Comment je me suis formé au rôle de Scrum Master

… en tant que Scrum Master auto-didacte

On m’a demandé de faire une présentation sur le sujet suivant :

Comment je me suis formé pour être Scrum Master.

Qu’ai-je à répondre ?

Retour sur mon profil : auto-didacte

Je ne m’en cache pas, et je l’annonce clairement en introduction de mon tout premier article : je suis un Scrum Master auto-didacte.

Qu’est-ce que j’entends par là ? J’entends que je ne suis pas certifié. J’en suis au point où j’en fais presque une fierté, de ne pas être certifié.

J’entends également par là que j’ai découvert et mis en place le rôle par moi-même, avec peu d’accompagnement. J’ai envie d’utiliser l’expression :

J’ai appris sur le tas.

De fait, la question de savoir comment je me suis formé est intéressante !

Sous-entendu : comme moi, vous pouvez y arriver, par vous-même, sans aide extérieure.

Comment je ne me suis PAS formé

Avant de citer mes sources d’inspiration, je voudrais citer celles que je n’ai pas utilisées.

La certification et la formation

Je l’ai déjà mentionné, je ne suis pas certifié. Et j’ajouterai que je n’ai pas suivi de formation formelle.

Je me dis vraiment que ce n’est pas un mal ; être certifié, ça n’apporte pas vraiment de garantie sur le fait que la personne saura être un bon Scrum Master.

On pourrait même aller plus loin : Scrum est une super méthode de travail (j’en suis un grand fan) mais c’est aussi un sacré business. Certifications et formations payantes. Groupe restreint et sélectif de personnes qui ont le droit de former les formateurs. Bref, je ne vais pas rentrer dans le détail mais c’est toujours la même histoire avec les certifications.

Heureusement, le Scrum Guide est gratuit et en accès libre. À chacun de décider ensuite s’il veut ou non mettre les pieds dans le business autour de Scrum.

Je n’ai pas de recette miracle pour vous dire si la personne que vous voyez en entretien sera un bon Scrum Master ou non. Je ne peux que vous dire que le fait qu’il soit certifié ou non est sans intérêt. Concentrez-vous plutôt sur son relationnel, son attitude, son pragmatisme, sa connaissance des dernières tendances de l’Agilité, et faites des mises en situation ou jeux de rôle.

Les vidéos

Mes préférences personnelles ont toujours été plus portées sur la lecture que sur les vidéos. Mécaniquement, je n’ai que très peu utilisé les ressources vidéos dans ma découverte et formation au rôle de Scrum Master.

Je ne suis pas en train de dire que les ressources vidéos sont des mauvais supports ; au contraire, pour en avoir découvert un certain nombre récemment, je peux même attester qu’il y a de l’excellent matériel de formation sous forme vidéo. Je suis par exemple très fan de Jimmy Janlén, qui publie régulièrement d’excellent sujets sur YouTube.

Je dis juste que je n’ai pas utilisé les contenus vidéos dans le cadre de ma formation au rôle de Scrum Master. Par contre j’ai beaucoup lu.

En français

Soyons clair : en tant qu’informaticien, je baigne dans l’anglais et c’est systématiquement cette langue que je favorise dans mes recherches et mes lectures.

Pourquoi préciser ce point ? Vous trouverez d’excellentes ressources en français, notamment sur les sujets que je qualifierais de communément admis. Par contre, sur les sujets plus polémiques, ou sur les toutes dernières réflexions et expérimentations dans le domaine, se restreindre exclusivement à la langue française serait une mauvaise idée.

Les meetups et les conférences

Je suis assez peu présent dans les meetups et les conférences (oui, c’est mal). En tous cas, à l’époque où je découvrais le rôle de Scrum Master, j’en étais même complètement absent.

C’est bien entendu une excellente idée de s’y rendre, vous y rencontrerez des gens passionnants et incroyables, vous en reviendrez rempli d’énergie et d’inspiration. Mais, preuve en est que ce n’est pas une nécessité pour découvrir et maîtriser le rôle de Scrum Master.

En imitant ou reproduisant ce que je connaissais déjà ou voyais autour de moi

C’est peut-être le plus important dans ma formation de Scrum Master : je ne baignais pas dans un environnement où d’autres équipes autour de moi pratiquaient déjà Scrum, ni avais-je d’expérience précédente avec Scrum.

