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Si demain je suis tué par le nouveau geste d’un illuminé de Daesh ou par l’action macabre d’un individu plus ou moins radicalisé, je ne veux pas qu’on me décerne post-mortem la « médaille de la victime », nouvelle invention grotesque du gouvernement français. Cette médaille, vous la gardez, vous vous l’accrochez quelque part.

La création de cette breloque a été actée par un décret du 12 juillet dernier, paru au journal officiel. Elle est gratuite, c’est son seul avantage. Il faut être mort pour l’obtenir, c’est son principal inconvénient. Ou au minimum blessé. Grièvement, c’est probablement préférable.

A quelle nécessité cette décoration correspond-elle ? A aucune. Les victimes ne sont pas des héros. Ce sont des personnes ordinaires qui ont eu la malchance d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Leur mort est tragique. Mais ces pauvres gens (dont nous pouvons faire partie à tout moment) ne demandaient pas à mourir. Et sûrement pas à être décorés après leur trépas brutal.

La sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet, spécialiste du djihadisme, a été l’une des premières à s’insurger contre cette innovation funeste : « Cette médaille est un signal déplorable donné aux terroristes car elle ancre la victime de terrorisme dans la permanence voire la durée. Placer dans l’ordre protocolaire une médaille de la victime avant la médaille de la Résistance ou la Croix de guerre est un moyen très discutable de promouvoir la compassion légitime en politique. »

C’est, en quelque sorte, valoriser le terrorisme dans sa barbarie. Les auteurs des attentats se posent en martyrs. Leur «sacrifice» est magnifié : leurs victimes sont valorisées par les gouvernants avec un pendentif. Chaque attentat sera souligné par la remise des décorations. On instaure ce rite suprême qui s’ajoute aux discours, bougies et minutes de silence. On inscrit les attentats dans la routine d’un protocole républicain, immuable, éternel.

Finalement le terroriste le plus méritant sera celui qui aura fait décerner le plus grand nombre de médailles. Sinistre performance.

Il faut évidemment que les victimes reçoivent l’hommage qu’elles méritent. Il faut exprimer à leurs proches notre sympathie et celle de la Nation. Mais que vont-ils faire de la médaille ? L’installer dans un présentoir en velours au dessus de leur cheminée ?

Cette idée saugrenue et obscène est en réalité le signe d’une impuissance mâtinée de mauvais goût. Que peut-on faire contre le terrorisme ? Par grand chose, apparemment. Alors, pour faire passer la pilule, on distribue des médailles. C’est un exercice de communication grossier et déplacé.

Décorez les policiers, les gendarmes, les pompiers, les médecins et infirmiers qui combattent le terrorisme ou y font face. Saluez le courage de tel ou tel individu qui aura tenté de s’opposer à un acte barbare. Les jeunes Américains du Thalys n’ont pas usurpé leur Légion d’Honneur.

Mais si demain mon corps s’éparpille façon puzzle après l’explosion d’une bombe, ramassez les morceaux, enterrez-moi mais, surtout, ne me décorez pas. Si vous saviez comme j’ai toujours été lâche. Ça ne vaut pas une médaille.

Jérôme Godefroy (Juillet 2016)

Written by

Ancien speaker à la TSF. Né sous Vincent Auriol.

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