Culture libre + Education

Synthèse d’un article de Parcours Numérique d’il y a quelques années

http://parcoursnumeriques.net/

LibreEducation ou éducation(s) par la culture libre
PiNG, dont l’objet social comprend la pédagogie et la transmission, revendique l’utilisation de logiciels libres comme un facteur déterminant de la démocratisation des pratiques et de la pérennité des actions. De plus, l’immersion au coeur du fablab nous a montré qu’il ne s’agissait pas uniquement de ‘numérique’, digital mais de bricolage, d’électronique, de mécanique, …
Nous avons toujours été convaincu que nos pratiques pédagogiques doivent soutenir la culture libre, dépassant l’aspect facile et technique de l’Open(0), qu’elles s’inscrivent dans une certain vision du numérique (1), au service de l’autonomie/souvenaineté technologique de chacun (2).

Et maintenant, éducation à quoi ?
Depuis quelques années, les institutions dédiées à l’éducation des jeunes (Éducation nationale et Éducation populaire) proposent un ensemble d’intitulés pour aborder la question des techniques, technologies et de leurs usages : Education aux médias, éducation multimédia, éducation à la Culture scientifique et technique, éducation numérique, éducation par le numérique, éducation au web2.0, …
Peut-être serait–il intéressant de définir précisément ces intitulés, lister les politiques publiques et acteurs leur ayant été associés, et tenter d’évaluer leur impact sur les jeunes ?

La pédagogie au service du matériel ou le matériel au service de la pédagogie ?
La réflexion sur le numérique, actuellement en débat via des plateformes collaboratives web2.0 (3), est souvent réduite au fait de proposer aux acteurs d’imaginer des contenus en lien avec un ensemble de dispositifs et infrastrucutures techniques déjà achetés , sans qu’il ait eu au préalable de concertation sur ces dépenses publiques (l’historique des achats à grande échelle, des T07 Thompson aux tablettes numériques de la pomme, serait intéressante à produire, ainsi que le listing du matériel « dormant dans des placards »). Dans n’importe quel autre domaine pédagogique, les objectifs et séquences sont définis au préalable, et l’achat du matériel en découle. On voit mal pourquoi le numérique fonctionnerait différemment.
Comment inverser cette pression technologique et économique pour permettre aux équipes pédagogiques de réfléchir à cet enjeu d’appropriation technique plutôt que son utilisation ? Comment accentuer les pratiques de détournement, ‘hack’ non pas comme « geste fun » mais pour montrer que l’usage et l’envie sont plus forts que la fonction prédéfinie de l’objet technique, que la capacité à savoir transférer un savoir ou savoir-faire est la base des cultures numériques ?

Une éducation sans éducateur ?
La confrontation de différentes approches éducatives ( éducation populaire, de l’éducation nationale et médiateurs de la culture libre), de différentes terminologies (animateur, enseignant, éducateur, facilitateur) dans un grand atelier comme plateforme C a permis d’identifier différentes postures de transmission et de conforter la nécessité d’un accompagnement humain professionnel et qualifié.

Le texte réalisé par Hervé le Crosnier en introduction de Culture Num (4) éclaire ces questions culture/numérique/éducation :

«Chacun sait combien l’éducation est en crise, et cela partout dans le monde. Alors même que les nouvelles technologies d’une part, et l’extension de la démocratie, qui nécessite une plus large activité citoyenne d’autre part, demandent d’étendre toujours les connaissances des individus, les progrès de l’éducation restent en retrait.(…) Chaque nouvelle technologie a été investie d’une mission éducative. En 1922, Thomas Edison n’hésitait pas à déclarer : « Je crois que le cinéma va révolutionner notre système éducatif, et que dans quelques années il supplantera largement, si ce n’est même complètement, l’usage des manuels scolaires. » Les croyances technologiques sont revenues sur le devant de la scène à l’apparition de chaque technologie de la communication.(…) Ce que transmet un enseignant, au-delà des savoirs au programme,
c’est toute une série de comportements, de démarches critiques, de réflexions « hors sujet », mais qui forment le bain cognitif si nécessaire pour développer les capacités des apprenants à intégrer les savoirs transmis et les faire siens.Plus encore, surtout si l’on se penche sur les premières années à l’école, l’enseignant est là pour créer et soutenir la motivation des élèves.(…) Malgré toutes les tentatives de faire du e-learning, de l’utilisation des ordinateurs pour « industrialiser » l’éducation, les expériences ont souvent tourné court. Les raisons ne tiennent pas à l’intérieur des formations proposées, à leur contenu ou aux efforts de présentation, mais à la structure générale de l’éducation, à cette motivation qui doit sans cesse être stimulée. Et qui a besoin pour cela de la coprésence. »

Hervé le Crosnier cite Paulo Freire

« Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde. » Paulo Freire (link is external). (1974)

Faire en pensant ou penser en faisant ?
Durant fablab junior, l’équipe pédagogique a pu aborder les enjeux décrits ci-dessus en associant pratique et réflexion.
On retrouve cette association des dimensions pratique et réflexive dans le manifeste que nous avait proposé Alain Giffard dans le cadre de Parcours Numérique.

« En insistant sur la dimension «PRATIQUES» du schéma de la culture numérique, nous voulons d’abord rappeler que, comme toute culture technique, la culture numérique est empirique et expérimentale, et qu’elle progresse par l’exercice (…) Pratique veut dire : le public n’est pas strictement déterminé par l’institution ou le marché. C’est cet écart entre une position de cible et une position active de sujet, qui révèle le projet d’appropriation culturelle. »

À suivre…

Références :

(0) Différence entre Open et Libre : Richard Stallman (link is external) indique que « /le mouvement de l’open source a été conçu spécifiquement pour écarter le fondement éthique du mouvement du logiciel libre/ “

(1) Une certaine vision du numérique (link is external)

(2) Souveraineté technologique par Alex Hache (link is external)

(3) Exemples de plateforme collaboratives : http://ecolenumerique.education.gouv.fr/ (link is external) — http://contribuez.cnnumerique.fr/ (link is external)

(4) : Hervé LeCrosnier : www.cfeditions.com/culturenum/ressources/culturenum_specimen.pdf (link is external)