On swipe pas les modèles
comme on veut matcher sur Tinder
En ce moment plus que jamais, on parle des “FAUX-tographes”, des abus sur les modèles, et de tout ce qui peut s’apparenter à des agressions dans le monde photographique.
Avant toute chose et de vous lancer dans une lecture frénétique, mesdames, suivez votre instinct. Si vous ne le sentez pas ce photographe, partez, n’y allez pas, ou juste ne répondez pas ! Maintenant, vous pouvez lire tranquillement.
C’est un sujet qui me fait réagir, car je me sens souvent mal, que ce soit pour les modèles ou de faire partie de la population qu’on peut rapidement juger problématique. Alors je ne dis pas que j’ai quelque chose à me reprocher, bien au contraire (sans me lancer de fleurs bien sûr) mais que cette vision de la société à laquelle je peux rapidement appartenir me rend malade. Il y a un énorme problème avec une large population, on va pas se voiler la face, c’est vrai : beaucoup trop de photographes se comportent mal, très mal. Et je ne suis pas sûr qu’on puisse les empêcher de procéder si ce n’est en les dénonçant publiquement, et encore. Il y a maintenant deux ans, j’avais exposé l’un d’eux sur facebook sur un groupe photo, suite à des discussions avec des nanas qui n’osaient pas en parler, et j’ai mis un pied dans la fourmilière. Oui juste un pied, pas un coup, car ce post a alors abouti sur quelque chose d’extraordinaire.
Une fois ma question posée sur le groupe, et demandant même si c’était vrai, et si le personnage en question voulait répondre aux accusations pesant sur lui, quelques personnes ont rejoint le point de vue des accusations faites sur lui, mais ensuite, il est arrivé, avec son armée de fans. Et cette histoire est allée jusqu’à des menaces que je garde encore en screenshot dans mon téléphone au cas où il ait décidé de réellement porter plainte contre moi. Donc ici, un problème simple, une accusation, des gestes déplacés, des paroles hors propos, et deux modèles apeurées, une prise de position et un essai de l’exposer ou de dialoguer, et la conclusion, encore plus de peur, et des menaces très sévères.
Alors que faire ? Comment se protéger de ce genre d’individu et de comportement. Sur facebook il y a un groupe constitué uniquement de femmes, des femmes photographes pour des modèles femmes, et pourtant, selon moi ce n’est clairement pas LA solution. Pourquoi exclure les hommes bienveillants et non malhonnêtes. En effet, que ce soit une majorité ou minorité, exclure une partie de la population, car le problème partage un paramètre commun : ce sont généralement des hommes (d’ailleurs, il serait intéressant de savoir si des femmes se sont déjà mal comporté ou ont déjà agressé ?). Cela fait rentrer le monde de la photo dans une sorte de paranoïa, un monde où chaque fille/femme qui veut poser va se poser des questions, va avoir des doutes concernant un photographe, on va lui dire de faire attention à tant de points en allant se faire photographier. Un monde où nous hommes “normaux” on commence également à douter et je vous vois vous en train de dire “mais vous êtes pas victimes vous avez rien à dire”, ben si ça nous affecte, pas autant oui, mais ça nous affecte. La présomption d’innocence, se transforme en présomption de culpabilité, chaque homme peut possiblement être jugé avant même de pouvoir prouver qu’il n’a jamais rien tenté.
Et on arrive sur l’explication de ce titre putaclic. En temps normal, un photographe (homme comme femme) cherche un/une modèle pour un projet précis, et quand c’est le cas, il contacte les personnes potentielles qui peuvent l’aider à concrétiser son projet. Son projet PHOTO, soyons clair. En effet, le monde de la photo ce n’est pas un site de rencontre, et les rapprochements qu’il peut possiblement se faire entre un photographe et une modèle (parlons de ce postulat directement.) peut arriver, en dehors du cadre photo, et hors séance. Une amitié peut naître, un couple peut voir le jour, mais en aucun cas faire de la photo a pour but de sauter des nanas, JAMAIS.
Parlons d’instagram, ce qui marche, ce sont les culs, et voir des tétons pointés, pourquoi ? Parce que ça fait liker, mais est-ce une finalité en soit ? Il y a des photographes qui font des clichés exceptionnels à base de chair, de sensualité, de lingerie en tout genre, et c’est juste beau, c’est une recherche, une modèle qui bosse avec un photographe et le résultat d’un travail commun que l’on peut juste apprécier. Si j’ouvre mon téléphone sur instagram dans le métro et que je tombe sur une photo assez suggestive, je n’ai pas honte, je regarde, car le travail de cette modèle ou de ce photographe me plaît à la base, pour le reste, j’ai ce qu’il faut à la maison. Et si j’ai envie de faire ce genre de clichés, je veux en être libre. Libre d’exprimer ce que je veux créer sans passer pour un pervers, violeur, ou tout ce qui peut suivre. Et le statut ne doit en rien influencer ce travail, célibataire, je ne suis pas plus “dangereux” qu’en couple et cela ne regarde personne.
