angela…

A un point donné, le monde que je connaissais avait disparu, ou bien s’était retiré, remplacé par un autre ; la dépression qui me menaçait m’avait déjà évincé avant même de passer à l’assaut.

La liberté ne signifiait rien pour moi, ce n’était qu’un violent tremblement de coeur.

Le Monde de la Force, suite à l’exhumation du Secret -le secret de l’univers- ce monde s’était effondré comme les morceaux de banquise qui étaient venus s’effondrer sous les coupoles illuminées de mon terrier. La dépression, aux tentures noires, s’abattait elle-aussi… La fusée de Jumbo avait décollé, me laissant seul dans la chambre d’Angela avec Katia : et si cette période Noël devenait le monde des défunts pour nous, ces deux naufragés interstellaires ?

Des nuages noirs avaient exaucé mes Désirs les plus morbides : la pluie tombait à présent sans cesse sur la planète OS X.

Nos voix étaient lasses dans la nuit. Quelques secondes d’intervalles suffisaient à les effacer ;

Et le silence régnait alors en emportant notre conversation, archivée malgré tout par notre cyborgs-serviteur.

Elle avait eu son diplôme de psychiatre à l’occasion de ses vingt-deux ans : faute d’être sur le terrain, elle avait délaissé l’archéologie, ses premières études qu’elles portait avec un intérêt certain, pour la psychanalyse : mais cette science ne sert pas à grand chose quand la désolation vous entoure, tant d’énergie gaspillée en vain ! Cepandant le programme que je suivais et qu’elle enseignait tentait de rapiécer les données récoltées par mon ancienne conscience. C’était une méthode de libre association.

Et comme chaque soir, j’associais les mots qui me venaient à l’esprit, avant de fumer au balcon d’Angela : je préférais largement ce moment silencieux, j’inspirais la nicotine et la fumée en observant les voies lactées, toutes enchevêtrées entre elles, se vider de leur utilité.

Initié par leur force cauchemardesque je désespérais : trop d’espace, et bien trop isolé parmi ces ténèbres, je voyais leur structure aléatoire comme l’amputation sauvage d’une articulation ; et si notre planète n’était qu’une vague réminiscence bien au delà de notre voie lactée ? »

Katia Matisse comme en réponse à toutes les questions.

Un bref instant, la tension mystérieusement avait disparu avant de revenir aux aguets, au centre même, au milieu de toutes ces lettres surprenantes que j’avais déjà aperçu dans mes songes.

Il ne restait maintenant qu’à analyser ce traumastisme sexuel qui était à l’origine de toute cette histoire :

Puis soudain il y aurait le noir absolu, alors on aurait tiré le rideau et les acteurs seraient repartis dans les coulisses.

D’abord, il me semblait, qu’à la Naissance du Grand Tout, une lumière spectrale avait percé dans tous les azimuts. J’étais ce savant fou au fond du souterrain, caressant le poil sauvage de ma créature. Pour l’instant, sa seule représentation, même mentale, aurait suffi à le faire disparaître instantanément. Je projetais de les détruire tous, je haïssais les humains.

Leur monde avait un défaut, leur monde était un écoulement nasal. Leur simple crachat m’était un écueil à éviter. La viande, leur viande était pour les Alligators, mes alligators.

Ce bestiaire féroce au fond des égouts.

Mais j’en restais convaincu, tout était organisé autour de ce récit : le complot descendait directement de l’autorité de Kaphrium !

De nuit, il avait regagné l’appartement de sa mère : une jeune femme vêtue d’un chandail en laine naturelle, d’une jupe en tweed boutonnée de haut en bas et d’un gilet en daim beige, un téléphone portable et un bloc notes toujours à la main.

A cette époque, il travaillait déjà la genèse d’un texte dont le personnage était Razko Kaphrium : un savant au look destroy, et il passait parfois des nuits blanches à raturer d’annotations son manuscrit au verso des feuilles donnés par le professeur de français !

Aujourd’hui, il semble que le projet Kaphrium peut enfin voir le jour.

