Clichés journalistiques : le bout du tunnel pour le bas de laine

Voici une version mise à jour de mon élucubration sur les clichés journalistiques qui font florès (en voici un) à la radio, à la télévision et dans la presse écrite. Il est destiné principalement aux étudiants en journalisme sur qui repose l’espoir de sortir de cette ornière (encore un cliché) car pour les professionnels en activité, le sort en est jeté (cliché!).

______________________

C’est un véritable arsenal que les gendarmes ont débusqué à Cliché, petit village paisible de la Creuse de 670 âmes. Au terme d’une enquête longue et difficile et après avoir joué au chat et à la souris avec les malfaiteurs, les pandores ont saisi, avec les armes, la bagatelle de 12.350 euros, une coquette somme retrouvée chez des gens du voyage et des groupes de jeunes issus des quartiers. A qui profite le crime ? Affaire à suivre.

Dans cette commune, dévastée par la tempête hivernale, on ne compte plus les arbres arrachés. Plus de peur que de mal. Mais on a frôlé la catastrophe. Lourde facture : le budget municipal a failli plonger dans le rouge. Les édiles, sous la houlette de leur premier magistrat, font face. L’épée de Damoclès du déficit reste suspendue. Difficile de lâcher du lest quand on joue avec le feu.

Une des trois centenaires du village est morte trois semaines après la bourrasque, dans un terrible accident de la circulation. L’état du véhicule témoigne de la violence du choc. Pour ses obsèques, une véritable foule s’est massée. L’église était trop petite.

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, l’équipe locale de football, petit poucet du département, n’a pas le vent en poupe mais ne dort plus sur ses lauriers et espère bientôt jouer dans la cour des grands. Le portier dans sa cage repousse de plus en plus souvent la boule de cuir.

C’est un groupe soudé qui prend les matches les uns après les autres. Parfois, les résultats ne sont pas au rendez-vous et le score ne reflète pas toujours la physionomie de la partie. C’est hélas trop souvent le statu quo en tête du classement. C’est alors que le torchon brûle avec l’entraîneur, soumis à un véritable tir de barrage. Il est attendu au tournant.

En quête d’un bâton de maréchal, la balle est dans son camp. Il est prié de revoir sa copie pour sortir du guêpier en donnant un coup de pied dans la fourmilière, au risque de voir ses hommes devenir lanterne rouge, ce qui serait un terrible retour de manivelle. Caracoler en tête relève pour l’instant du défi. Mais le coach n’a pas froid aux yeux.

En outre, à Cliché comme dans la cité phocéenne, dans la capitale des Gaules ou la ville rose, bref aux quatre coins de l’hexagone, la tension qui monte au Proche-Orient et l’étau qui se resserre sur la Syrie pèsent sur le moral des ménages. Chacun sent bien que le processus de paix a du plomb dans l’aile. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Le maire de Cliché, sans vouloir mettre la barre trop haut, tente de couper l’herbe sous le pied des pessimistes. Il ne prend pas de gants. Il persiste et signe. «Concrètement, c’est la saison estivale, avec ses chassés-croisés et ses voitures pare-choc contre pare-choc qui sera cruciale » affirme-t-il, fidèle à son credo.

En attendant, pour le printemps, les professionnels du tourisme font grise mine et rongent leur frein. Difficile d’entendre un autre son de cloche. Verra-t-on le bout du tunnel pour le bas de laine ?

Pourtant, à Cliché, personne ne songe à mettre le feu aux poudres ni à ouvrir la boîte de Pandore et encore moins à jeter un pavé dans la mare ou de l’huile sur le feu. On préfère aller au charbon car un bras de fer tournerait vite à la foire d’empoigne.

Pour donner un coup de fouet, l’opinion publique espère un ballon d’oxygène. Il viendra sans doute fin septembre avec le traditionnel «Festival du Navet», occasion pour une pléiade de vedettes de se bousculer au portillon. Cerise sur le gâteau, une grande dame de la chanson française viendra interpréter son dernier opus éponyme.

C’est réglé comme du papier à musique : au carrefour de la Creuse et à la croisée des chemins, Cliché, sous les projecteurs, brille alors de ses mille feux. Personne ne lui arrive à la cheville. Réputation oblige.

Jérôme Godefroy (septembre 2016, revu en janvier 2018)

Like what you read? Give Jérôme Godefroy a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.