Ne mettez plus les pieds dans un supermarché

(Une solution toute bête pour vivre mieux)

Voilà maintenant plusieurs mois que je m’intéresse fortement à nos modes de consommation. Plusieurs mois que je regarde tous les reportages possibles et imaginables sur notre société de consommation, sur un produit en particulier, sur une filière, sur une entreprise… Que je lis avec avidité les déclarations des personnes physiques et morales, représentant ces entreprises, celles des syndicats, celles des travailleurs…

Personne morale ?

L’appellation est sympathique, n’est-elle pas ? Pourtant, elle n’implique que peu de choses. Il faut le dire, et cela ne vous étonnera probablement guère, la moralité de plusieurs de ces « personnes » est plus que douteuse. Dans le droit français, le seul but d’une entreprise est de travailler à la rémunération de ses propriétaires, les actionnaires. Oubliez l’objet social, oubliez l’intérêt des différentes parties… Oubliez les clients !

En bref, s’il ne fallait vous donner qu’un seul argument pour justifier mon titre provocateur, je ne vous dirai que ceci : à aucun moment, en aucun cas, sous aucune condition, le but des super/hyper-marchés et de leurs principaux fournisseurs est de vous livrer une alimentation saine, équilibrée et à prix juste, à vous et à votre famille.

Ne mettez plus les pieds dans un supermarché.

Intérêt des parties

Le premier point qui me choque dans le merveilleux monde des supermarchés est l’absence totale de considération pour la chaîne d’approvisionnement. Les intérêts et les préoccupations des maillons de cette chaîne sont bien secondaires pour des grands distributeurs en position d’abus de pouvoir.

Quels maillons de la chaîne sont donc oubliés ?

· Les fournisseurs de produits bruts : produisant à perte et croulant sous les dettes, éleveurs et agriculteurs sont soumis à une concurrence féroce qui justifie la baisse constante des prix des matières premières. Les revenus des dirigeants d’exploitations sont au plus bas, de même que leur moral.

· Leurs propres salariés : le travail est précaire, les salaires de misère, les conditions amères… mais de toute façon on s’en fout, puisque ces salariés ont vocation à disparaître.

· Les clients : votre santé et la stimulation de ce sens génial qu’est le goût, ce n’est pas rentable. Alors on remplace ce dernier par des exhausteurs et les produits par des “préparations”. On gonfle les viandes et poissons d’eau, on va chercher des matières premières toujours plus loin (trop de références !), toujours moins chères… et on produit des trucs gras, salés ou sucrés, mais surtout addictifs. On invite à surconsommer. Et pour couronner le tout, on se bat en coulisse pour la désinformation du client. Du cheval à la place du bœuf par-ci, du lait contaminé par-là… Des écueils qui ne suffiront pas à ébranler ni la marque, ni la position dominante.

Le gouffre entre les travailleurs bout de chaîne et la direction de ces personnes « morales » n’a jamais été aussi grand. La main invisible fait salement son travail : les « premiers de Cordée » (point d’ironie) continuent d’allonger la corde, qui à l’autre bout s’use et se rompt.

Et le problème, c’est que derrière ces personnes « morales » il n’y a plus de personnes « physiques ». Plus personne pour s’expliquer : un service communication aux abonnés absents (à moins qu’il se soit préparé à l’assaut ?). Plus personne à condamner : un conseil de direction à la responsabilité diluée. Un monde de porte-paroles

Ne mettez plus les pieds dans un supermarché.

Crise écologique

Il y a une autre partie dont les intérêts sont sciemment omis, mais j’ai du mal à la qualifier de « partie prenante » : c’est notre planète.

L’agriculture intensive, productiviste, irrespectueuse des règles élémentaires d’équilibre écologique salissent notre belle planète un peu plus chaque jour. Je pourrais vous sortir des chiffres mais vous les connaissez tous, vous les croisez tous les jours au détour d’une émission télé, radio, d’un film ou d’un article. La consommation “à tout prix” aura en 50 ans, ces 50 dernières années, affecté définitivement nos lieux de vie, et finalement nous-mêmes.

Sans oublier qu’il est impossible de consommer dans un supermarché sans faire face au suremballage des produits. Un ami me disait récemment : “Je rentre des courses, je trie et range dans les placards et le frigo, et en 1h j’ai rempli ma poubelle de 30 litres de déchets.” Les français produisent 354 kg d’ordures ménagères par an, 1 kg par jour, dont 66% est incinéré ou mis en décharge

“Oui enfin on ne peut pas nourrir l’humanité avec des potagers, ils sont rigolos ces bobos !” Même si je pourrais contre-argumenter que si, je connais trop de personnes qui n’ont pas du tout (mais alors pas du tout) la main verte pour me dire que “non, ça ne marcherait pas”. Fort heureusement, il y a des producteurs qui pratiquent une agriculture raisonnée. À ma plus grande joie, beaucoup même s’essaient à la permaculture.

