TIC-TAC, TIC-TAC

L’horloge est en marche.

tic-tac, tic-tac, l’horloge est en marche

Quelle est la première image qui vous vient en tête en lisant cette phrase ?

Le lapin d’Alice aux Pays des Merveilles qui court dans tous les sens comme une poule sans tête sans trop savoir où il va ? Ou bien l’image de cette horloge qui tourne, de ce tic tac incessant qui vous fout une petite pression inexplicable.

Ce petit tic tac qui résonne comme un petit oiseau sur votre épaule : léger, doux, presque rassurant puisqu’il vous signifie que quelque chose est en train de se passer. Un peu comme la petite berceuse qui vous endormait quand vous étiez petit.

Me concernant, ce petit tic tac de l’horloge qui tourne me fait davantage penser à une bombe à retardement dont le retardateur accélère au fur et à mesure que le temps passe. Une bombe qui vous rappelle surtout que le temps défile et vous indique insidieusement le rythme à adopter pour avancer. Le rythme à suivre pour être dans les temps et rester dans les clous.

Cette horloge qui tourne, c’est l’horloge biologique.

Est-ce une légende urbaine ou un véritable principe hormonal ?
Un conditionnement ou un besoin inné de faire des choses à un moment donné ? C’est pour moi une vraie question et chacun pourra avoir sa propre théorie à ce sujet.

J’ai pourtant besoin de savoir si je suis tout simplement conditionnée ou bien si c’est quelque chose d’ancré en moi depuis toujours, d’inné. Dans les deux cas, je veux pouvoir m’en débarrasser. Quelque chose me dit que le tic tac de l’horloge biologique ne passera pas par moi. J’aimerai tout du moins que la pression du temps qui passe me passe justement bien au dessus. Que cette envie de sortir du cadre, d’explorer encore et toujours, me fasse oublier le bruit de ce tic-tac et me laisse la possibilité de vivre sans montre ni horloge encore un moment. De faire taire ce tic-tac incessant.

J’aimerai que cette horloge, qui nous dit qu’il faut faire des études, être en couple, se marier si possible avant la trentaine (sachant que nous avons un peu plus de répit que les générations précédentes) faire des enfants dans la foulée, être propriétaire de son appart, évoluer dans sa carrière et tout un tas d’autres choses « qu’il faut faire » ne m’oblige en rien. Que je puisse m’en défaire sans culpabiliser, ou pire, me sentir anormale ou différente.

J’aimerai arrêter de penser, quand je rencontre une personne de plus de 35 ans qui n’a pas d’enfants, « que c’est étrange de ne pas avoir d’enfants à 35 ans ». J’aimerai arrêter mais voilà, le conditionnement est toujours là et même si je cherche à m’en détacher, le temps qui passe nous ramène à « nos obligations ». Ces « obligations » que je cherche, sans trop savoir pourquoi, à ne pas avoir. Cette envie parfois de retomber en enfance où globalement, les prochaines étapes et les préoccupations principales sont de fêter son anniversaire et de passer dans la classe supérieure. Et déjà ici, même si cela peut paraître anodin, enfant déjà, nous avions conscience qu’il faudra d’ores et déjà passer à l’étape suivante.

J’aimerai arrêter oui, mais voilà, la pression sociale est parfois trop forte. Je continue à ne pas avoir envie de suivre la marche tout en me sentant parfois différente. Je continue à me demander si je souhaite sortir du cadre par véritable choix ou parce que les circonstances me poussent à le faire. J’ai beau me dire qu’il ne tient qu’à moi de faire ce que je veux, voir les autres avancer dans une direction parfois opposée peut faire peur.

N’oublions pas non plus que cette pression sociale est d’autant plus compliqué pour les femmes. En tant que femme, nos règles de conduite sont d’autant plus dictées par nos pairs.

Ne vous êtes-vous jamais posé des questions en rencontrant ou en entendant parler d’une femme qui ne souhaite pas avoir d’enfants ? N’avez-vous pas eu l’image d’une femme triste, sans compassion, ni sentiment ? Vous êtes-vous déjà posé cette simple question : pourquoi ?

