Comment j’ai gravi le Mont-Blanc

Une neige fraîche, un vent léger. Heureux d’être en vie, je vous raconte comment j’ai atteint le sommet.

Avec Christophe, au Mont-Blanc, le 24 Juillet 2016 à 06:35

Avec ses 4 809 mètres, Il paraît que le Mont-Blanc est une bien belle montagne, un passage obligé pour tout alpiniste. Mais quand tu n’y connais rien à l’alpinisme, c’est une toute autre histoire. Ça en devient même une aventure.

Pourquoi je veux gravir le Mont-Blanc ?

N’attendez pas de la vie à ce qu’elle vous tire vers le haut — progresser, grandir, apprendre, devenir meilleur. Si vous ne le faites pas, personne d’autre ne le fera. Devenir quelqu’un de meilleur relève de votre responsabilité.

Une des façons que j’ai trouvé pour assumer cette responsabilité consiste à m’imposer des contraintes inaccessibles et dérangeantes et mettre absolument tout en oeuvre pour y arriver.

“Prévoir de faire quelque chose dans un futur proche alors que vous n’en n’avez pas encore les capacités.”

Gravir le Mont-Blanc, sans expérience de la montagne, en se laissant 6 mois de préparation est une bonne contrainte.

C’est l’un des messages qu’exprime mon ami Reithy Chhour sur Go Before We Die quand il parle de se hacker !

Comment fait-on ?

Les recherches commencent avec Google. Très rapidement on apprend que pour prétendre à l’ascension du Mont-Blanc il faut préalablement suivre un stage de préparation à l’alpinisme.

Il existe pléthore de stages combinant stage de préparation puis ascension. Mes 3 critères de sélection pour trouver le bon stage étaient le prix, le contenu du stage, la qualité des intervenants, et la profondeur de la distribution—je préfère traiter en direct et éviter une agence de voyage.

J’ai choisi le stage Mont-Blanc en 6 jours de la Compagnie des Guides de Saint-Gervais proposant pour 1 440 € une formule complète comprenant stage de préparation avec une 1ère ascension, journée de repos avec spa, et ascension du Mont-Blanc en 2 jours.

A noter qu’au terme du stage de préparation/évaluation, on vous donne un GO ou NOGO pour le Mont-Blanc. Si NOGO, il vous propose une ascension bis. Idem si les conditions météorologiques sont mauvaises.

Un minimum de préparation

L’alpinisme et l’ascension d’un sommet demande une certaine préparation et un investissement. Le minimum à faire pour réussir : investir dans un équipement adapté et avoir une bonne endurance physique.

L’équipement qui va bien

La liste des choses indispensables est fournie par votre guide bien avant le départ. Tout ce qu’il faut pour une ascension y figure, voir plus.

Le matériel dit “technique” comme le baudrier, le casque, les chaussures, les bâtons et les crampons se loue pour une centaine d’euros.

Pour l’habillement, il faut acheter. Quelque soit l’enseigne, les prix varient du simple au triple. C’est là que chacun voit les choses à sa façon. Je crois que la vie n’a pas de prix. Et en haute montagne, ce qui vous sépare de l’hostilité des éléments, c’est ce que vous portez. J’ai donc investi dans les marques reconnues Haglöfs, Millet et Mammut.

L’endurance physique

L’endurance physique se prépare à l’avance. La pratique régulière d’un sport d’endurance permet de ne pas trop souffrir et surtout de profiter.

L’ascension, c’est 2 jours pendant lesquels vous marchez 5 à 10 heures par jour avec un sac à dos de 10 kg, moins d’oxygène et une fatigue accumulée par le manque de sommeil — pas évident de dormir en refuge.

Le programme d’entrainement pour préparer l’ascension sereinement :

  • course à pied / vélo : 2 à 3 fois / semaine en alternant fractionné court et long et sortie longue;
  • randonnée type “25 bosses” lesté à 10/15 kg : 1 fois / mois.

Ce qui se prépare difficilement

Difficile de véritablement s’exercer à l’alpinisme en région parisienne. D’où l’intérêt du préalable stage d’alpinisme qui vous apprend les savoirs-faire de base—escalade, cramponnage, assurage, etc.—et vous teste psychologiquement.

