Philippe Gildas, mon “papa” de radio

Jérôme Godefroy
Oct 28, 2018 · 3 min read

Philippe Gildas disparaît à l’âge de 82 ans. C’était un formidable journaliste de radio et de télévision qui ne s’est pas laissé enfermer dans une case, franchissant avec bonheur la frontière vers le divertissement sans mélanger les genres. Il m’a beaucoup appris. Je lui dois beaucoup.

Les plus jeunes se souviennent du présentateur de « Nulle part ailleurs » au temps glorieux où Canal+ était encore une grande chaîne novatrice. Mais Philippe était avant tout un journaliste pointilleux, doté d’une mémoire phénoménale qui a fait une carrière d’abord radiophonique à RTL, Europe 1 et France-Inter. Il a également présenté le journal télévisé de l’ORTF du temps de Pierre Desgraupes.

C’est à Europe 1 que j’ai eu la chance de le rencontrer quand j’y faisais mes débuts après mes études au CFJ, l’école de journalisme qu’il avait aussi fréquentée (sur les conseils d’un autre élève qui fit une autre carrière : Jean Yanne).

Je débutais et je faisais les flashes de la soirée. Gildas animait la matinale d’Europe 1 à cette époque. Il se couchait tôt et le dernier flash d’information qu’il écoutait était celui que je présentais à 21h. Presque tous les soirs, quand je sortais du studio à 21h05, Gildas était au téléphone, de son lit, et corrigeait mes erreurs (qui étaient nombreuses). Parfois il m’engueulait. Au bout de quelques mois, il m’a dit : « bon, tu n’es vraiment pas terrible mais tu vas faire le journal de 7h du matin ! » Il faut croire que je n’étais pas si nul que ça car il s’agissait à l’époque du journal radio le plus écouté de France sur Europe qui était à l’époque la radio la plus écoutée du pays. Ce quart d’heure de 7h rassemblait 8 millions d’auditeurs, alors qu’aujourd’hui, le meilleur quart d’heure de radio attire seulement 2 millions d’auditeurs.

J’ai commencé à faire le journal de 7h, en alternance avec mon ami Jean-François Rabilloud. Gildas nous a toujours soutenu, aidé, conseillé. A l‘époque, nous dictions nos textes à une secrétaire qui les tapait à la machine à écrire. Un matin, entendant ce que je dictais, Gildas est allé jusqu’à la machine à écrire, a arraché la feuille qu’il a déchirée et m’a dit : « recommence, c’est très mauvais ! ».

Gildas était, à la base, un prof de lettres. Il aimait la pédagogie. Sévère mais juste. Un matin, je raconte à l’antenne une histoire d’excès de vitesse sur une autoroute. Gildas reprend la parole après moi et dit au micro : « vous pourriez peut-être nous dire où ça s’est passé, Jérôme Godefroy ? » J’avais effectivement oublié de le mentionner. Gildas a complété mon information bancale en donnant au micro le nom exact de la localité que, évidemment, il avait retenu.

Dans ce métier exigeant, il est précieux de rencontrer des professionnels de cette trempe, surtout des gens qui ont la volonté de transmettre. Phillippe Gildas, « Breton, petit, avec des grandes oreilles » comme il se décrivait lui-même, a été mon « papa de radio ».

Jérôme Godefroy (octobre 2018)

Jérôme Godefroy

Written by

Ancien speaker à la TSF. Né sous Vincent Auriol.

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