Ils se taisent

Plus ils se taisent, plus je les entends. Plus ils me touchent. Car leur silence en dit parfois beaucoup. Leur regard, leurs gestes, infimes, discrets, retenus. Ça peut être une amie dans un dîner, un client dans un groupe, mon conjoint, un voisin…

En Belgique, quelqu’un qui parle peu, c’est un « taiseux ». En France, on dit plutôt « c’est pas un bavard ! ». Moi, j’aime ce mot « taiseux », il est doux, juste et bienveillant, il dit ce dont ces personnes ont besoin et ce qu’elles apportent aux autres : calme, sérénité, cohérence…

Dans un groupe, les taiseux se mettent souvent en retrait, ils observent, ils écoutent (ou font mine d’écouter). Ils s’échappent. Mon rôle, c’est d’aller les chercher, là où ils fuient, se réfugient, s’enferment. En douceur, à leur rythme, en respectant leur « bulle de protection », une fois la confiance installée. Alors sur un paperboard, toujours bien visible tout au long de l’accompagnement, j’écris — parfois sous la dictée du groupe qui dit ses besoins pour ce temps de travail collectif :

« Que ceux qui parlent facilement, osent se taire.
Et que ceux qui se taisent facilement, osent parler. »

C’est un indispensable du contrat de fonctionnement entre nous. Un élément du cadre, pour permettre, autoriser, faciliter. Et quand un taiseux sort de son silence, c’est gagné. Pour lui, pour le groupe, pour moi.

Avec le temps, pour mon métier et pas seulement, j’ai appris à me taire. A accueillir, écouter, utiliser les silences. Il s’y passe tant de choses.

Je suis plutôt bavarde de nature et ça ne changera pas. C’est sans doute pour ça qu’un taiseux m’émeut avant tout. Il m’émeut et il m’intrigue. Parfois, il m’agace aussi. J’aimerais savoir ce qu’il se dit dans sa tête, ce qu’il ressent dans son cœur et ce qu’il sent dans son corps.

C’est le premier billet que j’ose publier en tant que coach et j’y parle de ceux qui souvent n’osent pas parler. CQFD.