Dans l’obscurité

Dans l’obscurité doucement, la sacro-sainte Raison des Humains se perdait, allant jusqu’au non-sens qu’ils redoutaient pourtant, et de folies ordinaires en chaos effroyables, le fameux Non-Sens progressait en sapant davantage les fondements de sa rivale… j’avais cherché d’abord un moyen de les plonger dans le noir le plus incompréhensible… ahuri, j’avais passé des dizaines d’années en usant et en abusant de mes connaissances dans cette quête vaine ; et sans jamais obtenir un seul résultat, encore moins l’once d’une reconnaissance.

Cependant, alors par hasard, je fis cette stupéfiante découverte qui changea le cours de mon existence : simplement pour me distraire entre-temps, j’avais inventé un curieux système à l’intérieur de mon ordinateur : basé sur l’organisation, sur la logique, et même sur les fantasmes et les interprétations autour des poèmes, je m’étais rendu compte que ce système avait déjà fait de nombreux et exhaustifs tours du monde, et bien davantage, aussi incroyable que ça puisse paraître, avait traversé aussi les déserts intergalactiques…

Elephant Man Syndrome

C’était à la une de tous les journaux: le parasite filaire avait encore frappé, une nouvelle vague de d’épidémie pressait les Autorités à déplorer un nombre toujours croissant de victimes et à prendre des mesures sanitaires radicales.

Ce vers semait ses larves à l’intérieur de la personne contaminée, son œil droit devenait complètement blanc, le conduisant à une vision réduite tandis que ses symptômes psychiques étaient plutôt d’ordre autarciques: le sujet présentant d’abord des signes d’isolement volontaire, ne sortait plus de chez lui, provoquant à la longue sa mort par inanition.

Journaliste d’investigation au Mercure Liquide, un magazine pseudo littéraire qui était sorti des bas fonds d’une zone à éducation prioritaire, et voulant obstinément percer l’énigme de cette maladie étrange, je devais enquêter.

“Mais si je te charge de l’affaire, m’avait prévenu le Chef, passe d’abord à l’asile: il y a un type touché par ce syndrome qui a disparu, il y a une semaine.”

J’ai accepté et c’est ainsi que je me suis renseigné sur Kaphrium. Sa famille, très inquiète, avait appelé le Centre Psychiatrique et il avait été emmené de force.

Je me suis donc déplacé jusqu’au Centre pour interroger le personnel mais aussi et surtout les patients. Car l’un d’eux avait attiré mon attention ; d’après le bref rapport psychiatrique, John Fante était le seul ami de Kaphrium, ce qui m’étonnait d’ailleurs car ce genre de maladie fait naître un sentiment de persécution et les autres sont jugés hostiles et indésirables.

Je voulais l’interroger aussi car John Fante était le dernier à avoir vu Kaphrium, le mystérieux disparu, aussi incroyable que ça puisse paraître.

La conversation fut difficile à démarrer mais j’avais l’atout gagnant en main: je lui promis de le faire sortir de là, c’était le vœu le plus cher à tous les pensionnaires et ma promesse fit mouche.

John Fante commença par me raconter qu’ils étaient devenus inséparables, leur point commun se résumait au Bouquin de Phillip K Dick (Ubik) qu’ils avaient lu avidement.

Pendant qu’il cherchait ses mots pour décrire en quoi consistait le sujet du roman, je prenais des notes, tout en m’arrêtant de temps en temps pour l’examiner.

Il avait des cernes très creusées, des cicatrices à te faire voir la mort sur les avant-bras, c’était l’homme de la fatigue inassouvie; selon moi, épuisé à force de se perdre dans les souterrains de son imagination enfiévrée, ce monde factice où dormait une angoisse latente et indicible.

Puis il évoqua en baissant la voix l’existence d’un monstre au fond d’une bouche d’égout, un être difforme, en gestation, qui le hantait et hantait tous les malades du Filaire. D’après lui, Kaphrium était parti le retrouver cet horrible Elephant Man des égouts, peut-être dans l’espoir de le combattre et de mettre fin à leur supplice. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait fugué.

“Mais quel était alors le rapport avec le Filaire ?” lui avais-je demandé, agacé par ce vomi mensonger, ces affabulations de petit enfant. John Fante se tut puis après un long silence, il promit de révéler le secret qui allait changer la face du monde… Secret révélé à condition bien sûr que je lui trouve une porte de sortie, tout de suite. John Fante était un piètre menteur, personne ne pouvait gober ça.

