Elections US: une alternative est possible.

Après avoir posté sur un réseau social “for the rest of the world, make america lovely again”, un commentaire me fût laissé. Le voici: : “En 2002, Arlette est la seule candidate qui n’a pas appele a voter Chirac au second tour, faisant preuve, dans la foulee, d’une irresponsabilité politique ahurissante. Ce que nous vivons ici est peut être moins evident de loin, mais c’est le 21 Avril 2002 a l’américaine, un électrochoc complet et une panique violente a l’idée que Trump pourrait prendre la Maison Blanche. Meme si Gary Johnson est sans aucun doute un type decent, il prend la meme position qu’Arlette. La difference, c’est que le risque est infiniment plus reel. Sa responsabilité, elle est d’éviter aux Etats-Unis, et au monde, de donner un pouvoir a Trump qu’il utiliserait a des fins déplorables. Et by the way, viens dans ma maison, je te le montrerai, l’Amérique est méchamment lovely… “

Et voici la réponse à ce commentaire

Bien, je vais prendre quelques minutes pour répondre à ce commentaire, si j’en crois le style, écrit sous le coup d’une émotion qui a failli partir en sucette. Je ne reviendrai pas sur l’analogie plutôt déconcertante que fût choisie et qui m’a fait vachement marrer, à l’image d’un petit fantôme se prenant malencontreusement une porte dans la tronche un soir de déguisement. Sans parler de l’adverbe maladroitement utilisé devant le mot lovely, qui inconsciemment illustre bien la problématique du moment, à savoir: les bons contre les méchants, sans que personne ne sache exactement qui est vraiment ceci ou cela, ce genre d’appréciation étant on ne peut plus subjective. Quant à l’ invitation c’est avec plaisir que j’y répondrai, depuis le temps, une petite trentaine d’années environ, que je caresse l’idée de retourner dans ce pays que je trouve par dessus tout adorable. Car oui, j’aime l’Amérique, sa géographie, ses gens, sa littérature, sa liberté, sa créativité, son cinéma (comme le dernier film de Tim Burton que je suis allé voir hier soir avec les enfants, d’où ma réponse tardive) et surtout oui surtout, sa musique à commencer par le jazz. Et je m’explique.

Avant de me lâcher, tel un Quarter Horse joyeux et rieur cavalant dans les verdoyantes plaines du Montana, faisons un petit retour en arrière. À une époque, où l’Amérique faisait rêver pour d’autres raisons que celle d’aujourd’hui, un Gary (pas celui qui t’a fait réagir, un autre et pas banal non plus) a fait intrusion dans ma vie. Enfin, dans ma vie c’est une façon de parler, puisque c’est de la famille qu’il s’agit, ma présence n’étant qu’anecdotique dans l’histoire de cet américain en Europe. Ferme les yeux et imagine un instant…….qu’ai je dit là, rouvre les yeux sinon tu ne vas pas pouvoir lire la suite. Je recommence. Cligne des yeux et imagine un instant…. ça ne vas pas non plus, tu vas rater des images de l’histoire, c’est dingue cette façon de s’empêtrer dans sa narration… bon, fais ce que tu veux avec tes yeux et imagine.

Imagine un petit garçon, coinçé entre ses problèmes de lego, de pétards (pas ceux qui font polémiques aujourd’hui, ceux qui faisaient badaboum sur les petits soldats en plastique) de trains électriques en retard, d’observation des formes insensées dans les nuages, de cocker qui se transforme en lion, de dessins qui tirent plus vite que leur ombre, de gadgets à monter, de ballon de football dans la tronche et de sueur en kimono, bref imagine un instant l’arrivée de cette personne d’un continent fantasmé dans cet univers compliqué. Son aisance naturelle, sa sympathie spontanée, sa langue entraînante comme une grosse locomotive partant à la conquête de l’ouest, ses jeux à base de disque en plastique à se lancer sans savoir pourquoi, de balle en cuir à taper avec un gros gourdin et à rattraper avec un gant démesuré, ses „Chiefs“ de sa ville natale (dont je portais fièrement le T-shirt) furent ma première confrontation réelle avec l’Amérique. Bref, tu l’as compris, nous avons ici le cas typique d’un adulte, qui sans s’en rendre compte, a eu une influence décisive sur un enfant. Et le plus paradoxal dans l’histoire, cet américain de son côté, souhaitait s’intégrer à une Europe également fantasmée et ne plus vivre dans une Amérique qui ne lui correspondait pas. Le monde est mal fait quand même. Depuis, un sacré bout de temps a passé et d’américain il est devenu parisien, tête de chien, mais c’est une autre histoire.

