New York : les cyclistes et le terroriste

La piste cyclable de West Sreet à New York. Au loin, le “One World Trade Center”.

Cette piste cyclable le long de l’Hudson River, dans le sud-ouest de Manhattan, je la connais par cœur. C’est là qu’un terroriste au volant d’un camion de location a fauché des cyclistes. Il en a tué huit.

Cette même piste cyclable, je l’ai empruntée plusieurs fois par semaine pendant les dix années où j’ai vécu dans ce quartier. Avec mon vélo, je débouchais de Clarkson street (au pied de mon immeuble, à un block au nord de Houston street) et je m’engageais sur cette piste de West street qui longe Tribeca et qui aboutit à Battery Park City. De l’autre côté du fleuve, on voit le New Jersey.

J’ai regardé le tracé emprunté par le camion. Le terroriste a commencé son massacre à l’endroit précis où j’entamais jadis mes balades, à 50 mètres de chez moi. A vélo, dans cette direction, on voyait la haute structure des tours jumelles du World Trade Center. Ce fut mon paysage quotidien pendant toutes ces années. J’ai quitté la ville définitivement dix jours avant que Ben Laden ne décide de modifier ce paysage de manière radicale.

Les cyclistes fauchés hier avaient dans leur horizon proche la récente tour (plus haute) du One World Trade Center, construite sur le site de l’ancien World Trade Center détruit le 11 septembre. Le terroriste a terminé sa course en percutant un autocar de ramassage scolaire, un de ces fameux véhicules jaunes qu’on voit dans tous les films américains.

La collision s’est produite devant un lycée public installé au bord de l’Hudson River. C’est la Stuyvesant High School dont beaucoup d’élèves viennent de Chinatown, tout proche. C’est le meilleur lycée des Etats-Unis par ses résultats. Cet établissement est public mais il opère une sévère sélection d’entrée. Quatre prix Nobel en sciences ou en mathématiques ont étudié à cet endroit. Ce lycée avait été fermé provisoirement après le 11 septembre 2001 pour servir de quartier général aux forces de l’ordre et aux enquêteurs.

C’est dire que ce secteur de Manhattan est marqué par le terrorisme islamiste.

Je n’écris pas ces lignes pour dire sottement : « cela aurait pu être moi ». Ce serait absurde et ridicule. Je ne dis pas davantage que le 13 novembre 2015 à Paris, « cela aurait pu être moi », même si j’habite à cinq minutes à pied des cafés mitraillés et à dix minutes du Bataclan. Cela aurait pu être moi, cela aurait pu être n’importe qui.

J’ai une pensée particulière pour les cinq touristes argentins qui figurent parmi les huit morts. Des hommes de 48 à 50 ans, des amis venus célébrer en groupe à New York le trentième anniversaire de l’obtention de leur diplôme universitaire.

Ils faisaient du vélo le long de l’Hudson River, par un après-midi d’Halloween assez frisquet. Ils sont morts à cet endroit qui m’est si familier. Cet attentat, beaucoup plus que les autres, est pour moi terriblement concret.

Jérôme Godefroy (Novembre 2017)