Quelques minutes plus tard nous étions tous les deux assis au comptoir d’un café glauque, sirotant quelque alcool appartenant au dictionnaire des alcools prohibés. Notre évasion fut des plus exotiques — imaginez-vous sortir d’un asile de forcenés, tenant le bras d’un type qui croit en l’existence d’un montre tapi dans les limbes souterraines, un monstre capable d’avaler quiconque se mettrait en travers de son chemin, imaginez les obstacles d’une telle sortie, ici un napoléon de pacotille prêt à en découdre, armé de son coussin et d’une cuillère en bois, une vieille pute sifflant des insultes et proposant des passes pour une cigarette, ici encore quelques gamines anorexiques tâchant, assez habilement, dois-je dire, de vous crocheter les jambes, tout ceci sous le regard immatériel des caméras de surveillance, qui, pensais-je, ne devaient plus fonctionner depuis l’écriture de l’Ancien Testament. Gare à l’infirmière en chef ! Avait hurlé mon nouvel ami ce qui avait eu pour effet d’éveiller la conscience animale des infirmiers, aussi dûmes-nous nous cacher un moment dans un placard à balais aussi poussiéreux que le corps de ma grand-mère. Imaginez alors mon soulagement lorsque parut la lumière du jour.

Je n’avais passé que quelques heures dans le sein de l’institution mais j’en étais ressorti lessivé, usé et avec un seul désir, ne jamais y remettre les pieds. D’ores et déjà, je haïssais les fous, les infirmiers et les infirmières en chef.

Je me mis à penser à Ida. A son corps et l’odeur du poisson frit qui émanait de sa cuisine. J’avais vraiment besoin d’une femme.

De vieux posters d’Elvis trônaient derrière le mur de bouteilles. Un Elvis bouchonné, gras et sans charme. La photo semblait poser cette question : comment cet homme-là a-t-il pu un jour déchainer les plus immatures et charnelles passions ?

Je sirotais mon verre en fixant d’un regard de moins en moins intéressé, mon curieux interlocuteur. Visiblement, il croyait dur comme fer a son histoire de monstre. Rien ne semblait en mesure de dérouter sa pensée et son flot de palabres insensées. Mon chef risquait fort de ne pas apprécier la plaisanterie. Mais au point où j’en étais…

On entendait un vieux tube du King sortir des enceintes. Sa voix ressemblait un peu à celle qu’aurait un enfant qui se serait glissé dans le corps d’une très vieille femme. Je tendis un doigt menaçant en direction de Fante. Il se recroquevilla, se fit si petit et si frêle que j’envisageais de le faire rentrer dans ma blague à tabac et de le jeter un peu plus tard dans le fleuve. D’un ton de conspirateur, il me dit :

  • Vous ne me croyez pas, n’est-ce pas, inspecteur ?
  • Je ne suis pas inspecteur, je suis journaliste, dis-je en allumant patiemment une cigarette.
  • Oh, fit-il en me jaugeant d’un regard malade, genre jaunisse au crépuscule.

Et je compris que j’avais ma chance. Pour appuyer mes propos, c’est ce que font les gens de ma condition, je sortis ma carte de journaliste, largement décoré du logo alambiqué du Mercure Liquide. Après tous ces alcools rances, je ne savais plus très bien ce que je devais faire, et cette carte de journaliste que je lui tendais ne semblait nullement l’affecter ou l’impressionner.

D’autant plus que cet Elvis de bas étage commençait à me taper sérieusement sur le système, je lui proposai de sortir ; la nuit était tombée et dehors, devant le bar, on entendait à peine les brames liturgiques d’Elvis… De manière inattendue, j’ai pensé à toutes ces années où je travaillais dur pour me faire ma place au Mercure Liquide, l’envie d’aller respirer ailleurs, par exemple sur le Brooklyn Bridge, s’était fait alors sentir. J’étais face à une plaque d’égout lorsque j’ai eu cette réflexion, avec cette intuition soudaine que son histoire tenait debout, après tout on avait bien vu des phénomènes inexplicables et inexpliqués sortant des égouts.

