Le peuple, lierre rampant de l’éditorialiste

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L’éditorialiste à l’écharpe rouge de l’Express, Christophe Barbier, interrogé à la mi-avril 2017 par le Journal du Dimanche, déclare sans ambages : «Se confronter au terrain pollue l’esprit de l’éditorialiste.»

Il a raison : le terrain, c’est salissant pour les chaussures et les beaux esprits. C’est même franchement dégoûtant. Faut-il constater les faits, évaluer les situations, confronter les témoignages avant d’émettre une opinion ? Billevesées ! Aller sur le terrain, c’est risquer de faire face à un bout de réalité.

Ou pire : à des gens. Oui, des gens qui ne déjeunent pas chez Lipp, à l’Avenue, à l’Esplanade ou dans un autre établissement en vue de la capitale. Des gens qui ne seraient ni éditorialistes, ni politiciens, ni sondeurs, ni politologues. Ça doit bien exister quelque part, hélas.

Christophe Barbier passe autant de temps à réfléchir qu’à se faire maquiller avant d’entrer sur un plateau de télévision. Il réfléchit donc beaucoup. Il définit ainsi son rôle : «donner son opinion, affirmer ses certitudes, par essence improuvables.» Autrement dit, proférer des certitudes pas forcément étayées avec lesquelles le public béat et reconnaissant doit se débrouiller : «Afficher avec force ses convictions, poursuit Barbier, permet aux lecteurs de s’y frotter pour former les leurs.» Tant de modestie laisse pantois.

Barbier est bien conscient d’être investi d’une mission immense et sans cesse recommencée. Il cite Alexis de Tocqueville : «Notre destinée est de battre éternellement la mer». Une sorte de Sisyphe qui pousse inlassablement le rocher granitique de son éditorial jusqu’au sommet en le voyant ensuite rouler au bas de la colline. Quel sens du sacrifice, quelle abnégation !

Courbé par l’effort, le courageux penseur médiatique poursuit sans relâche l’édification des masses. «L’éditorialiste est un tuteur sur lequel le peuple, comme du lierre rampant, peut s’élever», souligne ce Barbier qui croit sans doute qu’il ne rase jamais.

Le peuple, ce lierre rampant, voue une gratitude infinie à son tuteur qui lui permet de sortir de la fange, tel «un ver de terre amoureux d’une étoile», pour citer le père Hugo.

Et l’on s’étonnera, devant tant de vanité, que les journalistes soient à ce point détestés…

Jérôme Godefroy (Avril 2017)

(source des citations : site du JDD — article mis en ligne le 14 avril 2017. Propos recueillis par Mégane Arnaud et Cassandre Dumain — IPJ Paris)

Written by

Ancien speaker à la TSF. Né sous Vincent Auriol.

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