Combien doit-on planter d’arbres pour limiter le changement climatique ?
Au XXIe siècle, la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté progressent. Certes trop lentement, mais ils progressent. Le mal du siècle, c’est le réchauffement climatique, dont les effets se font sentir partout dans le monde et ils sont déjà ravageurs. Il est dû aux émissions de gaz à effet de serre et principalement de CO2, qui restent en hausse, malgré beaucoup d’efforts, car de nombreux pays se développent en augmentant fortement leur bilan carbone. La meilleure solution connue pour capter du carbone est de planter des arbres, mais combien ?

Selon la Banque Mondiale, citée dans l’article wikipedia à ce sujet, un habitant du moyen orient émet en moyenne 30 tonnes de carbone par an, alors qu’un malgache en émet moins de 300kg… Les américains sont au-dessus de 15 tonnes, les chinois autour de 5 tonnes et les européens autour de 10 tonnes. Si les français emettent “seulement” 6 tonnes de CO2 par habitant et par an, proche de la moyenne mondiale, c’est en raison du parc nucléaire. Mais quelqu’un qui voyage beaucoup peut facilement émettre plus de 20 tonnes de CO2 par an… La Chine est passée en 10 ans de 20% à 30% des émissions de CO2 dans le monde, ce qui reflète le fait que ce pays a renforcé son positionnement d’”usine du monde” et s’est fortement développée dans cette période.
Le cycle du carbone est complexe. La croissance de la végétation absorbe du CO2 par la photosynthèse, produisant de l’oxygène et du glucose qui se transforme ensuite en fibre végétale : l’homme n’a pas encore réussi à l’imiter.
6 CO2 + 12 H2O + photons ➔ C6 H12O6 (glucose)+ 6 O2 + 6 H2O.

Le plus «facile» est d’éviter l’émission de CO2, notamment en réduisant nos déplacements carbonés (avion, voiture) et notre consommation de carbone pour nous chauffer, mais notre impact a ses limites. Et il est impossible de limiter le développement des pays d’Asie. Lutter contre la déforestation est également une solution essentielle car plus de 10 millions d’hectares disparaissant chaque année, notamment en Amazonie, mais personne n’a trouvé de solution pour en convaincre le président Bolsonaro jusqu’à présent.
Selon plusieurs études scientifiques, dont notamment celle de Tom Crowther de ETH Zurich, planter des arbres est la meilleure façon d’absorber du carbone et de lutter contre le réchauffement climatique. Il est à la portée de tous.
Planter 250 arbres pour compenser son empreinte carbone
Selon ses calculs, il faut planter environ 1200 milliards d’arbres sur terre, soit environ 250 arbres par habitant en mesure de le faire. Cela permettrait d’absorber environ 200 giga tonnes de CO2 et de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degrés, alors que nous sommes sur la trajectoire d’un réchauffement climatique de plus de 4 degrés sur le siècle.
On peut ramener le calcul au niveau individuel. En 15 ans, un eucalyptus stocke environ 250 kilos de masse sèche de carbone, soit la captation de 750 kilos de CO2 environ, soit 50 kilos par an. Si vous êtes européen et que vous émettez 10 tonnes de carbone par an, vous aurez donc schématiquement 10.000/50 = 200 arbres à planter. Il faudra les replanter après 15 ans car après, ces arbres poussent moins vite : il est plus efficace de les couper, ce qui permet également de les valoriser pour de la construction par exemple. En comptant sur le fait qu’une partie des arbres n’arriveront pas à la taille adulte, on tombe donc sur le même chiffre de 250 arbres à planter par personne.
Si les chinois ont décidé d’affecter des dizaines de milliers de soldats à la plantation d’arbres, il est toujours très efficace de lutter contre le changement climatique en commençant par soi-même. La prise de conscience globale du fait que c’est une des clés face à l’urgence climatique est nécessaire. Chacun a la possibilité d’y contribuer, tel un Colibri.
Bien entendu, chaque région est différente, et les espèces à planter diffèrent d’une zone à l’autre. L’eucalyptus est très performant pour capter le carbone mais dans certaines zones, comme le nord de la France, ce ne sera pas la plus adaptée. L’expérience montre que les forêts en monoculture ne sont pas les plus productives et de loin. Il faut au moins 5 espèces sur une même zone pour optimiser la captation de carbone, ne serait-ce que pour que les grands arbres (comme l’eucalyptus) poussent plus vite et soient moins malades.
Car les risques de maladie et d’incendie sont toujours bien présents dans les écosystèmes. Ils peuvent ruiner très rapidement les efforts de plusieurs années. Une forêt efficace ne doit pas seulement être productive, elle doit être résiliente. La biodiversité et la faune y jouent aussi un rôle de tout premier plan.
Quelle surface faut-il pour planter 250 arbres, et combien ça coûte ?
Il faut environ un hectare, soit 100m sur 100m pour planter 1000 arbres captant du carbone. Pour planter 250 arbres, il faut donc environ 2500m2 chacun, soit plus de 15 millions d’hectares pour capter les émissions carbone des français… soit 25% de la surface de la France, d’ailleurs déjà occupée à 29% par des forêts… Si on peut envisager de planter quelques millions d’hectares de forêt en France, le reste doit être cherché à l’étranger. La France est minuscule par rapport au reste de la planète, c’est en revanche un bon laboratoire et un puits d’expertises. Mais pour planter 1200 milliards d’arbres, il faut environ 1 milliard d’hectares … soit la surface des Etats-Unis… un projet faisable car les surfaces existent, mais il faut penser à très large échelle… Pour des raisons climatiques, certains territoires sont bien plus propices que la France pour planter des surfaces d’arbre en vue de capter du carbone à large échelle.
Un moteur de recherche comme Ecosia a annoncé planter des millions d’arbres avec ses bénéfices, et c’est son grand message d’entreprise. La société annonce avoir planté plus de 70 millions d’arbres, en partenariat avec des ONG, pour un prix unitaire de 0,2 euro par arbre.
Plusieurs études affichent un prix de revient de $0,3 par arbre. Le coût global pour replanter 1200 milliards d’arbres est donc compris entre $300 et $500 milliards, à repartir sur plusieurs années. Cela représente environ 0,1% du PIB mondial sur 5 ans, c’est donc un budget parfaitement mobilisable pour sécuriser l’avenir de l’humanité, puisque c’est bien là l’enjeu face au réchauffement climatique. En Europe, le prix est plus proche de 2 euros par arbre pour planter, et quelques euros de plus pour l’entretien.
Comment faire plus vite et plus grand ?
Des start-up comme Reforestaction, Ecotree.fr, my-tree.com ou goplant.me permettent à chacun d’acheter des arbres. De grandes ONG comme Nature Conservancy mobilisent des fonds et visent un milliard d’arbres plantés, c’est beaucoup… mais encore faible. Des efforts sont faits par des ONG, en France, au Brésil et à Madagascar, mais pour l’instant à petite échelle. De grandes organisations comme l’armée française ont annoncé leur intention de reboiser massivement, mais cela va lentement. Des pays comme l’Ethiopie font de grands efforts pour reboiser, mais avec peu de moyens.
Il est donc grand temps de mobiliser les énergies pour reboiser massivement, en France, et ailleurs. Ce sera une grosse focale pour 2020. Ça commence maintenant car le mois de novembre est le mois parfait pour planter des arbres : à la Sainte Catherine, tout bois prend racine.
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