Quelle relance du commerce local?

Jean François Porchez
Mar 25 · 7 min read
Comment associer numérique et commerce de proximité?
Comment associer numérique et commerce de proximité?

J’ai demarré ces quelques réflexions concernant le commerce local durant l’été 2019. J’avais à ce moment-là exposé deux trois pistes à des amis ayant comme objectif de proposer aux commerçants des idées d’outils physiques associées à des outils numériques. Il ne s’agit que de quelques idées ayant pour vocation d’aider les commerçants et municipalités de s’adapter à la transformation de nos vies via l’usage croissant du numérique.

25 mars 2020: Dans le contexte de la crise sanitaire du Covid-19, les commerçants locaux se retrouvent dans une situation complexe, le numérique devient le facilitateur indispensable des échanges avant achat.

Contexte

Le e-commerce en 2019, c’est 100 Milliards d’euros en France. Le paiement quotidien en carte bancaire représente déjà 80%. Amazon a lancé son offre de livraison de produits frais en 2017. Si les livreurs Deliveroo manifestent durant l’été 2019, c’est bien parce que les consommateurs commandent en ligne en masse leur dîner, déjeuner, etc.

Dans le même temps, 40% des Français estiment qu’il est difficile pour eux d’accéder à une offre de commerces de proximité classique (boulanger, charcutier, primeur, etc.). Ils sont 82% de français à penser que de plus en plus de commerces de proximité sont obligé de fermer. Dans une autre étude, 80% des Français jugent que les centres-villes sont en déclin à cause des difficultés que rencontrent les commerces de proximité et ils sont 64% à penser que ce déclin est dû, au moins en partie, à l’essor du e-commerce.

Lorsque les nouveaux habitants des banlieues arrivent de Paris, ils sont issus de quartiers hyper connectés, avec une offre de mobilité performante avec des zones de commerces et services bien plus denses. Dans nos villes de banlieues, la densité des habitations est plus faible, les distances à parcourir sont plus importantes, il est difficile de maintenir la même offre. Sans parler de la déconnexion croissante entre les zones d’emplois et les zones d’habitats.

Pour redynamiser les quartiers, il y a des enjeux multiples à relever

Comparativement à la fin du XXe siècle, la cause ne se réduit pas aux centres commerciaux des périphéries qui détruisent le commerce local de centre ville. Les études récentes montrent que les grandes enseignes sont également impactées par l’Internet. C’est un sujet global: dans certaines villes aux États-unis, le downtown (centre ville) constitué de quelques centres commerciaux reliés les uns aux autres via des tunnels, passerelles et offres de services, de parking meurt doucement. Dans ces villes, les surfaces commerciales sont vides, sans repreneurs potentiels.

L’Internet transforme nos vies, nos modes de consommation. Après le secteur des voyages qui s’est totalement déplacé vers le web, l’immobilier, le marché des petites annonces, le secteur de la mode se déplace à son tour vers le web. En parallèle, la presse est en passe de disparaitre complément sous sa version papier, tout étant basculé sur le web. Nous lisons majoritairement la presse quotidienne via nos mobiles et tablettes. Qui n’a pas constaté que les marchands de journaux dans les gares et aéroports se sont transformés en bazars qui vendent de la nourriture et des souvenirs. Les services publics tels que les bureaux de poste restent ouverts dans les centres urbains, mais peu à peu, ils sont désertés. Le courrier postal a pratiquement disparu, les baisses sont significatives: le besoin de bureau de poste s’affaibli au profit de la livraison à domicile qui elle est en pleine explosion.

De fait, le commerce local subit les contre-coups de cette transformation numérique qui change de fond en comble notre manière de vivre. Pourtant, ces commerces de bouche, coiffeurs, pressings et les quelques services locaux créent du lien social, cultivent un tissu urbain indispensable, même si moins dense que l’hyper centre de la capitale. Aider les commerces, c’est faire vivre et revivre nos centres villes. Dans son introduction au projet “Action Cœur des villes”, la Banque des territoires indique par exemple en province que “les villes moyennes concernent 23% de la population française et 26% de l’emploi, les villes moyennes sont un vecteur essentiel de développement des territoires.”

Idées pour relancer le commerce local

1. Pôles zones commerçantes

Partant des analyses locales associé à un diagnostique en datavisualisation (un service de la Banque des territoires) de leurs mutations sociales, économiques et urbaines, de la confirmation des zones de mobilité, d’emplois, il s’agit d’établir un plan local. Le but, c’est de créer des pôles de “zones commerçantes” par quartiers, au delà-même du centre. Puis de rendre identifiable ces pôles, avec une identité visuelle propre au quartier qui sera déployée dans ces pôles: bannières dans les rues, labels sur les devantures de magasins. Des plans seront implantés physiquement (interactifs?) dans ces zones, à la manière des plans dans les centres commerciaux: classement par type d’activité, les bouchers, les pressings, etc. Mais aussi les commerces labellisés bio, équitable, plage horaire, etc.