Ne mettez plus les pieds dans un supermarché.

Un drôle de modèle de développement

Désertification des centres villes au profit de zones commerciales péri-urbaines bétonnées, chantage à l’emploi (merci Martine) pour réduire toujours plus la contribution de ces mêmes zones péri-urbaines et leurs occupants à l’impôt local… Le modèle d’urbanisme qui résulte de la croissance de la consommation et de ses temples n’est pas beau à voir.

L’activité n’est pas plus élevée. Elle a juste déménagé, et au passage on l’a vidée de son sens et de ses qualifications. Plus de commerçants, d’artisans, de producteurs locaux, mais 150 smicards à l’hyper de la ZAC d’à côté. Des smicards… licenciables.

Et puis réellement, physiquement, en toute objectivité, c’est laid ! Des cubes de béton et de tôle ondulée entourés de parkings surdimensionnés aux enseignes multicolores, rien n’est à garder.

Cliché ? Un peu, mais si peu.

Ne mettez plus les pieds dans un supermarché.

Risques sanitaires

Car il n’y a pas vraiment d’échappatoire. Vous pouvez vous dire : « Ouais j’y crois pas à tout ça moi. On vit mieux qu’avant quand même, faut pas exagérer. Il est pas pire ce système de consommation, rendez-moi mes saucisses Knacki ! » (oui, cette attaque de knackis est gratuite !). Que vous y croyiez ou que vous n’y croyiez pas, dans les années à venir, vous serez sûrement vous aussi les victimes des conséquences directes ou indirectes de ce mode de consommation : catastrophes écologiques à la fréquence croissante, conflits liés à l’accès à l’eau, cancers qui prolifèrent, allergies dont de plus en plus de personnes sont victimes, soucis de glycémie, d’hypertension, d’anxiété

Aux égoïstes que nous sommes et qui se disent « après moi le déluge » : nous ne détruisons pas uniquement la nature, nous ne faisons pas uniquement disparaître les grands cétacés et les mignons pandas, nous sommes la première espèce que nous menaçons. Possible que le déluge n’attende pas « après nous ».

Ne mettez plus les pieds dans un supermarché.

L’article des portes ouvertes enfoncées

J’ai beau vivre dans ma bulle, je crois voir une prise de conscience générale sur ces sujets. Tant et si bien que probablement aucune des « accusations » que je porte ici contre le monde des supermarchés, je pense, ne vous choque. Depuis plusieurs années, les paroles se libèrent et les scandales s’enchaînent. Lactalis, H&M qui brûle ses fins de collections, suicides dans les usines en Chine, dans les fermes en France, reportages choc sur les conditions de travail chez Lidl, chez Amazon, optimisations fiscales… L’amoralité de la multinationale n’a jamais été autant pointée du doigt. Et si ça continue de choquer, ça n’étonne plus personne.

Ce monde ne tourne pas bien rond. Plus besoin d’avoir fait HEC (lol)pour comprendre les magouilles, les deals alambiqués, l’amoralité — parfois — de la légalité. Je le lis dans les commentaires des articles, vidéos, reportages (ah, les commentaires…), dans les votes aussi. Je le vois dans les œuvres de la contre-culture, dans les initiatives positives qui fleurissent dans les potagers de nos esprits : on a compris.

Ne mettez plus les pieds dans un supermarché.

Frustrée ou enthousiaste ?

Peut-être un peu des deux ! Frustrée car je me demande quand on va arriver au moment où l’on se dira (tous ensemble, nous la société et le gouvernement qui la sert) : “La coupe est pleine.” Il me semble qu’elle est quand même déjà bien remplie, non ?

Et pourtant, j’ai moi-même mis du temps à faire ce constat. Donc ce serait hypocrite de vous bousculer à présent 😊. Non, plus que frustrée, je porte un espoir, fort, nourri de vos frustrations et des miennes, nourri de l’information qui perce, d’un monde meilleur. Il n’y a pas si longtemps, moi aussi je mettais souvent les pieds dans un supermarché. Chacun à son rythme !

Si je suis enthousiaste, c’est parce qu’ “il n’y a plus qu’à” : la prise de conscience grandit, et de nouveaux circuits de consommation font chaque jour leur apparition. Chaque jour, de nouvelles personnes se questionnent, entament leur petite révolution, et contribuent à un monde meilleur. Et même s’il n’y en avait que quelques-unes, même s’il n’y en avait qu’une, même s’il n’y avait que toi, ce serait déjà mieux. Dans la transition que nous vivons, chaque goutte d’eau fait figure d’océan.

Oui, il existe d’autres manières de consommer. Des initiatives positives, résilientes, elles aussi “pratiques”, pensées pour le citoyen pressé que nous sommes devenu, respectueuses des parties prenantes et de l’environnement, fleurissent partout en France, partout dans le monde. Elles sont moins médiatisées (dois-je me lancer sur l’indépendance des médias ?) et elles ont moins d’argent à dépenser en marketing. Mais vous savez quoi, il faut les aimer exactement pour ces raisons 😊.

