[Critique] La La Land — destin croisés sans se mêler

A moins d’avoir vécu dans une grotte ces derniers mois, difficile de passer à côté du phénomène ciné qu’est La La Land. 14 nominations pour les Oscars, récompensés par 5 prix aux BAFTA 2017 notamment dans la catégorie “Meilleur film”, “Meilleur réalisateur” pour Damien Chazelle et “Meilleure actrice” pour Emma Stone, le film bat déjà des records de box-office et s’identifie déjà comme les classiques du cinéma dont il s’inspire à savoir West Side Story, Chantons sous la pluie, etc…

Le film suit deux personnages dans la grande ville de Los Angeles. Mia est une jeune serveuse dans les studios de la Warner qui tente de devenir une grande actrice, Sebastian est un pianiste cantonné aux musiques de fond de restaurants chics qui rêve de fonder son propre club de jazz. Ses deux personnalités qui tentent de vivre le rêve américain vont donc se croiser et tenter de réaliser leur rêve respectif.

Le scénario est très convenu. Deux jeunes âmes qui souhaitent briller et tombent amoureuses, cela n’a rien de nouveau, mais Damien Chazelle sait user de la narration pour ne pas tomber dans les situations clichés et s’amuse même à en jouer en détournant le mythe de la première rencontre ou même du premier baiser au cinéma. Le réalisateur suit donc un trait bien connu des comédies romantiques en y ajoutant sa touche de surprise et d’originalité dans sa manière de raconter son histoire. Un ton bienvenu pour un scénario qui peut se voir comme un des rares défauts du film, mais s’y arrêter serait simplement se fermer l’esprit et oublier tout l’imaginaire et les thématiques que le film véhicule grâce à sa galerie de personnages charismatiques portés par des acteurs de talent.

Damien Chazelle dirige ses personnages et ses acteurs comme s’il s’en amusait. Si le talent de Ryan Gosling et (surtout) d’Emma Stone n’est plus à prouver, ce film nourrit un peu plus l’alchimie entretenue par les deux acteurs à l’écran (ajouté à Gangster Squad et le désormais culte Crazy, stupid love). On en vient à se demander si nous suivons réellement Mia et Sebastian et non Mia et Ryan. Impossible aussi de ne pas parler de John Legend dont la prestation, bien qu’un peu en retrait, est extrêmement juste. Et un caméo de JK Simmons est toujours bienvenue (surtout s’il est fait de façon aussi naturelle).

La mise en scène n’est pas en reste et contient de véritables bonnes idées à l’image de plusieurs jeux d’ombres et de lumière qui viennent marquer des pauses dans le récit. Une façon originale de montrer l’aboutissant de certaines décisions et du destin des personnages sans pour autant tomber dans la simple explication textuelle. L’origine même du mot “Cinéma” signifiant “écrire avec le mouvement”, c’est d’une merveilleuse façon que Damien Chazelle dresse certains de ses plans en respectant ce principe sacré du cinéma.

La photographie est peut-être un des plus gros points forts du film avec sa BO. Certains plans sont semblables à de véritables peintures où toutes les couleurs ont un sens et se répercutent par la suite. Les personnages surplombent ou sont parfois entièrement écrasés par les décors. Je ne m’attarde pas trop sur ce point tant il est difficile d’expliquer ce qu’est une bonne photographie mais vous renvoie à la vidéo du Fossoyeur de film sur l’importance des couleurs dans La La Land.

Nous en parlions juste avant, la bande originale du film est la première raison pour laquelle ce film va rester dans votre esprit pour un petit moment. Les compositions signées Justin Hurwitz (dont le travail est notamment présent dans Whiplash de Damien Chazelle et dans certains épisodes des Simpsons) marquent le film tant elles sont entraînantes. Que dire de l’interprétation et des chorégraphies incroyablement bien menées par Emma Stone, Ryan Gosling et le reste du casting, le tout dans des plans séquences complètement fous de précision et qui ont dû demander énormément d’efforts à toutes l’équipe. Si vous ressortez du film sans avoir quelques morceaux en tête comme le thème principal, “Someone in the crowd” ou “Another day of the sun”, vous êtes très fort (ou vous n’avez pas vraiment écouté).


La La Land est une oeuvre incroyable de par le nombre de talents déployés autour. S’inspirant des plus grandes œuvres tout en s’en émancipant, le film reste dans les esprits une fois sorti des salles obscures et vous marque par sa narration, sa mise en scène, ses acteurs très justes et sa musique entraînante et respirant la joie de vivre. Sa fin coupe incroyablement bien avec la norme des comédies musicales romantiques en présentant un décor tiré de l’imaginaire de Mia et Sebastian qui ne manquera pas de vous émouvoir à plus d’un titre. La La Land est une preuve, s’il en fallait vraiment une, que Damien Chazelle est à 32 ans un réalisateur remarquable qui joue déjà dans la cour des grands.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.