Appel à ceux qui sont tentés par l’abstention ou le vote blanc: Réveillez-vous !

En permettant au Front National d’être au second tour de l’élection présidentielle, une des plus anciennes démocraties envoie au monde et aux jeunes générations un message regrettable.

J’éprouve les mêmes sentiments que le 21 avril 2002. Ils étaient plus exacerbés par le fait que je séjournais à Washington DC, capitale mondiale de la politique, lors du second tour Chirac-Le Pen. Les télévisions américaines, habituellement assez discrètes et indifférentes au sujet de la politique française, passaient en boucle des images de Jean Marie Le Pen et de la liesse de son quartier général de campagne . C’était la stupeur ! Cela était vécu comme un séisme démocratique et tout mon entourage nord-américain était incrédule et s’interrogeait sur les motivations des Français. Je n’ai eu de cesse de nous excuser, de nous justifier et de dire qu’il s’agissait d’un vote de sanction et non de conviction. Pour la première fois de ma vie, je n’étais pas fier d’être français. Mais force est de constater que le FN a continué sa progression et il fait désespérément partie du paysage politique à tel point que c’est dans l’indifférence totale qu’il se hisse au second tour de cette élection. Cela paraît naturel. Cela ne choque plus personne et encore moins certains leaders politiques actuels ou passés qui tergiversent à soutenir Emmanuel Macron. De même, je reste abasourdi quand je vois des enfants d’immigrés qui se sont laissés enrôler et séduire par le discours populiste.

Nous sommes à cinq jours du second tour et il est nécessaire de rester vigilant et mobilisé. L’abstention ou le vote blanc ne sont pas la solution car les extrémistes, eux, vont s’exprimer clairement dimanche prochain. Plus que jamais, je suis motivé et convaincu d’avoir fait le bon choix quand je vois que la droite nationaliste recroquevillée sur elle-même est au second tour de l’élection présidentielle dans le pays de Simone Veil, Jean Moulin, ou Jean Paul Sartre. Nous devons réagir, nous réveiller, ouvrir grand les yeux et ne pas banaliser la présence de l’extrême droite dans le paysage politique français. En effet, la stupéfaction doit rester la même car le logiciel n’a pas changé depuis 2002. Le fond est le même, seule la forme est un peu plus policée, plus féminisée, plus actualisée.

A titre personnel, je ne comprends pas comment on peut se laisser séduire par le discours de l’entreprise familiale que constitue le Front National (père, fille, conjoint, nièce). Marine Le Pen se dit la candidate du «peuple», elle est une héritière. Elle se dit la candidate anti-système, elle n’a travaillé que deux ans comme avocate et vécu d’une indemnité parlementaire européenne, cette même institution qu’elle veut quitter. Elle n’a de cesse de désigner des boucs émissaires aux difficultés rencontrées par notre société ( immigrés, Europe, mondialisation, journalistes, pouvoir judiciaire…). Elle assène des contre-vérités. Le diagnostic est erroné et les solutions sont dangereuses.

Ne pas choisir, c’est laisser choisir les autres ! On peut effectivement rester dans le déni et ne pas trancher, ne pas se prononcer, entre un centriste et une extrémiste. Mais n’oublions pas, alors que certains tergiversent, d’autres continuent de se battre pour obtenir le droit de s’exprimer parfois au prix de leur vie. Certains Fillonistes hésitent encore, est-il nécessaire de rappeler que la gauche a voté sans hésiter d’une seule voix en 2002 ? Par ailleurs, les sept millions d’électeurs mélenchonistes ont voté pour le droit de vote obligatoire et quelques uns encore souhaitent s’abstenir. Je peux comprendre une part de frustration mais de là à ne plus appréhender les enjeux démocratiques !!! Tout cela paraît bien incohérent !

Il me semble plus intelligent et plus pragmatique de comprendre pourquoi nous en sommes là. Qu’avons nous fait ou surtout que n’avons nous pas fait ? Pourquoi sommes nous plus fragiles que certains de nos voisins européens ? Peut-être ont ils su se remettre en question et prendre les décisions nécessaires sans sectarisme.

Oui, nous devons réformer profondément et durablement ce pays pour affronter cette mondialisation. Oui, nous devons faire preuve de lucidité, de courage et de volonté tout en restant dans l’Europe et en améliorant son fonctionnement. Nous devons rester ouverts et tournés vers le monde, sans méfiance mais sans naïveté. Qu’on l’accepte ou qu’on le refuse, les faits sont là, nous vivons dans un système économique mondialisé dont l’Europe est censée nous protéger . Il est donc nécessaire de s’adapter, de réformer tout en sécurisant les parcours individuels plutôt que de nous replier sur nous même. La France représente 1 % de la population mondiale et est pourtant la cinquième puissance économique. Le repli sur nous-même n’est certainement pas la solution.

Voter Emmanuel Macron est un choix démocratique. Pour moi c’est un choix de conviction. Le choix politique, pour ceux qui le souhaitent, se fera aux élections législatives.

Parce que je suis pour la lutte contre les discriminations, le strict principe de laïcité, une Europe ambitieuse et protectrice, plus de justice, un travail libéré, de nouvelles protections, pour la rénovation démocratique et parlementaire, pour une politique volontariste en matière de transition énergétique, de santé, je voterai sans hésitation et avec conviction : Emmanuel Macron.

@BenisJerome

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