Mais il y avait cet homme qui sanglotait derrière moi, « John Fante, il faut que tu me donnes des détails scabreux sur la nature de tes cauchemars, avançais-je d’une voix autoritaire, si tu devais chercher ce monstre qui vit dans les égouts, je veux dire, quelle forme prendrait-il si on le délogeait du fond des égouts ? »

Il me répondit sans détour que la Créature aurait sûrement, pour nous appâter, le corps d’une femme nue, avec des seins resplendissant mais que ce serait uniquement une forme temporaire… Sa folie me gagnait peu à peu.

Imaginez deux fous décelant une plaque d’égout en pleine nuit pour aller déranger un monstre invisible, imaginez un journaliste et un mythomane fraîchement évadé d’un centre psychiatrique descendre dans les profondeurs de la ville, en quête d’une réponse à toutes ces rumeurs qui s’éparpillaient au-dessus de leurs têtes.

Imaginez ma stupeur quand je vis le profil d’une femme allongée, semblable à la Maja nue de Goya, se dessiner dans la pénombre.

A un moment, apercevant le reflet bleuté d’un écran d’ordinateur où l’on pouvait lire des listes de matrices sans fin, je pris conscience alors du pouvoir illimité de notre imagination qui avait fait naître en ces lieux humides une femme superbe mais ô combien dangereuse.

L’ordinateur mélangeait les données d’un encéphalogramme et d’un électrocardiogramme, c’était une vieille machine pas belle qui débordait d’informations contradictoires en clignotant d’un rouge vif.

Avais-je déjà rejoint les limbes du sommeil ? Pourtant je ne rêvais pas, l’Elephant Man qui générait le parasite filaire par voie sexuelle, était une femme en chair et en os.

La lune tombait juste à travers l’ouverture de la plaque d’égout. J’avais du mal à me concentrer sur les messages codés qui défilaient sur l’ordinateur, en symboles mathématiques. La créature parlait une langue ancienne, impossible à décrypter, qui venait du fond des temps antiques. Il n’y avait qu’un mot que je comprenais, aisément identifiable : Fuck, qui revenait souvent dans sa logorrhée incompréhensible.

Son corps — ce géant calculateur de fantasmes délirants et cyniques, capable de faire fondre la base de données de ma conscience en claquant des 0 et des 1, capable de digérer le moindre de mes états d’âme pour en faire de la pâtée pour chien — semblait m’avaler de sa simple présence.

Une présence malsaine, incongrue et sournoise. Un champ de gravitation arithmétique qui ne laissait nul espoir envers le monde à venir.

C’était un existentialisme si beau et si terrifiant.

Cette femme brillait comme les néons d’un club de jazz défoncé à l’éther. Je n’en pouvais supporter la douleur, pourtant je ne pouvais détacher mes yeux de son emprise démoniaque. Les portes de l’enfer s’étaient ouvertes et le destin froid des Grands Desquamés se déversait sur le trottoir, comme une ombre liquide, évanescente. Nous n’avions pas franchi les portes de la perception, nous n’avions pas fait un seul pas, l’univers souterrain avait opéré à notre place. Nous étions des chiens maudits errant sur les rivages de la désolation.

Soudainement, une neige d’un blanc halluciné se mit à tomber sur la rue, sur nos âmes balafrées, sur nos corps mortifiés. La Matrice se joignait à mes pensées comme une saloperie de chat de gouttière. Matrice électrique sur fond de carte postale. Qu’avais-je fait au bon dieu pour mériter pareil scoop ?

Un peu plus tard, alors qu’une épaisse couche de neige recouvrait la route, le monde reprit sa marche monotone et routinière. Tremolo de taxis, carnaval des déguisés de la modernité, ombres des femmes plus belles que la lune, enseignes clignotantes des bars, lumière dégueulasse des réverbères. Le repaire des monstres.

J’étais toujours en vie, mon cœur battait comme un tempo lent et ondulant de jazz West Coast. J’avais l’impression d’être passé sous un rouleau compresseur, mais j’étais en vie. Ce qui ne semblait pas être le cas de mon compagnon d’infortune. Fante gisait raide sur le trottoir, une écume bleuâtre couvrait partiellement son visage. 1 + 1 = 1. Bien.