Bien des années plus tard, grâce à la générosité de mes parents, me voilà propulsé physiquement sur ce pays continent. Mon émerveillement n’avait d’équivalent que la légèreté ressentie face à ce nouveau monde de liberté. Il y avait dans l’air, difficile à imaginer avec 90% d’humidité, un je ne sais quoi de léger, d’insouciant, voire d’enthousiasmant. Le jazz fut la ligne de fond de mon séjour, de Preservation Hall aux multiples radios locales, les progressions harmoniques n’avaient d’égales que mes pérégrinations oniriques. Car c’est presque d’un rêve qu’il s’agit tant je fus marqué par la gentillesse des gens rencontrés, par la simplicité, la spontanéité des rapports humains et l’approche pragmatique et ludique de la vie. Je passe ici sur les détails qui seraient trop personnels sur cet espace publique, mais peut être encore une anecdote sur la découverte, après les „Chiefs“ des années plus tôt, de celle des „Saints“ qui n’avaient rien à envier à ceux orthographiés différemment d’une prétendante Miss New Orleans dont j’avais pu faire la connaissance douce et moelleuse… mais je ne m’étends (quoique) pas sur le sujet : on n’est pas là non plus pour faire de la littérature érotique.

Donc, cet avant-propos succinct pour te faire comprendre que l’Amérique je l’aime, tu l’auras compris je pense. Et c’est á dessein ici que je fait l’impasse sur les aspects négatifs de cette société car ils pourraient être mal interprétés, bien que d’un autre côté cependant ils pourraient pondérer une description qui semble idéalisée. Et maintenant, pour revenir à l’essentiel du sujet, je me lâche tel le Mustang fougueux aux glaouis rétrécis sur les pentes majestueuses des montagnes enneigées du Colorado. Lorsque j’écris „for the rest of the world, make america lovely again“ nous sortons du champ des expériences individuelles pour rentrer sur celui plus gluant de la politique et des relations internationales (bien que certaines expériences individuelles peuvent s’avérer extrêmement gluantes aussi, si tu vois ce que je veux dire mon coquin). Comme nous sommes maintenant dans le domaine politique, je voudrais que tu comprennes bien que je dissocie ici les gouvernements des populations. Et que des émotions que j’ai pu décrire plus haut nous passons à l’utilisation de la raison pour illustrer mes propos. Comme tu le sais j’ai grandi dans un pays qui fut marqué par la force tranquille. Des décennies plus tard, le registre des adjectifs utilisés n’avaient pas franchement évolué car il fut servi à la population le président normal. Tranquille et normal, sont en quelque sorte les deux piliers qui résument assez bien une rhétorique bien huilée au cynisme sans-gêne pour masquer justement le signifié des mots utilisés. Un peu comme dans ce livre bien connu, qui par une prémonition extraordinaire au regard de notre époque actuelle, résumait une politique dominante par “war is peace, freedom is slavery, ignorance is strength”(en français dans le texte “la guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force”). Tu me diras, ce genre de pratique, en l’occurrence fictive et romancée, avait déjà été utilisé pour de vrai par un slogan tout aussi pervers tel que le “Arbeit macht frei” (en français “le travail rend libre”) écrit à l’entrée de camps de sinistre mémoire, à une époque où le mot pesait encore plus lourd que l’image. Aussi pour revenir à nos moutons, et en prenant un audacieux raccourci temporel, de “tranquille” à “normal” le statu-quo fut préservé pendant que dans le même laps de temps la société sombrait encore plus dans la nervosité et l’anormalité. Aujourd’hui, dans ce monde digitalisé, les mots ne sont plus guère utilisés. (comme ce texte balancé à contre-courant sur ce réseau social qui véhicule essentiellement des images de chatons mignons où l’auto-censure règne en maître). L’image a gagné son leadership pour manipuler les opinions. Avec les inévitables cultes de la personnalité que cela peut entrainer.