Ne mettez plus les pieds dans un supermarché.

Fais-le pour toi !

Souvent, on me dit : “Non mais je suis grave d’accord avec tout ça, hein, mais dans mon quotidien c’est pas pratique, tu vois, j’ai pas le temps.”C’est-à-dire : “Ça va dans le sens d’un monde meilleur, mais ça ne colle pas avec mon quotidien. Je voudrais bien le faire pour la planète mais ça ne le fait pas pour moi.”

Je ne suis pas dans ton quotidien, certes. Et pourtant, j’ose te faire une promesse, te lancer un pari : le plus grand bénéficiaire si tu ne mets plus les pieds dans un supermarché, c’est toi. Pour plusieurs raisons :

· Chaussure à ton pied. Tu pensais que tu n’avais pas le choix et qu’aller au supermarché était la seule façon de faire ? Demande rapidement autour de toi, tu trouveras de nombreuses initiatives qui te proposent une façon différente de consommer. Ce sera de nouvelles habitudes à prendre, bien sûr, mais ce sera progressif, et tu changeras tes habitudes au rythme de ta prise de conscience. Fais-toi confiance, lance-toi ! Où est le risque ?

· Charge mentale. Faire les courses au marché, dans une épicerie bio / vrac ou en AMAP, c’est beaucoup plus agréable que de faire ses courses au supermarché : pas d’immense parking, pas de gigantesques allées carrelées, pas de caddies à la queue leu leu, pas de charge mentale liée au choix du bon produit parmi les dizaines présentées (certes on aime tous avoir le choix, mais le choix du moins pire : en est-ce un ?). Entre nous, depuis que je ne mets plus les pieds dans un supermarché, j’adore faire les courses.

· Confiance et santé. Tu peux aller chez tous les commerçants cités ci-dessus en confiance. Pas besoin de parcourir la liste des ingrédients pour te demander à quel point le produit est nocif pour toi. Les produits sont sains, point. Dans un steak il y a de la viande, dans du beurre il y a du lait (et du sel !), dans des pâtes il y a des œufs et de la farine… comment a-t-on pu oublier tout ça ? Pas de maladies à anticiper, pas d’addictions à combattre.

· Le smile. C’est prouvé (par moi), on croise beaucoup plus de gens souriants dans les allées et derrière la caisse dans les épiceries, commerçants et au marché qu’au supermarché. Or le smile, c’est contagieux !

· Un prix juste. Qu’est-ce qu’un prix juste, d’abord ? Permettez-moi une proposition de définition : “Un prix qui rémunère honnêtement (ni trop, ni pas assez) tous les maillons de la chaîne, depuis le producteur jusqu’au client final.” Sortez du supermarché, et découvrez le prix juste.

Ne mettez plus les pieds dans un supermarché

Hors du supermarché…

Hors du supermarché, il va falloir réapprendre, c’est sûr. Réapprendre les saisons, réapprendre le goût, réapprendre l’équilibre d’un plat, réapprendre à cuisiner, réapprendre le contact avec le produit et le producteur (celui qui a les mains un peu sales).

Hors du supermarché, tu seras peut-être parfois un peu paniqué·e. “Je vais où pour ça ?”, “Mais pour ce type de produits c’est impossible !” Le changement, c’est maintenant (euh…), mais ça prend aussi du temps ! Je dirais qu’il m’a fallu un peu plus d’un an et demi pour me passer du supermarché et changer définitivement de consommation. Donc on y va pas à pas et on ne culpabilise pas. Toute nouvelle action, toute démarche est à valoriser. Et surtout, on n’hésite pas à demander de l’aide :).

Hors du supermarché, si tu ne veux pas exploser ton budget, il va peut-être falloir repenser tes repas. Peut-être arrêter la viande à tous les repas (des knackis, vraiment ?). Peut-être se calmer sur le fromage. Peut-être arrêter les produits transformés. Aussi, tu vas redécouvrir les saisons (en janvier, la tomate est fade et chère). Mais ne t’inquiète pas, un roquefort chez le fromager, s’il coûte parfois plus cher qu’un roquefort Société (coucou Lactalis), a deux fois plus de goût que ce dernier.

Hors du supermarché, tu affineras peut-être ton choix de produits et de circuits de consommation. Tu vas te renseigner, faire le tri des vrais bons et des moins convaincants. Tu vas peut-être te dire qu’une coopérative c’est mieux qu’un énième grand groupe. Tu vas t’émanciper.

Hors du supermarché, tu seras fier·e et heureux·se de consommer. Car tu sauras qu’au travers de ce que tu manges, toi aussi tu pourras dire : “J’ai contribué.”

Tu veux plus de détails ? Ça se passe par ici :).