Je sortis de mon sac de quoi prélever un échantillon d’écume et, les mains dans les poches, l’air de rien, sifflant un Let’s Twist ! de pacotille, m’en fus sur le chemin lumineux de ceux qui en ont assez vu pour une vie entière.

La nuit ressemblait à la peinture d’un moine castré. Sans émotions ni parjure, une nuit fugitive et stridente. Je sentis monter en moi un sentiment de mélancolie gluante. J’avais comme un blues qui me peignait le cœur en mauve. J’avais besoin de dormir. J’avais besoin d’une cigarette. J’avais besoin de la présence réconfortante d’une double dose de rhum paille. J’avais besoin de poser mes mains sur le cul d’une femme réelle. Je voulais dessiner l’architecture spirituelle d’un ordinateur.

Je ne sais comment ni par quel moyen, mais je me trouvais maintenant assis à mon bureau, une cigarette se consumant dans le cendrier, un verre de rhum à moitié vide dans ma main, et une enveloppe pleine de photos floues, en noir et blanc où l’on devinait vaguement une scène classée X, de ma machine à écrire avait giclé une feuille ou l’on pouvait lire :

Les forces spirituelles guident nos pas, nous franchirons tous un jour l’espace reliant l’existence aux ténèbres, nous n’aurons plus besoin de mains ni de jambes ni de cœurs qui battent, j’entends le cormoran des limbes appeler mon nom… On dit qu’un roi perd son royaume quand il perd la vue…

Le carnet du lot numéro cinq -

Lorsqu’elle ouvrit le carton du lot numéro cinq, qu’elle venait d’acheter à la vente aux enchères sans en connaître le contenu, Angela découvrit avec surprise deux anciens portefeuilles en crocodile avec fermoirs en laiton, un carnet en cuir usagé, rempli de notes écrites en langue étrangère et une bouteille de vin rouge millésimé dont l’étiquette avait beaucoup souffert.

Aussitôt elle imagina la vie de leur ancien propriétaire :

Dans son bureau, cet écrivain avait démembré de précieux manuels, annoté au feutre les idées stimulantes pour les recopier ensuite dans son carnet ; au milieu de son capharnaüm, il avait pris soin de glisser aussi entre les pages du carnet des photographies en noir et blanc numérotées ou portant une lettre.

Angela avait tenté aussi d’ouvrir le fermoir des portefeuilles dans l’obscurité de sa chambre (on lui avait coupé le courant suite à ses dépenses exorbitantes.)

On ne voyait que la diode de sa lampe de poche éclairant l’unique ensemble du carton contenant les objets. Les deux fermoirs avaient fini par céder, lui laissant découvrir des papiers où l’écrivain étudiait la prononciation de mots souvent rares et complexes d’une langue encore inconnue pour elle.

Elle ne connaissait même pas leur existence : cette liste de mots semblait tout aussi ésotérique que le reste, renvoyant comme un index, aux différentes pages du carnet.

Au début, elle les confondit avec des noms de pseudos inventés de toute pièce par l’écrivain. Mais une recherche sur Internet lui apprit qu’ils venaient d’un dialecte de Papouasie.

Tout était organisé autour du carnet en cuir : les photographies vieillottes, les prononciations sauvagement gardées par les portefeuilles et peut-être même cette bouteille de vin rouge !

Cette nuit, avant d’éteindre son ordinateur et de planquer le carton dans l’une de ses armoires, elle s’intéressa de plus près au profil du vieil homme décédé : feu journaliste d’investigation au Mercure Liquide, l’ancien propriétaire était aussi homme de lettres à ses heures perdues.

Elle se coucha finalement très tard, et fit des rêves fiévreux où elle se perdait, comme Alice aux Pays des Merveilles, dans cet étrange classement, ce fourmillement de ratures et d’images, et quelque chose lui chuchotait à l’oreille qu’elle tenait à présent l’aboutissement d’une méthode novatrice et surtout d’une invention farouchement gardée sous clef !

La méthode novatrice d’Alphonse Choplif et l’invention d’une Zone !

