La crise des réfugiés, ma crise citoyenne

On est en 2016, j’ai 24 ans, je suis française, j’étudie dans une prestigieuse école de commerce, je voyage régulièrement, mon avenir devrait être assuré, et pourtant, je suis mal à l’aise.

Depuis 2002 je suis la crise politique que subit mon pays, depuis 2008 je suis sa crise économique et depuis l’année dernière, sa crise humanitaire, qui est aussi celle des réfugiés venus d’Afrique et du Moyen Orient.

Lors de mon dernier voyage à Londres pour fêter le nouvel an avec mes amis, je suis passée en voiture par Calais et j’ai vu pour la première fois des migrants marcher sur le bord de l’autoroute, c’était les mêmes qu’à la télé !

Les images sont devenues réelles et les alarmes des journalistes sont devenues mes inquiétudes. Je me suis donc décidée à reprendre l’historique de la crise, à comprendre les solutions mises en œuvre et à tenter de les analyser pour, je l’espérais à l’époque, me rassurer.

Aujourd’hui, j’écris cet article car je ne suis pas plus rassurée qu’au début de mes recherches mais surtout car j’ai peut-être trouvé des solutions à ma portée et à celle de mes amis.

Police d’immigration VS politique d’immigration

1.200 morts naufragés aux abords de Lampedusa en avril 2015, 71 morts asphyxiés dans un camion en Autriche en août, un petit enfant de 3 ans retrouvé échoué sur une plage Turque en septembre…. En 2015, plus de 3.000 personnes ont péri en tentant de rejoindre l’Europe et le phénomène ne semble pas s’arrêter : en janvier 2016, 84 migrants dont 10 enfants, sont repêchés au large de l’île Samos.

Depuis 2010, des flots de réfugiés tentent de pénétrer en Europe via la mer Méditerranée et les Balkans, depuis l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud. En 2015, des réfugiés syriens venant de Turquie et du Liban se sont joints à ce mouvement, ce qui a amplifié le phénomène et provoqué une crise à l’échelle européenne en septembre 2015.

Entre janvier et août 2015, l’agence Frontex recense 350.000 personnes entrées illégalement dans l’espace Schengen et le HCR fait part de 437.384 demandes d’asile. C’est la vague la plus massive depuis la seconde guerre mondiale.

En automne dernier, les pays européens ont opté pour une politique d’asile reposant sur des propositions volontaires pour répartir 120.000 réfugiés, une solution largement en dessous des besoins.

Ainsi, les migrants s’entassent dans des camps en attendant de rejoindre leur pays de prédilection que sont le Royaume Uni, l’Allemagne et la Suède. En France par exemple, 4.000 personnes attendent en ce moment de traverser la Manche dans la Jungle de Calais, un camp d’urgence aux conditions sanitaires déplorables. Honteux de cette image dans la campagne Française, le gouvernement a récemment décidé de fermer le camp pour en ouvrir un voisin : le camp de La Lande, aux capacités d’accueil de 1.500 personnes…

Jungle de Calais et Camp de la Lande par Gael Michaud

Il semble que cette crise ait bien mal été anticipée par nos gouvernements européens et que soit mise en place une police d’immigration bien plus qu’une politique d’immigration.

L’Europe et notre avenir menacés

Ce manque d’anticipation et de réflexion commune à tous les pays de l’espace Schengen quant aux mesures à adopter, fait aujourd’hui peser de graves menaces quant à l’avenir de l’Europe.

La fin de l’espace Schengen et de la libre circulation. Lundi 25 janvier, les ministres de l’intérieur de l’Union européenne, réunis à Amsterdam, ont demandé à la Commission de préparer le cadre juridique qui permettra le maintien, si nécessaire pour deux ans, des contrôles frontaliers rétablis par certains pays membres de Schengen.

Un isolement de la Grèce par de nouveaux contrôles voire une sortie totale de l’espace, qui engendrerait des dommages collatéraux pour son économie déjà en piteux état. La Grèce est la porte d’entrée des migrants venant de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak. 47.000 personnes y sont arrivées depuis Janvier. Avec 2.000 îles à protéger et en pleine crise économique, la Grèce ne peut faire face à cet afflux !

Une montée de l’extrême droite, phénomène déjà visible dans les pays de l’Est comme la Hongrie ou la Pologne avec une grave dégradation des acquis démocratiques.