MAMalila

M.A.M. pour Mal Aigu des Montagnes est la conséquence d’une mauvaise adaptation de l’organisme à l’altitude. Vous ne ferez pas une ascension si vous présentez les symptômes d’un MAM. Toutefois médicalement vous pouvez le prévenir / anticiper—parlez-en à votre médecin généraliste.

Peu Difficile ?

Comme pour l’escalade, il existe une cotation en alpinisme permettant une évaluation objective des difficultés d’une ascension. Et III / PD- est la cotation globale pour l’ascension du Mont-Blanc par l’arête des Bosses.

La première entrée est un chiffre allant de I à VII correspond à la cotation du sérieux, soit l’engagement, la longueur, la difficulté d’approche et de descente, l’équipement en place. Et III correspond à un itinéraire long, parfois éloigné, descente délicate, avec risques objectifs éventuels.

La seconde entrée exprime le degré technique soit la difficulté la plus importante, la longueur la plus dure, pondéré par le signe plus ou moins pour signifier supérieur ou inférieur. Et PD- correspond à Peu Difficile, soit nécessite un bon usage des crampons, du piolet, avec assurage.

L’ascension du Mont-Blanc par l’arête des Bosses est une voie longue, peu difficile techniquement, rendant le sommet accessible avec une préparation.

Evidemment tout cela n’est valable que si vous respectez les consignes données par votre Guide. Pensez-y. Un Guide de haute montagne n’est pas là QUE pour vous emmener au sommet d’une montagne. Un GPS peut le faire. La mission du Guide est avant TOUT de vous maintenir en vie.

Merci Christophe, Alexis & Laurent.

Le Mont-Blanc par la Voie normale

Plusieurs itinéraires existent pour atteindre le sommet du Mont-Blanc. Le stage Mont-Blanc de la Compagnie des Guides de Saint-Gervais emprunte la Voie dite “normale” passant par l’arête des Bosses—la plus empruntée.

Le premier jour, le départ se fait du Fayet (Saint-Gervais) où le Tramway du Mont-Blanc vous emmène jusqu’à la gare du Nid d’Aigle (2362m). L’ascension débute alors. Quelques heures de marche plus tard, il faut passer le fameux couloir du Goûter (3340m) aux fréquentes chutes de pierre. L’arrivée au refuge du Goûter (3835m) se fait pour le déjeuner.

Le deuxième jour, départ à 2h30 à la frontale direction l’aiguille du Goûter, le dôme du Goûter, le refuge Vallot, l’arête des Bosses (4 513 m) pour une arrivée au sommet du Mont-Blanc (4 810 m) sur les coups de 6h30. Le retour à Saint-Gervais se fait dans la même journée en sens inverse.

Voie normale du Mont Blanc, Romaric Juvanon

J’ai foiré et appris

L’expérience est, de bien des manières, une source illimitée d’apprentissage. Vous pouvez apprendre d’un échec à condition de vous remettre en question.

Le sac trop lourd, un passage obligé. Quand vous n’avez jamais fait d’ascension de votre vie il est difficile de savoir ce dont vous avez réellement besoin, et donc vous prenez plus qu’il n’en faut pour vous rassurer. Le stage de préparation vous force à commettre et comprendre cette erreur avant l’ascension finale.

J’ai beaucoup trop filmé—je ne vous raconte pas le dérushage—sauf pour l’ascension finale. Mais j’ai une excellente excuse : j’étais fortement occupé à rester en vie.

Je me demande toujours bien pourquoi j’ai loué le matériel technique à 600 km de son lieu d’utilisation. Pratiquement parlant, c’est mieux de louer sur place, à Saint-Gervais.

La leçon

Tout le monde rêve d’atteindre un sommet qui, de prime abord, est inaccessible. Mais vous pouvez y arriver. La seule limite est celle que vous vous imposez.

Vous devez d’abord y croire puisque objectivement rien ni personne ne peut garantir votre réussite. Avoir la foi en vous est un excellent début.

Vous devez ensuite vous préparer. Ce qui signifie tout faire pour y arriver. Rien n’arrive sans sacrifice ni effort régulier. Vous devez le mériter.

Vous allez devoir certainement gravir des sommets intermédiaires avant d’atteindre le sommet rêvé. Exception faite à Benjamin Button, la vie ne commence par la fin. La vie est, en revanche, une progression sans fin.



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