Alors non, je ne swype pas les modèles comme je pourrais swyper sur Tinder. Et je ne veux pas matcher avec les modèles, je ne suis pas des comptes instagram pour “me faire du bien” et voir des nanas nues ou très légèrement vêtues sur instagram me donne pour seule envie de reproduire cela en shooting et de réussir à progresser dans le domaine. Ma seule envie est de faire matcher notre résultat pour être satisfait de notre travail. Car oui, la photo est une passion, mais c’est aussi un travail.
Comme un dictionnaire, je vais vous parler de plusieurs mots importants qu’il faut garder en tête :
- Être public. Selon moi, le travail du photographe doit être public et accessible à tous, si ce n’est pas le cas, quelle est la raison ? Si son compte instagram est en privé, c’est pour deux raisons, je pense : primo, il veut cacher son travail pour d’obscures raisons et ensuite, il veut que tu cliques pour qu’il gagne un follower, même si tu travailleras peut-être jamais avec lui, il a gagné un follower. Alors avant de bosser avec un photographe qui a un compte privé, essaye de trouver son boulot autre part, book internet, galerie photo autre part, voir où il est tagué peut-être ?
- Des exemples, pas qu’un benchmark. Un benchmark c’est des photos montrant ce qu’on a envie de faire, des illustrations de notre objectif, c’est bien beau, mais il faut aussi avoir des exemples de ce que le photographe a déjà pu faire, dans le cas où rien n’est sur instagram par exemple, n’hésitez pas à demander un échantillon de ce que le photographe a déjà pu faire avant. Même si ces photos ne représentent pas ce que le photographe veut faire durant le shooting, ça peut vous donner une idée de son univers !
- Les recommandations, car c’est à ça que ça nous sert nous autres photographes mâles. Si un photographe n’a aucun témoignage ou s’il ne peut pas vous fournir de personne pour vous rassurer en cas de demande, posez vous des questions. Alors oui, il peut tout autant en avoir dix qui disent que du bien de son boulot et un seul et unique avis négatif, et ben creusez ! Est-ce que cet avis unique est pertinent ou pas, qu’elle est la vérité et le faux dans tout cela.
- Le fameux “je peux venir accompagnée” … En effet, il est normal de vouloir se rassurer et de venir accompagner, et il n’est pas normal qu’un photographe vous refuse cette possibilité. Mais il est possible de vous dire “tu risques de ne pas être la même avec le regard de quelqu’un pendant la séance”. Dans le cadre d’une séance lingerie, qui plus est où la personne peut avoir quelques complexes, il est important de vous dire que vos complexes et autres problèmes de confiance soit amplifié par le regard qui peut vous juger d’un proche. Alors que normalement, le photographe est là pour vous sublimer, faire de ce défaut une qualité, et ces petites vergetures des rayures qui pourraient vous paraître belles à contempler.
- Le contrat photo. Il est très important de vous protéger, grâce à un contrat de droit de diffusion ou de droit à l’image. Le mien est assez basique, mais précise à la fin que les images ne seront jamais utilisées contre vous, ou sur des plateformes à but pornographique par exemple (en même temps vu les photos que je fais, j’ne vois pas comment ça serait possible, mais …)
- Et enfin, pour les hommes qui me lisent et font de la photo, par pitié, ne parler pas de votre “barreau”. Comme on me l’a demandé en privé sur instagram, “Je fais quoi si j’ai le barreau”… Ben juste tu dis rien, tu continues tes photos, et tu continues de mettre ton modèle à l’aise. Tout comme cela peut arriver n’importe où (en moyenne, 11 fois par jour messieurs et ce n’est même pas au sujet de ces dames parfois, donc mesdames, merci de ne rien dire non plus si jamais …) ce n’est pas une raison pour parler sexe à la modèle, reste pro bordel. Et comme dit entre parenthèses, on ne contrôle pas cette partie du corp mesdames, alors on se calme et ça passe sans que personne fasse rien.
Comme cela peut se ressentir avec certaines tournures de phrases, c’est un sujet qui ne me laisse pas de marbre et sur lequel je suis particulièrement engagé, étant un homme et faisant de la photographie. Pour mon cas, j’ai attendu 5 ans avant de me lancer dans la lingerie, et 6 dans le nu, domaine dans lequel je n’ai qu’un shoot à mon actif d’ailleurs. J’ai attendu, car j’avais peur du regard qu’on pouvait avoir sur moi si je présentais des photos dénudées, mais aussi parce que je ne me sentais pas prêt. Maintenant, je prends toutes les libertés que je veux en photos, mais vivre dans le doute permanent qu’on me prenne pour ce que je ne suis pas m’insupporte, alors oui, ce n’est pas une agression, mais ce n’est pas à minimiser pour autant.
Je finirais cet article en vous invitant, pour celle qui l’ont subit, ou en ont besoin à partager vos mauvaises expériences, à juste parler d’un mauvais shooting, ou juste de sortir de votre silence si vous avez été victime car cela est nécessaire, et nous pouvons maintenant utiliser un beau réseau de photographes et modèles fiables.