Et là je reviens sur mon Amérique que j’aime tellement. Il y a huit ans, une personne au charme indiscutable, au sourire ravageur et aux discours séducteurs fut présenté au monde entier comme le pacificateur que tout le monde attendait. En Europe notamment, l’euphorie avait atteint des sommets stratosphériques. Evidemment, dans le délire collectif du moment, il reçut même un prix Nobel de la paix alors que dans les faits, à part paraitre éminemment sympathique la personne en question n’avait encore rien fait de concret pour pacifier le monde. Mais que veux tu, la force des symboles ne date pas non plus d’hier. Là aussi, rien de neuf. À cet époque, je me souviens surtout de l’incrédulité matinée d’une pointe d’agacement voire d’agressivité de mes interlocuteurs sur le sujet lorsque je disais “les gars y’faudrait, p’têtre vous calmer, ce bonhomme ne va pas changer le monde, il continuera à servir les intérêts de son pays (ce qui est tout à fait légitime) car il fait parti d’un système, autrement dit, d’une administration et d’un type de gouvernement bien établi”. Huit ans plus tard que pouvons nous constater: le monde n’est pas plus pacifié, le fameux camp de prisonniers sur l’ile de cuba n’est toujours pas fermé et les mouvements de troupes américaines n’ont jamais été aussi nombreux, ce qui pour un prix Nobel de la paix fait un peu désordre quand même. Pour être encore plus concret, j’ai la malchance de vivre à huit ou dix kilométres à vol d’oiseaux d’une base aérienne américaine où sont entreposées des armes nucléaires, ce qui est une contre-indication formelle pour un sommeil léger. Je travaille avec des gens qui se déplacent énormément. L’un d’entre-eux m’a relaté des événements pour le moins inquiétants confirmant les mouvements actuels de l’armée américaine sur le flanc Est de l’Europe. Il y a quelque temps, alors qu’il représentait son entreprise, il fut impressionné par les mouvements de chars et de camions américains sur les route de Moldavie. (La Moldavie c’est á peu près à 2500 km au nord d’Alep (Alepo en anglais), histoire de faire un petit clin d’oeil à propos d’un candidat aux élections du moment, sur son faux-pas dont s’est réjoui la presse mainstream américaine, cnn et new york times en tête). Tu noteras au passage que dans la presse dominante, y compris en Europe, ces gesticulations militaires américaines ne sont que très peu relatées. Enfin, lors de mes discussions avec des américains de passage dans mon quartier, tous semblent d’accord pour dire que lors de voyages à l’étranger il ne fait pas bon affirmer leur citoyenneté. Et là je persiste et signe:” for the rest of the world, make america lovely again.” ne serait-ce que pour mes amis américains puissent voyager tranquillement sans avoir à assumer les inepties de leur gouvernement.

Voilà, alors pour résumer, lorsque j’observe ces élections américaines qui me concerne par le simple fait de la domination mondiale de ce pays, je reste bouche bée devant les brouettes d’inepties déversées et pantois devant les propos d’un homme d’affaire sans scrupules et ceux d’une femme va-t-en guerre se proposant de diriger le plus puissante nation du monde. Quant à leurs programmes respectifs que j’ai pris soin de consulter en ligne, l’ensemble me pousse à croire que si l’un des deux devenait président nous n’aurions pas vraiment le cul sorti des ronces. C’est pourquoi, en découvrant la philosophie d’un autre mode de pensée, j’ai trouvé qu’il y avait là une alternative intéressante qui mérite considération. Quant à la personne qui représente ces idées, même si son prénom rappelle le Gary de mon enfance, je dois dire que je m’en tamponne un peu le coquillard, détestant par dessus tout les idolâtries flattant des egos démesurés: ce que je demande aux politiques, c’est de faire le job et idéalement le moins possible. Ce qui semble être le cas ici. Car dans le fond, toi, moi et quatre-vingts-dix-neuf pourcent de l’humanité n’aspirent qu’à vivre en paix et décider de leur vie comme bon leur semble sans subir les diktats de gouvernements envahissants. Plus trivialement formulé: “Lâchez nous la grappe, on s’occupe du reste!”

Ouf, on est arrivé au bout ce cette explication de texte et ce serait un euphémisme de dire que je me sens aussi épuisé qu’un Appaloosa ayant passé sa journée au triple galop dans l’herbe bleue du Kentucky!

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