Angela était étudiante en informatique, pourtant dès le réveil, elle décida de ne pas aller en cours ce jour-ci. Devant son café, elle observait encore sous toutes les coutures les deux portefeuilles, puis l’examen passa à nouveau au carnet, il y avait à la page quatorze un poème qui la fit rire et la mit de bonne humeur :

« Jour numéro un, deux et trois :

J’ai dormi à la belle étoile, sous les baobabs de Saint-Péray

Des géants à côté de moi qui ont l’haleine de la lascivité

Aujourd’hui, mes mains n’attrapent

Que du vent ; et le petit diable vert du Photomaton

M’observe en ricanant tandis que je jette

Mes divagations sur le papier de moleskine. »

Guillerette, elle chercha la photographie qui était rattachée à ce poème, Angela vit alors qu’elle représentait un camion poubelle en partance pour sa tâche. Interloquée d’abord puis à nouveau amusée, elle scanna la photographie pour l’enregistrer dans son MacBook et la publier sur Twitter ainsi : « un poème, c’est comme un camion poubelle, il récupère toutes les ordures qui sont délaissées sur la route. »

Plus tard dans la journée, sur une feuille de papier, elle listait des adresses emails face à l’écran de l’ordinateur et tapait frénétiquement sur le clavier de temps en temps tandis que des jeunes gens au-dehors s’appliquaient à détruire le mobilier urbain. Ainsi, elle avait à portée de main le lourd carton de la vente aux enchères et cherchait désespérément parmi ses contacts une personne qualifiée pour décrypter les mystères du carnet d’Alphonse Choplif, ce capharnaüm d’où il lui semblait poindre son rire, ses sarcasmes qui rendaient du sale.

Au milieu de l’éparpillement de tous ces documents désormais en sa possession, la nuit arriva, et toujours sans éclairage (elle rechargeait la batterie de ses appareils sophistiqués dans les lieux publics) elle s’était armée de nombreuses piles pour recharger sa lampe de poche.

Elle écoutait à l’aide de son iPhone, une playlist du groupe défunt Nirvana : quand Kurt Cobain et Krist Novoselic étaient encore sous le label Sub Pop avant que le groupe ne devienne un truc énorme, une grosse machine à faire du fric.

La page numéro deux traitait d’un autre temps où des agitateurs avaient été pendu pour quelques Napoléons dérobés. Avant leur exécution, par le pouvoir de leur imagination, ils avaient adopté un lieu qu’ils appelaient La Zone.

Angela toujours penchée sur l’étrange ordinateur, avec le carton du lot numéro cinq à ses pieds, patinait dans la semoule sans jamais avancer, c’était davantage qu’un fragment de textes incompréhensibles : c’était un avertissement à suivre si elle ne voulait pas sombrer dans la folie, le non-sens se terminant en entonnoir morbide.

Elle avait lu les dernières lignes, clope au bec, tandis qu’une odeur fétide s’échappait du trou des canalisations de la salle de bain ; elle avait lié aux américaines des herbacés psychédéliques pour atténuer sa migraine causée par ces mondes insensés.

Elle ne le savait pas encore mais ce curieux journaliste avait introduit quelque chose de nouveau, quelque chose qui avait découragé, rouillé, dégénéré, et même aliéné tous les autres chercheurs : même les questionnements semblaient aussi sous l’emprise, l’influence de cette chose.

L’énigme paraissait tristement se résumer à ça, à ce carnet ridicule qu’on pouvait croire, à tort, plein d’élucubrations.

Et peut-être à ce mot effacé à la fin du carnet ! Comme en réponse à toutes les questions passées, présentes et à venir.

Désir.

Vue sous l’angle de ses fantasmes, Angela, formant un monde très cinématographique à l’intérieur comme à l’extérieur de sa bulle, il y eut une nouvelle configuration aussi bien sur le papier du carnet de Choplif que sur les affiches rouges surprenantes du métro qu’elle empruntait.

Alors qu’elle s’engouffrait comme tous les autres utilisateurs du métro, ce matin, il y avait au bout du tunnel percé un arrêt étonnant ; elle était à présent seule : tout le monde était sorti à cet arrêt. Peut-être pour bosser dans une nouvelle tour en verre qui avait poussé comme un champignon la nuit. Seul un homme monta à cet arrêt et se présenta assez rapidement comme un gardien, Le Gardien de La Zone qui détenait la clé de toutes les énigmes…

En la quittant interloquée, l’homme avait laissé tomber par maladresse un livre poussiéreux d’Egon Willerbann.