On peut ainsi dire que j’ai abordé le rôle from scratch, avec un esprit neuf, sans idées pré-conçues. Je me suis donc systématiquement fait mon propre avis, mené mes propres recherches lorsque je me posais des questions.

Et quand on voit comment certaines entreprises pratiquent Scrum, il y a de quoi se dire que c’est plutôt une bonne idée de prendre du recul par rapport à ce qu’on voit autour de soi.

Comment je me suis formé

Après avoir cité les ressources que je n’ai pas utilisé, voici celles qui m’ont aidé.

Le Scrum Guide

C’est le point d’entrée de référence pour aborder et comprendre Scrum, et donc le rôle de Scrum Master.

Le Scrum Guide est une lecture très digeste, assez courte, très compréhensible.

Et c’est en accès libre ! Scrum est “gratuit”, c’est le business des formations et des certifications qui est payant. Vous n’avez donc qu’à vous rendre sur le site http://www.scrumguides.org et télécharger la dernière version du Scrum Guide dans votre langue de prédilection.

Attention tout de même, le Scrum Guide de référence est en anglais, et les autres langues sont des traductions. Il se passe donc généralement au moins une année entre le moment où sort une nouvelle édition du Scrum Guide, et le moment où une traduction en français est disponible. Privilégiez donc l’anglais pour avoir accès à la dernière version. Au pire, vérifiez bien la version des documents dans chaque langue.

Avec le recul, c’est désormais une lecture que je recommande à quiconque travaille en environnement Scrum — qu’il soit Scrum Master ou non. Je considère réellement cela comme une passage obligé. Tout le monde devrait connaître la méthode appliquée dans son équipe.

Si vous êtes plus vidéo que lecture, voici ma formation Scrum : “Lisons le Scrum Guide ensemble”

Le Manifeste Agile

Si vous n’avez pas encore lu et assimilé le Manifeste Agile, la lecture du Scrum Guide devrait vous y mener naturellement.

Là encore, cela me semble être une lecture de base pour tout Scrum Master.

Le Manifeste Agile a été traduit dans beaucoup de langues, dont le français.

Bien entendu, l’enjeu n’est pas de mémoriser par cœur le Manifeste Agile. Mais de vous faire réfléchir, voire même philosopher, car l’Agilité c’est un état d’esprit plus que des méthodes et des pratiques. Et puis, en tant que Scrum Master, ce seront plein de petites phrases choc pertinentes à lancer le moment venu, qui feront réfléchir aussi vos interlocuteurs, les feront voir les choses différemment.

Des collègues référents sur le sujet

Ne soyons pas ingrat : j’ai quand même été accompagné dans mon rôle de Scrum Master. Un tout petit peu. Mais ce petit peu m’a quand même beaucoup apporté !

Dans tous les cas, les échanges que vous pourrez avoir avec vos collègues qui font preuve d’une certaine affinité envers l’Agilité seront toujours constructifs et bénéfiques. Vous apprendrez beaucoup d’eux.

JIRA et le plugin Agile

Cela surprendra certainement ceux qui travaillent avec moi, tant je mène une croisade contre JIRA au quotidien. Enfin, je tiens quand même à préciser ma position :

Je suis contre JIRA en tant qu’outil de gestion de projet Agile. JIRA est très bien en tant qu’outil de ticketting ou de bug-tracking pur.

Et donc, oui, j’ai honte de l’avouer, mais j’ai aussi appris de JIRA dans mon auto-formation au rôle de Scrum Master.

JIRA m’a appris ce qu’était un burndown chart. Par contre JIRA ne m’a pas appris comment l’utiliser et encore moins comment faire pour que le management ne le détourne pas dans le but de nous faire faire des heures sup’.

JIRA m’a donné une idée de ce qu’est un backlog, de ce que sont les User Stories, les Epics et les tâches techniques. Par contre JIRA ne m’a pas appris comment aider le PO à construire et maintenir un backlog, ni ce qui caractérise une bonne User Story, ni la nécessité d’avoir des tâches techniques de petite taille.

JIRA m’a donné un board et un flot de travail par défaut avec lesquels travailler. Par contre, JIRA ne m’a pas donné de raison d’essayer un board physique à la place, et ne m’a pas spécialement suggéré d’expérimenter avec le flot de travail pour améliorer le fonctionnement de l’équipe.

