ELLES SE BOUSCULENT

J’ai relu il y a peu « Mémoires d’une jeune fille rangée » de Simone de Beauvoir.

Ce livre était l’un de mes préférés à l’époque où j’étais au lycée, et étant très admirative de cette grande Dame, c’est tout naturellement que j’ai détourné le titre de son livre pour nommer mon medium.

Je ne saurai pas dire pourquoi précisément mais j’ai tout de suite pu m’identifier dans ses écrits. D’abord parce que je me suis sans doute reconnue dans sa personnalité d’enfant : intrépide, curieuse de tout et surtout du monde qui l’entoure ; sûre d’elle.

Et puis, à l’époque où j’ai lu ce livre pour la première fois, j’étais encore une « jeune fille ». Une jeune fille « rangée » qui plus est, car plutôt bonne élève et l’identification était donc complètement au rendez-vous.

Aujourd’hui, plus de 10 ans après cette première lecture, je suis devenue une jeune femme. Une jeune femme plutôt (dé)rangée. Je ne fais aucunement référence à ma santé mentale qui va très bien, merci, mais il est vrai que je suis souvent taraudée par tout un tas de questions que je me pose tous les jours, sur tout un tas de sujet.

C’est en initiant un cheminement personnel afin de mieux me connaître, en faisant le bilan en quelque sorte, que j’ai eu envie de relire ce livre. « Mémoires d’une jeune fille rangée », un titre prometteur et un livre dans lequel je m’étais retrouvée à l’adolescence.

L’idée était bel et bien là, me retrouver !

J’avais aussi besoin de me rendre compte à quel point j’avais pu changer (ou pas tant), évoluer, depuis le moi « jeune fille rangée ». Mais aussi et surtout retrouver la petite fille curieuse et intrépide qui avait une légère tendance à avoir réponse à tout. Cela m’a d’ailleurs valu de me faire reprendre à de nombreuses reprises par mes parents, voire de passer pour une enfant avec une répartie un peu trop développée. Oui, je n’aime pas avoir tort, surtout quand je suis sûre d’avoir raison. ..

Me rassurer en m’assurant que cette petite fille était toujours là, cachée quelque part mais prête à ressurgir à tout moment. La bonne nouvelle, c’est que je suis allée la chercher et que je l’ai retrouvée.

Elle n’était pas bien loin même s’il est vrai qu’elle s’était faite un peu plus discrète ces dernières années. La jeune fille rangée l’a mise de côté et puis celle-ci a ensuite du faire de la place à la jeune femme.

Mais il était temps. L ‘enfant qui laisse place à la jeune fille qui laisse la jeune femme s’installer doucement mais sûrement. Une sorte de cohabitation.

J’ai pris l’enfant sous le bras et l’ai mis dans un coin de ma tête, j’ai mis de côté la jeune fille un peu garçon manqué pour faire de la place à la jeune femme qui tente d’assumer sa féminité mais j’ai parfois l’impression que les trois ne cohabitent pas toujours très bien.

Ça commence à s’installer doucement mais c’est toujours un peu le bordel le temps que chacune se fasse sa place.

C’est un peu comme si on faisait une coloc à trois, dans un corps et dans une tête, mais que nous n’avions pas vraiment le même rythme de vie.

Cette histoire, c’est donc avant tout un questionnement sur le passage de l’enfant, à la jeune fille, à la jeune femme.

Une histoire à propos d’un passage, d’une transition. De l’enfance, où tout est possible, où l’on vit dans un monde merveilleux, où l’on peut faire tous les plans sur la comète possible et inimaginable.

A l’adolescence, où une jeune fille, un peu garçon manqué en ce qui me concerne, flotte entre deux eaux.

A, pour finir, une arrivée tardive et bancale vers l’âge adulte où la jeune femme doit maintenant s’assumer en tant que femme.

C’est donc aussi et surtout pour moi une histoire de féminité (à ne pas confondre avec une histoire de féministe, j’insiste !)

La féminité ou une féminité ; un concept qui a été, et qui reste pour moi difficile à appréhender. Je suis même allée jusqu’à relire la définition exacte pour voir si j’arrivais à en sortir quelque chose.