Les élections polonaises d’Octobre 2015 ont porté au pouvoir avec une large majorité le parti Droit et Justice de Jaroslaw Kaczynski. Ce gouvernement, qui a retiré le drapeau Européen de la salle de presse du gouvernement, a dû s’expliquer devant la Commission sur ses lois controversées sur les médias et le tribunal constitutionnel. Hostile à l’accueil des réfugiés, Kaczynski s’est exprimé à la TV : « nous envoyons nos soldats se battre en Syrie pendant que des centaines de milliers de syriens arrivés dernièrement en Europe boivent leur café. On pourrait en faire une armée. »

Nous observons donc la fin d’une vision commune à tous les États de l’espace et la remise en cause des piliers de la construction Européenne qui avait initialement pour objectif la paix, le progrès commun, la stabilité démocratique et économique.

D’un point de vue extérieur, ce manque de cohérence et de solidarité au sein de l’UE encourage l’idée du BREXIT de David Cameron dans la tête de la population britannique. Un referendum organisé au plus tard en 2017 tranchera sur le départ ou non d’une des plus grandes puissances de l’Europe et plus grandes places financières au monde.

A l’inverse, la reprise des négociations sur l’entrée de la Turquie dans l’Union en plus des 3 milliards d’euros versé pour assurer la gestion des camps qui accueillent aujourd’hui 2,5 millions de personnes, renforce l’inquiétude quant à la cohérence des futures politiques européennes supposées basées, comme dit précédemment, sur une vision commune de la démocratie. Or il est sans rappeler les graves dérives induites par le président Erdogan (persécution des minorités Kurde, liberté de la presse…).

Et si c’était à nous de jouer ?

Sommes-nous capables, nous pays européens en pleine crise de l’Euro, d’accueillir décemment ce flot de personnes désarmées ? Les solutions proposées actuellement sont-elles les bonnes ? Même après avoir tenté d’étudier un peu mieux cette crise, ses causes, ses conséquences et les différentes politiques de gestion appliquées, je ne me sens toujours pas capable d’apporter une seule idée politiquement valable à l’échelle de l’Europe et je me demande si tel n’est pas le cas pour une bonne partie des personnes qui nous gouvernent.

En revanche, ce dont je suis certaine, c’est de notre capacité à accueillir et intégrer ces citoyens avec nos propres moyens ou compétences individuelles.

En voici quelques exemples :

Les communautés MAKESENSE et Techfugees organisent régulièrement des conférences et hackathons pour mobiliser les citoyens et inventer ensemble des solutions techniques et économiques viables. Dans le même esprit, l’association SINGA et ses membres, grâce au hackathon #réfugiésconnectés lançait en 2015 le projet CALM, une plateforme de mise en relation entre réfugiés et particuliers. A ce jour, plus de 1.000 particuliers ont déjà proposé leur chambres ou appartements inoccupés pour accueillir des familles. CALM, c’est aussi toute une communauté qui se mobilise pour organiser des évènements culturels et activités sportives ouvertes à tous pour favoriser la rencontre entre les différentes populations.

L’association KOLONE propose des cours de français aux réfugiés et des activités culturelles réalisées en binôme avec des particuliers pour favoriser l’intégration mutuelle.

Mon amie Sarah a récemment pris contact avec l’association France Terre d’Asile pour prendre en charge une partie de l’accueil d’un jeune tibétain. L’objectif : lui expliquer la culture française via des sorties ciné, théâtre, ballades dans Paris…En somme, tout ce qu’elle fait déjà au quotidien!

Gael, jeune photo-journaliste, suit le parcours des réfugiés (arrivées sur les îles, visite des camps grecques et français) et nous en rapporte des images poignantes. Son compte twitter : @ Pantval

Amine, Yaniss, Saber, Maxime et Redda, on prit l’initiative de recueillir 35 sacs de vêtements (50L chacun) auprès de leurs amis et les ont distribués directement aux familles qu’ils rencontraient aux abord de Paris. Leur message : nous sommes avec vous !

Tri et distribution de vêtements par Saber Oumezzin

Nous avons tous le devoir de contribuer à la résolution de cette crise mondiale. A l’heure de la mondialisation, nous sommes tous liés quel que soit notre pays de naissance. La crise politique syrienne devient la crise migratoire européenne. La crise économique occidentale devient celle de la Chine…. Nos destins sont liés et nous devons absolument collaborer pour assurer notre avenir commun. Si nos dirigeants ne sont pas capables de s’accorder sur un plan d’action commun, pourquoi ne pas tenter, à notre échelle, en joignant nos forces, de mettre en place des solutions durables ?

Nous avons tous, quels que soient nos âges, nationalités, moyens, ressources ou compétences, un rôle à jouer dans cette période charnière, à nous de décider lequel choisir !

Pour aller plus loin:

- Document — Commission Européenne

- Site web — Toute l’Europe

- Article — Human Watch

- Emissions spéciales réfugiés — ARTE

- Vidéo — Courrier International

- Infographie — Slate

- Vidéo — Le Monde

- Vidéo — Marche à travers les Balkans

- Fil Watsapp du voyage d’une syrienne — Le Monde