Pour beaucoup d’équipes, faire Scrum c’est faire des rituels et utiliser JIRA, et je ne suis pas d’accord. C’est bien entendu plus subtil que de faire des rituels, et JIRA n’a absoluement rien à faire dans cette définition.

Néanmoins, JIRA peut être une forme de guide pour un Scrum Master débutant qui serait très curieux et proactif. Quelqu’un qui ne se laisserait pas juste porter par l’outil. Au contraire quelqu’un qui irait plus loin en faisant des recherches complémentaires et qui remettrait en question ce que lui propose l’outil. Pas simple !

Donc je reste sur ma position à propos de JIRA en tant qu’outil de gestion de projet Agile. À la rigueur, pourquoi pas, ce serait un outil pour des équipes déjà matures qui connaissent très bien leur contexte et pour qui les avantages et inconvénients de la solution JIRA donneraient un net positif. Mais pour une équipe qui démarre ? Non ! Laissez-les démarrer avec un board physique et regardez la magie s’opérer !

Internet, Google, les bases de connaissance, les articles de blog

Nous voilà arrivé au cœur du sujet. Posez n’importe quelle question à Google (en anglais si vous voulez avoir plus de résultats) et vous trouverez tout un tas d’articles passionnants qui vous répondent :

Qu’est-ce qu’une Rétrospective ? Pourquoi faire ?
Et la Revue de Sprint, ça se passe comment ?
Le Sprint Planning on fait comment ?
Comment gérer l’engagement de l’itération ?
Comment estimer les US ? Qu’est-ce qu’une User Story d’ailleurs ? C’est quoi ce fameux INVEST ?
C’est quoi la bonne durée d’une itération ?
À quoi ça sert le burndown chart ?
Il fait quoi le PO ?
Comment on fait pour développer et tester en même temps dans la même itération ?
Et d’ailleurs le stand-up, est-ce qu’on le fait bien ?
Et est-ce que je fais bien mon rôle de Scrum Master ? C’est quoi mon rôle au juste, déjà ?
. . .

Alors par contre, il va falloir fouiner un peu et lire, lire et encore lire. Savoir utiliser un moteur de recherche et trouver les bons mots-clés, aussi. Les articles sont parfois longs (mais souvent passionnants). Il va falloir faire d’autres recherches pour bien comprendre ce que raconte ce premier article, et ainsi de suite.

Bref, vous renseigner, et vous former. Passer du temps, et bosser. Oui, c’est du travail !

En pratiquant !

Ben oui, parce que vous allez lire plein de trucs, c’est cool, mais derrière il faut mettre en pratique. On se rend parfois compte que ce n’est pas aussi simple qu’il n’y parait. Ou qu’au contraire on s’inquiète pour rien, ça roule tout seul.

Dans tous les cas, c’est ce mélange entre votre formation théorique (lecture) et votre pratique, qui va vous permettre de mieux comprendre le rôle de Scrum Master et surtout le prendre en main.

Tout ça pour dire qu’il faut aussi oser des trucs ! Tentez des trucs fous ! Vous n’avez rien à perdre et tout à gagner.

LinkedIn, Twitter, et les groupes de discussion

Variante des recherches Google, les réseaux sociaux et groupes de discussion sont aussi souvent des mines d’or d’information. Je suis personnellement un grand utilisateur de LinkedIn et de ses groupes.

Plus précisément, cela s’apparente plus à de la veille qu’à de la formation : vous connaissez déjà votre métier, mais vous continuez d’affûter vos talents, vous restez à l’affût de nouveaux trucs, d’idées qui vous remettront en question, d’ateliers à essayer.

Là aussi, la pratique est cruciale. C’est d’ailleurs tout l’enjeu de ces groupes de discussion : échanger et s’entre-challenger. On a envie d’avoir des retours d’expérience, et de recevoir des conseils de personnes expérimentées.

Et ce n’est pas parce que vous découvrez tout juste le rôle que vous n’avez rien d’intéressant à dire !

Des livres… sur Scrum et l’Agilité

Je l’ai dit plus haut, je suis plus lecture que contenu vidéo.

Sans surprise donc, selon moi la lecture de livres est une excellente formation pour le Scrum Master.

