110 ans de la loi de 1905 et encore tout à expliquer…

Hier à l’Assemblée nationale, lors d’un colloque sur la laïcité organisé par le groupe socialiste, deux ou trois abrutis ont hué Latifa Ibn Ziaten, mère d’une des victimes de Mohamed Merah, parce qu’elle portait un voile.

Que l’on soit bien d’accord, la laïcité ce n’est pas ça. Le voile, que l’on soit pour ou contre ce n’est pas le sujet ici (même si c’est un vrai sujet notamment sur l’égalité femme-homme), a le droit d’être porté dans l’espace public, car c’est la liberté d’expression et le régime de tolérance qui s’appliquent, et non le régime de laïcité, ce dernier ne s’appliquant que dans l’espace de l’autorité public (on peut d’ailleurs se poser la question du voile de cette femme lorsqu’elle intervient à l’école). Ce micro-événement qui ne saurait refléter l’opinion des défenseurs de la laïcité (Glavany a d’ailleurs viré ces deux-trois gugusses) a été monté en épingle sur les réseaux sociaux par les ennemis de la laïcité (Alkanz, le CCIF, Perrotin, Ternisien…), dont le but est d’expliquer que ceux qui la loi de 1905 défendent sont d’extrême-droite.

Si la laïcité, c’est la liberté de cultes, c’est aussi et avant tout la liberté absolue de conscience et tous ces ennemis de la laïcité sont bien absents lorsqu’il s’agit de défendre Latifa Ibn Ziaten lorsque celle-ci est régulièrement menacée pour avoir dénoncé le fanatisme, l’intégrisme religieux et le djihadisme.

En ce jour anniversaire de la loi de 1905, la laïcité n’a jamais été autant au centre des débats et jamais été autant remise en question, comme le faisait remarquer Catherine Kintzler dans son article Comment la laïcité a été offerte en cadeau au Front national:

  • La première dérive a pris des noms variés, je l’appellerai la laïcité adjectivée (laïcité plurielle, ouverte, positive, raisonnable, raisonnée, etc. ). Elle consiste à vouloir étendre au domaine de l’autorité publique le régime de la société civile. Autrement dit, elle récuse le caractère neutre et minimaliste de la puissance publique républicaine, faisant de l’opinion religieuse une norme, autorisant les propos religieux au sein de l’Etat lui-même (et donc bientôt en son nom?) et aboutissant à légitimer la communautarisation du corps politique. Elle a été notamment désavouée par le vote de la loi de mars 2004 interdisant le port des signes religieux ostentatoires à l’école publique par les élèves comme par les personnels. Elle reprend de la vigueur ces derniers temps avec notamment le plaidoyer pour le financement des lieux de culte — on reviendra sur cette question dans un moment.

Cette dérive est aujourd’hui représentée par des gens comme Bianco, Cadène, Plenel, Diallo…

  • La seconde dérive, une forme d’extrémisme laïque, ou d’ultra-laïcisme, consiste symétriquement et inversement à vouloir durcir l’espace civil en exigeant qu’il se soumette à l’abstention qui devrait régner dans le domaine de l’autorité publique. Elle a marqué une partie de l’histoire de la IIIe République. Elle a refait surface récemment dans le cadre d’une réaction à la première dérive, et la déplorable affaire dite du gîte d’Epinal en 2007 lui a donné son moment critique. On a vu alors se former des groupes favorables à l’effacement dans l’espace civil de tout signe religieux, et qui ont diffusé récemment des thèmes non pas antireligieux généralement (comme cela serait cohérent avec leur principe) mais plus particulièrement anti-musulmans.
    Le pouvoir de nuisance de cette seconde dérive n’est pas négligeable : elle surfe en effet facilement d’une part sur l’opposition « privé/public » et de l’autre sur des opérations urbaines spectaculaires organisées par l’intégrisme islamique. Après avoir réalisé sa jonction avec l’extrême-droite à la faveur de l’opération « saucisson-pinard », elle vient de faire un groupie de plus en la personne de Claude Guéant, qui a déclaré récemment vouloir astreindre les usagers des services publics à l’abstention de tout affichage religieux. Pourquoi ne pas réclamer alors qu’on fasse taire les cloches et qu’on débaptise les communes portant le nom d’un saint ? Cette incohérence n’est pas un hasard.d’un côté par les tenants d’une laïcité plurielle, ouverte…

Cette dérive est aujourd’hui représentée par des gens comme Sarkozy, la famille Le Pen, les identitaires…

Dès lors, nous, républicains laïques, devons être toujours plus nombreux, toujours plus forts, toujours plus exigeants pour défendre le principe de laïcité et la loi de 1905 qui fondent la Concorde nationale et notre République.

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