Black M : c’est Mozart qu’on assassine

Ainsi donc, le rappeur Black M serait le symbole de la culture tyrannisée. Tous ceux qui ne pleurent pas sur son sort injuste seraient d’affreux «fascistes». Ce raisonnement découle d’un syllogisme idiot (comme presque tous les syllogismes) : l’extrême-droite a condamné la présence de cet artiste aux commémorations du centenaire de Verdun. Si vous réprouvez de votre côté la même chose, vous êtes mécaniquement versé dans la masse indigne de la « fachosphère ». On connaît la chanson : tous les chats sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chat.

Black M avait déclaré qu’il voulait, avec son concert, simplement « faire la fête » avec les jeunes Français et Allemands à l’issue des cérémonies. Faire la fête, sur les lieux du plus grand massacre guerrier de l’Histoire de France : 300.000 morts, 700.000 blessés des deux camps… L’idée était soutenue par toutes les autorités concernées, du maire socialiste de Verdun au président de la République. Devant le tollé, on a finalement renoncé à cette pantalonnade qui bénéficiait de subventions publiques. Sur le même modèle, pour compenser cette censure ignoble, on pourrait faire preuve d’imagination : reproduire Woodstock sur le champ de bataille de Stalingrad ou monter un festival rock à Auschwitz.

Tout est aplani, tout se vaut, tout se mélange. A Cannes, il n’y a plus que des « stars », même si l’on parle d’un acteur de deuxième zone ou d’une actrice sur le retour. A la télévision, Hanouna est une personnalité influente, Ruquier est un observateur respecté. Et bien évidemment, le vrai forum de la démocratie participative s’épanouit depuis des semaines sur la place de la République. « Nuit Debout » permet enfin à la parole de se libérer. Une écoute attentive des palabres permet de vérifier pourtant chaque jour que la logorrhée, salmigondis de Bourdieu et de Badiou mal digérés, se répand en un fleuve ininterrompu de fadaises éculées.

Mais l’immédiateté, l’absence de hiérarchie, l’inculture ont raison de tout. Empêcher un rappeur de faire le mariole à Verdun, c’est aussitôt Mozart qu’on assassine. Assurer l’ordre public dans des rassemblements désordonnés et violents, c’est instaurer une « dictature ». Les casseurs deviennent des « anti-fascistes ». Les mots sont vidés de leur sens à force d’être utilisés à tort et à travers.

Parler de fascisme et de dictature à la légère, c’est en réalité faire injure à ceux qui souffrent ou ont vraiment souffert de l’arbitraire ou du totalitarisme. C’est irresponsable et abject.

Jérôme Godefroy (mai 2016)

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