Et de nouvelles contraintes aussi tombèrent à sa lecture : il fallait, cette fois, pour ce défi ou pour ce jeu, s’appuyer sur un support ; et bien que Angela se sentit alors en danger, sur un ancien Dictaphone et à l’aide d’un vieux magnétoscope, de retour chez elle, s’exécuta :

Elle prit un air grave et commença à enregistrer sa voix, mais elle tremblait au fur et à mesure qu’elle détaillait ses premières confrontations avec ce désir naissant qui était né cette matinée… et, à la main, un fer rouge sortant de sa cheminée, les tisons brûlants et les cendres ardentes ayant été remués peu de temps avant, elle vit scintiller la diode rouge du magnétoscope alors qu’elle était en pleine lecture…

Son père, en ce moment, devait avaler un café bien chaud en lisant le New-York Times et sa mère en haut, elle, devait repasser, tous les deux entourés d’un étrange silence qu’ils ne quittaient guère…

Et Angela, cette jeune fille qui avait pris son indépendance dans un appartement en emménageant seule, commençait à se faire un sang d’encre… et les phrases, ses phrases, au début irisées de je-ne-sais-quoi d’un peu taquin et adolescent, sonnaient creuses… mais ce n’était peut-être qu’une illusion.

Monologue du mystérieux disparu : R. Kaphrium !

« J’ai tenté de trouver pour chaque corps, chaque intervenant une étendue de récit encore vierge… un vrai désastre : j’en ai fait des décalcomanies sur les parois de la baignoire ; ce n’est pas la première de mes pieuses blessures… Cependant, en cheminant et en approfondissant, je crois avoir vaincu tous mes ennemis ; l’un après l’autre, mais le plus grand de tous, je suis passé à côté de lui sans le reconnaître- et c’est, aussi incroyable que ça puisse paraître, c’est moi-même. »

Le trajet circulaire de ces abruptes paroles refroidissait toujours au soleil. Comme les bananes ou les ailes de ma Rolls… L’écho de leurs sons effleurait même les pylônes. Des sortes de femmes immobiles… qui se couchaient jusqu’au fond du ravin à mon passage.

Je frémissais devant leur froide lumière égarée… Je pensais aussi à la suite, à l’atterrissage de cet obsédant et céleste vaisseau spatial que l’archéologue interstellaire Jumbo pilotait avant de pousser la porte de la chambre d’Angela, à cette mystérieuse planète qui était dépourvu de populations animales ou humaines. Mes travaux s’étant peaufinés, je les notais mentalement au volant de la Rolls ; j’ignorais encore qu’il y avait des survivants à ce moment-là…


Sur l’arbre cure-dent nous incombait le pilotage des Cinq Serveurs Locaux ; nous vidions d’en haut, assis sur ses branches, leurs turgescences subséquentes dans une bassine placée aux pieds de l’arbre, leurs abréviations et leurs graphiques délicats aussi ; afin de dégotter de nouvelles fonctionnalités.

La mort de l’Empereur grinçait en couinant contre l’arbre et la trame, à l’ombre du mont de Vénus, venait de brûler Monsieur Carnaval en concubinage avec les lumières du jour ; il fallait lui rendre, à ce polichinelle, sa colonne vertébrale d’origine : un sillage d’oursins, en plein air, au milieu de la Place Bellecour, qui laissait ses coquilles en suspension, crachées des enceintes à plein volume ; la genèse de ces abysses, parcourant la scène cendreuse de Moonwalk, apporta alors sa révélation alors que je n’étais encore qu’un gamin :

— Dieu n’existe pas ! m’étais-je dit en même temps qu’un autre personnage promenant sa gueule de bois ; hilare, il était comme un intru au milieu des enfants, ma classe de futurs Zonards, qui, guidée par d’étranges fantaisies, dessinait encore des Dragon Ball sur leurs cahiers d’écoliers et croyait dur comme fer à cette « morsure du soleil » accablant les assaillants de Sangoku…

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