Un exemple de lecture ? Agile Estimating and Planning de Mike Cohn est une valeur sûre :

  • Comment estimer les User Stories
  • Que faire de ces estimations
  • Comment faire un planning Agile
  • Comment travailler avec les partenaires et les clients en mode Agile
  • Comment organiser un planning avec plusieurs équipes
  • Comment prioriser

Un autre exemple de livre ? User Story Mapping de Jeff Patton est un livre que certains coaches Agile considèrent comme un ramassis de redites, qui ne contient rien de nouveau. Néanmoins, c’est une mine d’or pour quelqu’un de plus débutant — comme un Scrum Master en pleine formation ! Au-delà de la pratique du User Story Mapping (qu’il convient de connaître et de s’approprier en tant que Scrum Master), Jeff Patton revient sur les bases, en expliquant déjà ce que sont ces fameuses User Stories, de l’intérêt qu’elles apportent, et de comment bien les utiliser. La lecture est agréable et, en ce qui me concerne, je n’ai pas eu ce sentiment de redites.

Des livres… sur le management

On peut aussi citer les livres de management, qui sans forcément parler d’Agilité (le terme n’existait simplement pas à l’époque) mettent malgré tout déjà bien en exergue toutes les bonnes raisons de travailler en Agile. On ne peut pas directement parler de formation au rôle de Scrum Master mais de mon point de vue ce sont des bases saines pour mener ses réflexions et finalement s’approprier le Manifeste Agile. Il est également intéressant de se rendre compte que, finalement, on n’a rien inventé et cela fait déjà trèèèèès longtemps que les experts nous disent ce qu’il faut faire et ne pas faire. Et que ce n’est pas spécifique au domaine du numérique !

Sur ce thème je peux par exemple vous citer ces trois livres que je recommande tous :

  • The Mythical Man-Month de Frederick Brooks (première édition : 1975)
  • Peopleware: Productive Projects and Teams par Tom DeMarco et Timothy Lister (première édition : 1987)
  • Management 3.0 de Jurgen Appelo (2011)

Des livres… sur les bonnes pratiques de développement

Et qu’en est-il des bonnes pratiques de développement ?

Si cela ne fait pas directement partie du domaine du Scrum Master, des ouvrages de référence lui donneront des billes pour faire grandir l’équipe de développement, ou pour mieux la comprendre. D’autant plus que le Manifeste Agile nous dit sans ambiguïté dans un de ses sous-principes :

Une attention continue à l’excellence technique et à une bonne conception renforce l’Agilité.

Ainsi le livre The Software Craftsman: Professionalism, Pragmatism, Pride de Sandro Mancuso vous donnera d’excellentes bases pour comprendre comment intéragir avec les développeurs, comment bien les recruter, comment mettre en place une culture de l’apprentissage.

Bridging the Communication Gap: Specification by Example and Agile Acceptance Testing de Gojko Adzic vous convaincra de l’intérêt des Spécifications Exécutables. Plus globalement, il vous donnera des billes pour mettre en place un environnement où “fonctionnels” et “techniques” parlent la même langue et où les livraisons correspondent aux attentes, du premier coup.

À chaque fois, ces livres dépassent le domaine pur de la technique et fourmillent d’informations qui seront utiles à des non-développeurs. Et en tant que personne en contact permanent avec des développeurs, c’est une vraie valeurs ajoutée pour un Scrum Master.

Un coach Agile de passage

J’ai eu l’immense chance de bénéficier du passage du coach Agile frank olsen dans nos locaux. Notre équipe a pu passer quelques heures en sa compagnie et échanger sur nos pratiques et nos problèmes. Cela a été un véritable déclencheur, qui nous a fait directement passer à un autre niveau de maturité dans nos pratiques. On peut citer notamment :

  • Passage à un board physique
  • Fluidification du stand-up
  • Assainissement de nos pratiques de test, définition de ce qui doit être fait dans le cadre de l’itération et de ce qui en sort
  • Estimation des User Stories en U.S. Points, utilisation du Planning Poker
  • Burndown chart basé sur les U.S. Points plutôt que sur les heures restantes dans les tâches techniques pour éviter les pratiques managériales douteuses
  • Nette évolution dans l’encadrement et l’accompagnement du PO dans la construction du backlog

Vous vous rendez compte ? Tout ça grâce à quelques heures d’échange !

Je ne me souviens plus si j’ai déjà eu l’occasion de remercier formellement frank olsen… Alors un énorme merci, Frank !

Pour conclure…

Comment se forme-t-on tout seul à un sujet ?

Avec de la passion !


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