Pour une startup, Paris est-il un passage obligé ?

Nos régions regorgent de talents qui lancent des startups. Mais je trouve que beaucoup trop de startups régionales s’enferment dans leur écosystème local, elles jouent en cercle fermé, uniquement sur leur propre “playground”.
Cette tendance de fond n’est pas vertueuse pour nourrir les ambitions des fondateurs et fondatrices (et pour moi trouver des startups ayant le niveau requis pour signer avec un VC). Il n’est pas nécessaire de déménager son siège social vers un autre “playground”, mais aller régulièrement jouer ailleurs, c’est essentiel pour trouver l’inspiration et nourrir son envie d’élever son niveau.
Parce que les startups sont des entreprises de “haut-niveau”
Une startup est un entreprise naissante avec un plus gros potentiel et de plus grosses ambitions que les autres entreprises. Parce que les startups sont des entreprises de “haut-niveau”, au sens sportif de haut niveau, il faut regarder du côté du monde du sport professionnel, pour comprendre pourquoi changer d’environnement sportif a un impact positif sur la performance.
Quand on regarde le monde du football et en particulier les joueurs qui nous ont fait vibrer en 1998 et 2018, on remarquera que nos champions sont tous allés jouer à l’étranger : Zidane, Henry, Desailly, Kanté, Pogba (Mbappé est l’exception qui confirme la règle, quoique Monaco n’est pas la France).
Ce séjour à Turin, Londres, Milan, Leicester ou Manchester, a eu un bénéfice certain pour ces joueurs et a clairement musclé leur jeu.
Pourquoi sont-ils devenus meilleurs en partant à l’étranger ?

1/ Aller sur de nouveaux territoires permet de se comparer aux autres, de faire un bilan de son niveau de jeu. Les lacunes qui étaient connues auparavant ne peuvent plus être ignorées, on doit enfin agir pour les rectifier.
2/ Le changement d’environnement de vie oblige chacun à être plus attentif à ce qui l’entoure, pour comprendre son nouveau cadre de vie. Dans un nouveau monde on ne perd pas de temps pour se faire une place. Ce dernier point élimine certains biais cognitifs limitant la progression, car l’urgence de se faire une place est comme être en mode survie, l’esprit s’éclaircit, les décisions sont plus pertinentes et rapides.
3/ Arriver dans un nouveau monde permet de se réinventer. Le changement d’environnement permet de faire table rase du passé, de casser certaines barrières mentales et donner plus d’espace pour penser le futur, ce qui est un état psychologique qui favorise la progression. Le changement d’habitude casse les mauvaises et induit une augmentation de sa zone de confort.
4/ Aller ailleurs, sans son entourage habituel (amis, collègues, famille…), peut conduire à une forme d’ennui, car on ressent moins les sollicitations de notre environnement. Quoique désagréable, cette situation d’ennui est vertueuse. L’ennui est un formidable driver pour faire les choses et être en mode exécution. Le vide créé par l’ennui doit se remplir. On est donc plus enclin à aller vers les autres et les écouter. Pour combattre l’ennui on se met plus facilement au travail et la productivité est accrue. Dans le monde du sport cela se traduit par : “le premier à l’entrainement et le dernier à partir”.
5/ Faire de nouvelles connaissances (au sens personnes), apporte de nouvelles connaissances (au sens savoir). On s’enrichit avec les autres, et encore plus quand ils viennent de loin. Accéder à cette richesse apporte souvent l’ingrédient manquant à notre jeu.
Le changement de playground pour un sportif est vertueux. C’est pareil pour les startups !

Cela fait maintenant 20 ans que j’observe ce phénomène, depuis que j’ai remarqué l’impact positif qu’il avait eu sur mes résultats scolaires, en passant du collège de mon village au lycée à Marseille, où je suis devenu le meilleur de ma classe. Puis quelque années plus tard, dans mon club de basketball au SMUC de Marseille, lorsque j’ai joué avec Gérald, fraîchement débarqué d’une année au Lycée aux USA, qui avait obtenu un niveau de basket lui permettant d’être le 6ème homme de l’équipe (nous étions en niveau national), alors qu’il n’avait jamais joué au basket avant d’aller aux USA. Comment peut-on en un an devenir un des tops joueurs d’un des meilleurs clubs de jeunes de Marseille, simplement en allant jouer une année aux USA ?
Erasmus n’est-il pas le programme le plus vertueux que l’Europe a créé au niveau du développement des talents ? Dans l’éducation populaire on utilise la même technique pour faire sortir les jeunes des quartiers et leur permettre d’avoir un nouveau regard sur eux-même et le monde. En Israël, on pousse les jeunes sortis de l’armée à aller parcourir le monde. La startup nation israélienne se porte bien, il me semble ?
Qu’en est-il pour les startups ?
Quand on regarde le bienfait de YC sur nos startups françaises, on peut se dire que l’immersion à SF (avec les bons acteurs) a un impact très positif. Comme pour un Basketteur habitué des playgrounds français qui irait jouer aux USA.
Sans aller jusqu’à SF et faire YC, comment peut-on bénéficier du changement d’environnement ? Quoi faire et où aller ? Quel Playground ?
Au regard du nombre de deals de la trentaine de top VCs (basés à Paris), on remarque que Paris domine et les régions restent à la traîne. De plus Paris est un hub où l’on fréquente plein de talents motivés, à la pointe des derniers savoirs-faire. Le niveau est plus élevé dans ces hubs.
On peut se sentir le Roi du « playground » à Marseille, arrivé à Paris on réalise qu’on est « dégun »
Comme le faisait remarquer Mathieu Daix,
“Why has Clermont-Ferrand still not been named as the Capital of Europe while it gave birth in 1889 to Michelin… Maybe because, paradoxically, in the digital era, geography and ecosystems are more important than ever”.
Les hubs comme Paris sont des passages obligés si l’on veut performer. On peut se sentir le Roi du “playground” à Marseille, arrivé à Paris, on est “dégun”.
À l’air du digitale, cette vérité est encore bien établie. Comme le dit Mathieu :
“It looks like the beta version of the digital capitalism uses the same OS.”

Donc je vous recommande chers amis fondateurs et fondatrices de startups basées en région, d’aller le plus souvent à Paris et de vous mêler avec les autres acteurs de l’écosystème, jouer sur leur playground, au moins 6 jours par mois. Les bénéfices cités plus haut seront au RDV et vous augmenterez votre « social-proof », chose indispensable pour séduire un VC, mais ça c’est une histoire pour un prochain article ;)
Cet article des fondateurs de Wuha.io expose les séjours que nous avons organisé en juin à Paris, pour rencontrer tous les gens qui comptent dans l’écosystème et ce que ça leur a apporté.