Ça nous donne ça :

« La féminité est l’ensemble des caractères morphologiques, psychologiques et comportementaux spécifiques, ou considérés comme spécifiques aux femmes. Ils sont liés au sexe ou au genre, et fortement influencés, voire conditionnés par l’environnement socioculturel. Dans l’usage, la part des caractères socioculturels de la féminité contribue à l’identité sexuelle. »

Mouai, bah même en relisant la définition plusieurs fois, ça m’échappe toujours !

A en écouter la définition, chaque femme est forcément féminine, puisqu’elle est femme.

A moins que je sois l’exception qui confirme la règle, je ne me sens pas particulièrement touchée par la grâce de la féminité.

Et puis finalement c’est quoi la féminité ? Est-ce qu’il faut forcément être féminine pour s’accepter et s’assumer en tant que femme ? Ou est-ce qu’il faut se sentir femme pour être féminine ?

Dans la plupart de ses livres, Simone de Beauvoir traite, de manière autobiographique, de la place de la femme dans la société.

A son époque, c’était sans aucun doute une affaire encore plus compliquée qu’aujourd’hui d’être une femme. Il semblerait qu’il est plus facile d’être une femme dans les années 2010 que dans les années 1950.

Pourtant, je continue de penser que pour notre génération de trentenaires, il n’est pas si facile de s’assumer et de s’imposer en tant que femme.

Il est clair que de mon côté, assumer ma féminité est un problème.

A mon entrée dans l’adolescence, à l’âge de 11 ans, j’ai commencé à faire du foot. Un sport considéré pour beaucoup comme l’exact opposé de la féminité. J’assumais à l’époque mon côté garçon manqué puisque je ressentais aussi cette envie d’être une fille. J’étais entre deux eaux, j’étais une « vraie » fille un peu à moitié, quand cela m’arrangeait. J’ai grandit et j’ai fini par devenir une jeune fille qui aimait, comme la plupart des jeunes filles, plaire.

Et puis nous faisons partie d’une génération à qui on a rabâché que les filles sont les égales des garçons. Qu’on aurait le droit de faire des études, de faire carrière (le tout en étant quand même payé 20% moins cher en moyenne, parce que bon… ah non, y’a pas vraiment de bonne raison en fait…).

Alors voilà nous sommes les égales des garçons mais nous restons des filles. Et les garçons ont la chance de ne pas avoir de problème avec la féminité, cela ne les concerne pas. Du moins cela les concerne moins que nous. Il en ont leur vision, ont une opinion sur le sujet mais n’ont pas à faire avec au quotidien.

Qu’est-ce que Victor Hugo avait en tête en disant à une femme « Vous n’êtes pas jolie, vous êtes pire ».

C’est là où je me dis que nous ne pouvons définitivement pas être les parfaites égales des garçons puisque nous sommes quoi qu’il en soit différents.

Chacun a donc son avis sur la féminité et c’est peut-être ce qui la rend si peu appréhendable pour moi. Est-ce qu’être féminine c’est porter des talons de 12 cm tous les jours ? Etre sexy ? Avoir un joli décolleté ? Porter des jupes ? Se maquiller ? Avoir les cheveux longs ?

Les cheveux longs. Parlons-en justement des cheveux longs. J’ai justement les cheveux courts, très courts. J’ai passé le cap il y a peu par envie de changement et parce que je considère que les cheveux courts, ça peut être féminin.

J’ai pourtant eu droit à des réflexions assez étranges sur le fait qu’avoir les cheveux courts pouvait avoir un lien, une cause ou une conséquence sur mon orientation sexuelle.

Pour moi, avoir les cheveux courts est en fait surtout un moyen d’exprimer ma personnalité. Et c’est aussi bizarrement un excellent moyen d’être plus féminine. Cela me pousse à faire plus d’efforts, vestimentaires ou autres, pour être sûre de ne pas passer pour un mec.

Cela peut paraître paradoxal mais c’est pourtant hyper efficace.

Mais alors voilà, sur le papier, faire du foot, avoir les cheveux courts, ce n’est pas a priori, ni d’un premier abord, les éléments clés de la féminité.

Mais en y réfléchissant, je me dis qu’être féminine c’est avant tout une histoire d’attitude.

Et pour reprendre une citation de la Grande Dame Simone qui résume tout à fait mon état d’esprit du moment : « J’accepte la grande aventure d’être moi ».

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