Ce que gagne la France à ne pas avoir d’armes en libre circulation

Le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis stipule qu’« Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. » Cet amendement, cher au peuple américain, trouve son origine dans la guerre d’indépendance des États-Unis, à l’époque où les Américains sont pour la plupart de simples colons se soulevant face à la couronne britannique et à son armée régulière.

En France, l’interdiction totale de la détention d’armes par la population (à l’exception des chasseurs et tireurs sportifs) est assez récente, puisqu’elle remonte seulement à 1939. Sous l’Ancien Régime, la possession d’armes était libre, mais de fait réservée aux nobles et militaires. La Révolution française, sur le modèle américain et dans le but de libérer le citoyen, les rendra accessibles à tous. Ce n’est donc qu’à la veille de la Seconde guerre mondiale, alors que le conflit avec l’Allemagne devient de plus en plus certain, que le gouvernement prohibe les armes à feu dans le but d’éviter une insurrection. Par la suite, le régime de Vichy ira jusqu’à punir de la peine de mort la possession d’armes par des civils.

L’interdiction des armes à feu en France n’a depuis jamais été remise en cause ou presque, même après les événements de Charlie Hebdo et du Bataclan. Plus de 9 Français sur 10 préfèrent ainsi renoncer à porter une arme en échange de la garantie que seules les personnes habilitées (essentiellement les policiers et militaires) puissent en obtenir une. En d’autres termes, nous préférons renoncer à nous protéger par nous-mêmes si cela nous permet d’éviter l’accès aux armes à feu à des déséquilibrés. Aux États-Unis les choses sont différentes, où tout un chacun (y compris les personnes mineures dans certains États) sont en droit de posséder une arme et de l’utiliser. Les armureries ont pignon sur rue, et les pistolets y sont tout autant accessibles que les armes de guerre comme les fusils d’assaut ou les grenades à main.

Il en résulte une situation aux chiffres édifiants, rassemblés par Vox (lien en anglais) :

- 42% des armes détenues par des civils dans le monde le sont par des Américains, qui ne représentent que 4,4% de la population mondiale ;

- Il y a eu 1 500 mass shootings (définis par au moins 4 victimes, blessées ou mortes) ces cinq dernières années aux États-Unis, soit quasiment une par jour ;

- Il y a 30 homicides par arme à feu pour 1 million d’habitants aux États-Unis chaque année (1,9 pour la France). Ce chiffre inclut néanmoins les suicides, pour lesquels l’utilisation d’une arme à feu est effectivement la méthode la plus simple ;

- 91 % des enfants tués dans le monde par des armes à feu sont Américains ;

Cette situation crée également un climat de crainte permanente qui se répercute sur le travail des personnes pour lesquelles le port d’arme est une nécessité, normalement dédiées à la protection de la population. Ainsi les policiers tuent plus de 1 000 personnes par an aux États-Unis. En France ce chiffre est inférieur à 10, alors que dans de nombreux pays développés, notamment les pays nordiques, on ne recense qu’une poignée d’homicides de ce type tous les 10 ans.

Du fait de l’attachement de la population à sa Constitution, de la présence de très puissants lobbies pro-armes comme la National Rifle Association (forte de 5 millions de membres) et du soutien sans équivoque du parti au pouvoir à la diffusion d’armes à feu, la situation n’est pas prête de changer. En revanche le consensus à ce sujet qui existe en France fait que ce débat n’aura probablement jamais lieu dans notre pays, et c’est pour le mieux. Mais cela ne nous empêche pas pour autant, avec l’ensemble des autres pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, de faire partie du top 5 des plus grands exportateurs d’armes dans le monde.

Like what you read? Give Julien Hébrard a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.