On ne fera bientôt plus carrière, on accumulera des expériences

Aujourd’hui, un actif entrant sur le marché du travail changera en moyenne 4,5 fois d’employeur au cours de sa vie professionnelle. C’est beaucoup, par rapport à nos aînés qui privilégiaient souvent la stabilité d’une carrière complète dans la même entreprise. C’est aussi très peu, par rapport aux évolutions du marché du travail qui nous attendent dans les années à venir.

Les changements en cours, d’ordre politique et légal mais surtout comportementaux et techniques, devraient en effet mener à un chamboulement de la perception du travail. Bien plus qu’une simple activité génératrice de revenus, celui-ci deviendra la somme de toutes nos expériences. La majorité d’entre nous ne gravira plus les échelons patiemment au sein de son entreprise pour « faire carrière ». Notre vie professionnelle sera plus sûrement une accumulation d’emplois courts ou plus longs, de missions en indépendant, en France ou à l’étranger, dans un secteur puis dans un autre, en enchaînant deux postes aux attributions complètement différentes.

Le champ de nos possibilités s’est déjà considérablement élargi ces dernières années grâce à de nombreux facteurs : allongement des études, développement du télétravail, internationalisation du marché de l’emploi ou encore démocratisation de la reconversion. La révolte des premiers de la classe, de Jean Laurent Cassely, est d’ailleurs représentatif de ce dernier point. Il y décrit comment un nombre croissant de jeunes diplômés d’écoles de commerce ou d’ingénieur, en quête de sens, choisissent de se tourner vers l’artisanat.

Car au-delà de l’expérience professionnelle, c’est surtout d’expérience personnelle et de vécu dont il est de plus en plus question. Les bullshit jobs, ou “jobs à la con” en français, ne font plus recette auprès des jeunes travailleurs. L’impact sur la société de ces emplois, en partie nés avec la numérisation de l’économie et qui nécessitent souvent de passer de longues journées devant un écran, est difficilement quantifiable en comparaison de celui d’un médecin ou d’un agriculteur.

Paradoxalement, la numérisation et la robotisation devraient apporter leur contribution à ce changement de paradigme. C’est parce qu’elles facilitent la flexibilité des carrières et réduisent les tâches redondantes qu’elles permettent à ceux qui le peuvent d’appréhender leur travail non plus comme une contrainte, mais comme une succession de choix. À la recherche du confort matériel succédera donc celle de l’épanouissement.

Il est néanmoins certain que cette formidable opportunité soulèvera nombre de questions : réorganisation de la société, partage des richesses ou lutte contre la précarité pour ne citer qu’elles. Soit des enjeux finalement pas si éloignés de nos préoccupations actuelles.

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