Bâtir la réconciliation

Par Marc-André Arsenault,
en collaboration avec le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière (CAAL)

Vernissage de l’exposition «De tabac, et de foin d’odeur. Là où sont nos rêves» au Musée d’art de Joliette à l’hiver 2019. Crédit: Romain Guilbault.

Laissez-nous vous raconter une petite histoire.

Lors d’une journée de septembre, Cené et Sabrina, deux membres de l’équipe du Centre d’amitié autochtone de Lanaudière (CAAL), se rendent à un garage afin d’y récupérer un camion. Cené est un artiste dans l’âme de la nation atikamekw et Sabrina est coordonnatrice culturelle. C’est d’ailleurs elle qui est au volant de la voiture menant au dit garage. Spontanée de nature, elle s’arrête en chemin au Musée d’art de Joliette (MAJ). Cené passait régulièrement devant le MAJ. Intrigué d’une fois à l’autre, il n’osait entrer dans cette magnifique bâtisse, pensant qu’il n’était tout simplement pas le bienvenu. Cet arrêt impromptu lui a permis d’apprendre, qu’au contraire, il pouvait être accueilli à bras ouverts. Pour en arriver à exprimer ce geste, qui semble si évident et si naturel, une volonté de s’engager sur la route de la décolonisation du MAJ s’était d’abord avérée nécessaire.

Les premiers pas
En 2018, le CAAL et le MAJ ont entamé un partenariat assurant une pérennité viable dans les relations entre ces organisations composées à la fois d’Autochtones et d’allochtones. À l’hiver 2019, le MAJ présentait De tabac, et de foin d’odeur. Là où sont nos rêves, une exposition composée d’œuvres d’artistes tel.le.s qu’Euroma Awashish, Jacques Newashish, Catherine Boivin, Terry Randy Awashish, Christine Sioui Wawanoloath, Hannah Claus, Sonia Robertson, Caroline Monnet, Daniel Watchorn et Ludovic Boney, et du commissaire Guy Sioui Durand, tou.te.s issu.e.s des communautés Atikamekw, Waban A’kis, Anishinable, Kanienke’a:ka, PekuakamIlnuatsh, Anishinabe et Wendat. Cette exposition s’étendait même au-delà des murs du MAJ ; nous retrouvions également des œuvres de cette exposition un peu partout au centre-ville de Joliette. Mais au-delà de cet exemple, la décolonisation ne se résume pas qu’à programmer des œuvres d’artistes autochtones.

Le commissaire de l’exposition «De tabac, et de foin d’odeur. Là où sont nos rêves» et sociologue de l’art Guy Sioui Durant lors du vernissage de la programmation hiver 2019 au Musée d’art de Joliette. Crédit: Romain Guilbault.

Décortiquer l’histoire
En 2020, au moment de l’acquisition de nouvelles sculptures de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, d’Alfred Laliberté et de Louis-Philippe Hébert, le MAJ a voulu mettre en perspective la représentation stéréotypée des Autochtones de certaines d’entre elles. En vue d’établir un dialogue et de remettre les pendules à l’heure, trois vidéos ont été présentées dans lesquelles Eruoma Ottawa-Chilton, Nicole O’Bomsawin et Roger Echaquan, trois personnes autochtones de trois générations différentes, présentent leurs points de vue par rapport aux œuvres en question.

C’est avec l’appui du CAAL que le MAJ a également pu développer un texte sur mesure de reconnaissance territoriale, reconnaissant que le Musée se trouve en territoire autochtone atikamekw non cédé.

L’anthropologue et muséologue, Nicole O’Bomsawin. Chaîne YouTube du Musée d’art de Joliette.

Le Centre culturel Desjardins (CCD) est aussi une institution sensible aux enjeux de dialogue inter-nations. Au moment du décès tragique de Joyce Echaquan, des membres de la direction du CCD ont approché le CAAL pour proposer de mettre sur pied un projet musical qui réunirait des artistes autochtones et allochtones, et qui viserait l’ouverture à l’autre. En plein cœur de la pandémie, le spectacle Waskapitan, enregistré dans la magnifique salle du CCD et diffusé en mode virtuel, a généré plus de 120 000 clics.

Jemmy Echaquan lors du spectacle «Waskapitan» au Centre culturel Desjardins en 2020. Crédit: Michel Martin

Les événements et les attraits culturels de Joliette souhaitent aussi remettre en question leur gouvernance, historiquement « très blanche ». Le MAJ et le Festival Mémoire et Racines (FMR) accueillent maintenant des membres du CAAL sur leurs conseils d’administration respectifs. Le FMR accueille de plus en plus d’artistes des Premières Nations.

Sierra Segalowitz et sa mère, Nina Segalowitz, réunies sur la scène Gilles-Cantin lors de la 28e édition du Festival Mémoire et Racines. Crédit: Folktographe

Il n’y a pas de science exacte concernant la décolonisation du secteur culturel. C’est un processus, un cheminement propre aux organisations et aux gens qui les composent. Être à l’écoute, s’ouvrir l’esprit, donner une place à l’autocritique, comprendre et discuter dans une volonté sincère de mieux vivre ensemble constituent des ingrédients qui peuvent y mener. Mais ce processus, une fois en marche, ne doit jamais s’arrêter…

L’artiste atikamekw Eruoma Awashish devant son œuvre «Mackwisiwin» [La Force], première d’une série de murales autochtones présentée entre au Musée d’art de Joliette. «Mackwisiwin» a été présentée entre le 13 novembre 2020 et le 28 août 2022. Photo: Murale d’Eruoma Awashish

Lors de sa visite avec Sabrina, Cené a passé plus d’une heure à s’émerveiller devant les œuvres du MAJ, sans l’ombre d’une angoisse ni l’impression de ne pas se sentir à sa place. Quelque chose de grand à côté d’un petit retard au garage!

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Nous travaillons en culture à Joliette : au Centre culturel Desjardins, au Festival Mémoire et racines, au Musée d’art de Joliette et au Festival de Lanaudière.

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Joliette halte culturelle

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