Laissez nous cesser d’être des victimes.

Le 19 septembre prochain, il y aura un hommage aux victimes des attentats. 
 Je l’ai appris par hasard. 
 Un de mes amis, parce qu’il y a perdu sa petite amie, y sera. C’est par lui que je l’ai appris. Je ne fais pas partie d’une associations de victimes, je lis la presse un peu de loin, j’evite un peu les sujets avec les mots “attentats”, “victimes” et “terrorisme”. Sans lui, j’aurais pu ne jamais le savoir. 
 Ou plutôt si, je l’aurais forcément su. Hier, deux journalistes m’ont contacté. Une matinale de radio et le 20h de tf1. 
 Blablabla hommage aux victimes blabla témoignage blablabla courage blablabla.
Juste après les attentats, après avoir beaucoup parlé sur Twitter, j’ai beaucoup parlé aux journalistes. J’en ai eu besoin, ça m’a fait un certain bien. Pour moi c’était important d’en parler et que tout le monde sache. J’ai parlé à Neon, à francetvinfo, à Slate, à l’Obs et puis je suis passée au 20h de France 2. 
Et là j’ai regretté, je me suis sentie mal d’avoir fait ça.
Tout le monde m’a dit que le reportage était très bien mais je me suis sentie bête, j’ai eu l’impression d’exploiter ma douleur et avec ma psy, on a décidé que j’arrêterai de parler aux journalistes. 
 Mais les journalistes, eux, n’ont pas décidé d’arrêter et régulièrement on est venu me demander si je voulais témoigner, montrer à quel point j’étais courageuse et comment on faisait pour reprendre une vie normale après tout ça. Eh bien sachez que reprendre une vie normale, ça signifie ne pas passer à la télé et être interviewée par une matinale.
 Reprendre une vie normale, c’est ne pas être rappelée à son traumatisme tous les quatre matins. 
 Non, on est pas follement courageux parce qu’on peut continuer à rire et qu’on a repris le travail. C’est juste de la résilience. On est humains et on ne veut pas se laisser mourir alors la vie reprend le dessus. 
 J’étais juste au mauvais endroit au mauvais moment maintenant j’essaie de vivre avec. 
 C’est pas tous les jours facile. Parfois il suffit d’un rien pour qu’on y repense et on se rappelle qu’on a vécu un truc horrible. Une association de pensées maladroites qui fait que d’un coup on replonge quelques instants dans l’horreur. 
Mais est ce que c’était plus horrible que le jour où j’ai réalisé que ce n’était qu’une question de jours avant que ma mère ne meurt ? Est ce que c’était pire que le jour où on m’a annoncé que mon petit ami ne se réveillerait jamais de son accident de skateboard ? 
 Je ne sais pas, je ne crois pas. 
 En tout cas une chose est sûre, c’est que ça, on ne me le renvoie pas sans arrêt. J’y pense de temps en temps, ça fait mal parfois mais on m’a laissé faire mon deuil comme je le souhaitais, à mon rythme. 
 Laissez moi faire mon deuil de mon amie Lola, laissez moi oublier qu’on m’a tiré dessus, laissez moi en parler quand j’en ai envie, laissez moi redevenir la fille à problèmes “normaux” que j’étais avant et surtout, SURTOUT laissez oublier que je suis une victime.

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