Daesh a éliminé mon pressing

Les soubresauts invisibles du terrorisme sont parfois tardifs et inattendus. Le sort d’une boutique parisienne en est l’illustration.

« Je ferme définitivement le 31 juillet », me dit Lucette qui tient le pressing du Quai de Valmy, juste derrière la place de la République, dans le 10ème arrondissement de Paris.

Je suis interloqué et Lucette, la soixantaine élégante, est toute triste. Son commerce est si pimpant, si bien ordonné. On y entend toujours de la musique classique car Lucette est mélomane.

Elle s’excuse presque en racontant les raisons de son renoncement : « Depuis les attentats, je suis en grave difficulté. Je n’y arrive plus financièrement. »

Son commerce est à quelques centaines de mètres des trois cafés mitraillés par les tueurs de Daesh dans la soirée du vendredi 13 novembre 2015 : « Le Petit Cambodge », « La Bonne Bière », « La Belle Equipe ».

Il faisait si doux, ce soir-là. Tout le monde était en terrasse. Les rafales ont claqué. Le sang à coulé. La plaie ne s’est pas vraiment refermée. Les cafés ont rouvert, l’un après l’autre. Mais le cœur n’y est plus. Et le pressing (mon pressing) met la clé sous la porte, après 20 années de bons et loyaux services. Il n’y aura pas de repreneur.

Lucette m’explique : « Après les attaques, mes plus gros clients du voisinage ont presque tous déménagé. Ceux qui habitaient plus loin n’ont plus envie de venir ici. »

C’est une minuscule conséquence du terrible carnage de l’automne dernier. Il n’y aura plus de pressing Quai de Valmy, près de la rue du faubourg du Temple. Pas très grave. Sauf pour Lucette. Et un peu pour moi.

Jérôme Godefroy (juin 2016)