Alors formatage de la pensée ou conviction profonde ?

N’avez-vous pas pensé non plus en entendant parler de tous ces jeunes qui préfèrent voyager loin et longtemps à la sortie de leurs études plutôt que d’accepter un CDI et une vie bien rangée que ce sont des feignants qui fuient la réalité ? Ne vous êtes-vous jamais dit qu’ils avaient tout simplement besoin de se trouver, de se découvrir et que c’est souvent beaucoup plus simple loin de la pression sociale et familiale ?

L’autre grande question, c’est aussi « est-ce que l’horloge biologique toucherait certains d’entre nous et pas d’autres » ?

Pourquoi je me sens parfois si loin, si différente, quand je vois mes potes se marier ou faire des enfants à l’approche de la trentaine ? Pourquoi j’ai souvent eu l’impression d’avoir un train de retard et de vouloir le garder à tout prix, ce retard ? Comme une envie de ne pas vouloir grandir. Et pourtant une telle envie de se connaître et de découvrir. Dé-couvrir. Autrement dit, enlever le couvercle de la cocotte minute pour éviter qu’elle n’explose en plein vol. Et je ne pense pas être la seule dans ce cas.

Est-ce que la fée de l’horloge n’aurait pas oublié de s’arrêter sur mon berceau à ma naissance ?

J’ai 28 ans (bientôt 29 ans) et je ne sais toujours pas ce que signifie « être adulte ». C’est d’ailleurs l’une des questions qui m’a le plus taraudée pendant bien longtemps. A l’époque, je me demandais sans doute ce que signifiait « être adulte » parce que pour moi cela représentait différentes cases à cocher et / ou statut à avoir que je n’avais pas le moins du monde. Et dont je ne voulais surtout pas. J’ai conscience de cette horloge qui tourne, j’entends son tic-tac, mais je ne sais pas ce que cela signifie pour moi. Elle me semble encore loin. Ou peut-être que je fais la sourde oreille pour surtout, ne pas l’entendre.

Est-ce que cette fée horloge nous toucherait tous un peu, mais de plus ou moins près, de manière à ce que nous n’ayons pas tous le même degré de conditionnement face à « ce que nous attendons de nous » ? Est-ce que la fée horloge est tout simplement là pour s’assurer de l’ordre établi et faire en sorte que tout le monde ne sorte pas du cadre car cela pourrait être le début d’une sorte d’anarchie ?

Et pourtant, comment expliquer qu’à l’heure actuelle :
- de plus en plus de femmes font des enfants de plus en plus tard ?
- de plus en plus de gens ne recherchent absolument plus la sécurité de l’emploi en CDI mais plutôt le statut d’indépendant quitte à être dans une forme de précarité ?
- que la plupart d’entre nous ne cherche plus forcément à faire carrière dans une seule et même voie pour une durée indéterminée mais plutôt à passer d’une activité à une autre.

Est-ce que le changement est en marche ? Est-ce que les codes auraient changé ? Est-ce que nous ne serions finalement pas tous égaux face à l’horloge biologique et est-ce que certains d’entre nous parviendraient à passer à la trappe ?

Je n’ai absolument aucune des réponses à toutes ces questions. J’ose simplement espérer que je parviendrai à ne pas trop me mettre la pression si je ne suis pas en couple avant mes 30 ans ou si je repars de zéro professionnellement parlant, à 30 ans passés.

J’ose espérer que ma soif d’expérimentation prendra le dessus et que je saurai faire passer mes envies avant toute chose, et surtout préférer mettre l’accent sur ce que j’attends de moi-même plutôt que de me soucier de ce que les autres attendent de moi.

Faire en sorte que le tic-tac de l’horloge ne me pousse jamais à renoncer à ce que je souhaite et que ce son incessant se transforme plutôt en un nouvel air de musique qui me poussera avant tout à me découvrir et à tracer mon propre chemin, plutôt que de suivre les autres.

Finalement, quel est le plus dur : courir après les autres pour suivre cette route toute tracée sans conviction ou bien marcher tranquillement la tête haute à la découverte de mon chemin ?