2. Favoriser le collectif

Pour réussir, nos commerçants doivent travailler ensembles afin de mettre en place des services supplémentaires à destination des habitants, leurs clients. Plages horaires d’ouverture communes, certains groupes complémentaires de commerçants (afin d’éviter la compétition) étant ouverts le lundi jusqu’à 21h, puis un autre groupe le mardi jusqu’à 21h, d’autres le dimanche (faire voter un arrêté municipal), etc. Les commerces doivent-être des relais d’autres commerces durant ces périodes d’ouverture étendues. En parallèle, il faut reproduire le principe des relais et livraisons e-commerce des grands enseignes internationales, mais décliné aux commerces locaux. C’est une entraide entre commerçants gagnante, car cela bénéficiera à tous localement, pas juste à Amazon & autres plateformes internationnales. Car la sociologie des villes évolue: jeunes couples (avec ou sans enfants en bas âge) qui travaillent dans des villes limitrophes, ou même à Paris et qui rentrent tard (les commerces à Paris sont souvent ouvert tard, les Monop’ et petites surfaces aussi), de l’autre les personnes âgées ont besoin de services adaptés (déplacement plus difficile avec l’âge): livraisons, dépôts, relais, etc.

3. Numérique

Pour rendre cela encore plus fonctionnel, la mairie (sinon une association de commerçants, un service tiers) doit miser sur le numérique. Création d’outils numériques: un site web, une app éditable par les commerçants (sans oublier ceux des marchés hebdomadaires). Les habitants doivent pouvoir consulter, trouver, contacter, réserver un produit, se faire livrer, se faire déposer le gâteau commandé dans un commerce qui restera ouvert, etc. De plus, via ces services numériques, ces pôles commerçants par quartier sont identifiés, les commerces répertoriés, leurs offres, les moyens de contact et de payement sont facilités. Bien entendu, en ligne, la fidélisation (inscription à une communauté en ligne: bons d’achats, etc.) doit s’établir globalement par secteur, ainsi que les actions de promotion, etc. Les offres de fidélisation doivent dépasser le tampon du coiffeur et pressing à chaque passage!

4. Accompagnement

Le but c’est de donner de la vie, d’établir des rdv qui aideront à la fréquentation, au développement économique de nos commerces de proximité. Des événements thématiques réguliers sont déjà organisés mais trop souvent liés à des semaines du terroir ou autre, sans forcément un lien direct avec les commerçants habituels. Dans la construction d’événements, le magasin physique doit-être en lien avec les différentes source d’information qu’offrent le numérique, les réseaux sociaux. Tout ces initiatives vont nécessiter un rôle à plein temps pour un responsable (équipe?) à la mairie, en lien avec l’habituel adjoint au sein du conseil municipal en charge du commerce.

5. Nouvelles pousses

La mairie doit proposer des accompagnements aux nouveaux commerçants, et aux petites activités dans un mode “pépinière” avec des offre de service: location à bas coût, promotion, comptabilité, web, accompagnement dans les démarches courantes, aides, etc.

6. Solidarité

Paniers d’invendus à disposition sur site, ou via un service numérique pourraient permettre à des familles dans le besoin de bénéficier de produits, ce qui permettrait en parallèle de limiter les déchets.

7. Consommation responsable

Renforcer la pédagogie pour inciter à mieux consommer: labellisation des commerces bio, circuit court, accompagnement des commerces qui tendent vers le zéro déchet.

8. Accessibilité au cœur

Parkings gratuits, mais surtout mise en place de zone d’arrêts courts et sécurisés pour les vélos, et modes de transports alternatifs à l’automobile dans ces périmètres. Car les études montrent que le panier moyen est plus élévé chez les cyclistes et les piétons que chez les automobilistes.

Ces quelques idées sont imparfaites, incomplètes, devront être débattues, adaptées à chaque contexte local. Il s’agit non seulement de redonner le sens du collectif chez les commerçants mais aussi de rendre les habitants acteurs de ces élans dont le but est d’améliorer le quotidien local.

Références

Action cœur des villes

Des projets qui marchent

Quel avenir pour le commerce en centre ville?

Baromètre des villes

Institut ville commerce

Insee Entre 2009 et 2015, le nombre d’emplois dans le commerce de proximité recule dans l’ensemble des centres-villes. La baisse concerne la plupart des secteurs, mais elle est plus marquée dans deux d’entre eux : les commerces d’équipements de la maison et de la personne, dont la part des emplois recule d’environ 2 points en six ans.

Des hypermarchés en voie d’obsolescence ? Ils sont remis en cause par la banalisation du e-commerce.

Hypermarchés, Challenges “Nous devons donner un second souffle à nos hypermarchés, notamment en France. Ils doivent être réorganisés et adaptés aux changements rapides du comportement du consommateur et au déplacement en cours de nos activités sur internet.”

Achetez en Livradois Forez En 2018, deux ans après son lancement, la plateforme comptait une quarantaine d’adhérents, 17.000 produits référencés et 13.000 visiteurs uniques par mois.

Ouverture des commerces le dimanche, Dimanche du maire

Première publication le 26 janvier 2020 sur Telegraph.

Jean François Porchez

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