Homosexualité et révolution

Les Liaisons dangereuses


Je suis tombé sur cet article de NPA en recherchant Daniel Guérin. En guise d’une critique du livre, il s’agit encore d’une autre pièce propagandiste qui se résume le mieux par sa dernière phrase :

[L]a résurgence des courants homophobes, sous l’œil bienveillant du gouvernement, doit nous rappeler que le lien entre identité homosexuelle et idéal révolutionnaire reste essentiel.

Ce genre de déclaration me fait rire, chaque fois. Les démagogues-idéologues se ressemblent : à droite comme à gauche. Ils ont tendance de tout donner pour détourner les demandes variées des groupes minoritaires/marginaux, qui ont souvent une hétérogénéité intérieure, dans le sens favorable à leur idéologie, en négligeant les souffrances précises de chaque individu et en établissant une exclusivité au sein du groupe. Ce n’est donc peu étonnant qu’ils soient hostiles contre les livres qui ne généralisent pas la situation mais offrent des réflexions personnelles basées sur l’expérience individuelle : la mise en valeur de toutes les expériences particulières et “vécues” est le plus grand ennemie de tous les démagogues.

Un souci central d’Homosexualité et révolution est l’exclusivité du mouvement ouvrier et l’auteur constate qu’un mouvement émancipateur est censé d’être inclusif : tous les ouvriers doivent pouvoir trouver leur place dans ce mouvement, homos ou hétéros (hommes ou femmes, noirs ou blancs, puis-je ajouter). Ce que propose l’auteur de l’article est pourtant une intégration entière de l’identité homosexuelle dans l’idéal de l’extrême gauche. L’idéologie de la gauche doit jouer le rôle de protecteur et de patron de la “lutte des pédés”. C’est une “liaison dangereuse” qui hiérarchise l’identité de classe sociale et celle de sexualité. Aujourd’hui, on sait que l’inclusivité est nécessaire, car les différentes identités d’un individu se croisent d’innombrables façons ; stratégiquement, elle évite de s’aliéner les participants ou les sympathisants, mais plus profondément, elle légitime un mouvement. Un groupe qui lutte pour l’émancipation des femmes doit au moins accueillir toutes les femmes, ouvrières ou bourgeoises, européennes ou arabes, hétéros ou lesbiennes. Et un mouvement homosexuel ? Au moins, tout-e-s les homos, je suppose ?

Le fait : tous les homosexuels, pauvres ou riches, faibles ou puissants, de gauche ou de droite, souffrent de leur sexualité à cause de la société, même si dans différentes mesures. Le mouvement homosexuel n’égale pas le mouvement homosexuel “ouvrier” et il ne “doit” pas chercher protection contre “la résurgence des courants homophobes” chez une certaine idéologie politique. Les seules choses qu’on “doit” faire c’est d’être sincèrement inclusif à tous-tes et de rester vigilant à toutes les idéologies. Le mouvement LGBT a son indépendance, sa propre logique et ses demandes particulières qui ne correspondent forcément et complètement à aucun courant politique. C’est précisément pour cela que les démagogues essaient d’essentialiser la relation entre nos besoins et leur parti, soit en nous racontant une version simpliste de l’histoire du mouvement LGBT du siècle passé soit en présentant des fausses logiques.

La relation de l’identité LGBT avec toutes les idéologies ou partis politiques est une négociation perpétuelle. Tous les soutiens extérieurs pour la communauté LGBT sont fugaces et situationnels. Tous les liens intimes, “essentiels” avec les grands courants politiques (qui tentent d’engloutir toutes les identités et ainsi éliminer les différences) seraient des liaisons dangereuses. Nous devons donc garder une certaine distance à toutes les propagandes pour examiner si ce qu’ils proposent servent nos besoins (et lesquels) ou quels éléments de leur pensée correspondent à nos logiques (et lesquelles). La seule chose qui compte pour l’homosexualité est l’homosexualité.

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