Du whisky sur ma peau.

Est-ce que la lune brille parce qu’on la regarde, ou est-ce parce qu’on la regarde qu’elle brille ?

J’ai fait des tas de promesses à la lune, quand elle brillait, souvent. Des tas de promesses d’amour, d’intensité, de frisson aiguë qui réveille. D’amour qui déchire, qui surprend, de celui qui transpire la violence, l’évidence du geste, du baiser qui déchire la peau. D’amour complice, celui qui donne la force d’exister, de se reconnaître, d’amour multiple, secondaire, défait, compliqué, suant et dangereux. D’abord les peurs se complètent et se rassurent, les failles s’entrechoquent, les respirations s’arrangent et après, parfois, les peaux s’apprennent maladroitement. C’est à ce moment-là que l’amour naît. Tous les amours, dans cet instant réuni. La perte de contrôle.

Les gens s’aiment-ils pour ne pas être seul, ou est-ce que c’est parce qu’ils sont seuls que les gens s’aiment ? Comment peut-on oser parler d’amour, quand tout le monde sait que cela ne veut rien dire ? Comment peut-on oser baser tous nos principes, nos existences, nos valeurs et nos relations sur des amours connus et classés ? Quand ils ne sont que rencontres fragiles et essouflantes ?

J’aime ton sourire, ta fragilité, cette cassure qui te surprend, à chaque fois, et cette manière que tu as de ne pas savoir combien tu es fort. Cette manière d’être sensible, de rechercher, autour, quelque chose ou quelqu’un pour te remplir. Cette manière de ne pas avoir peur de te remplir, cette manière d’accepter le vide mais de te débattre contre la souffrance qu’il engendre, naïvement. J’aime ta peine, car je la trouve poétique et sincère. La peine est inspirante et rassurante, elle ne peut que promettre. J’aime ce sentiment confus, d’attachement, de reliance, d’amour infécond, qui me brûle et me menace. D’une manière ou d’une autre, il crée du bruit, de la caresse, du geste, du sourire, de l’émotion, du réconfort, un instant, dans le creux de la nuit sale. Ne pas poser de mots, faire de nos instants des parenthèses incolores, surtout, pour ne pas tourmenter les esprits. Les esprits qui s’échauffent, où les cœurs qui s’oublient ? Comment expliquer, que je t’aime sans t’aimer ? Sans maîtriser ta vie, tes pensées les plus intimes, chacune de tes complications ? Comment expliquer que je t’aime entier et maladroit, insistant et déroutant ? Comment expliquer que je t’aime sans te réclamer, sans t’imaginer, sans te rêver ? Un amour qui ne rêve pas est-il encore de l’amour ? L’amour n’est-il pas simplement là où nous souhaitons qu’il soit ? La pensée n’est-elle pas ce que je décide qu’elle devienne ?

Est-ce que je peux t’aimer sans te vouloir ? Est-ce encore possible ? On m’a appris à aimer, à faire attention à l’autre et à ressentir. Mais je ne comprends pas toujours, le pourquoi du comment, et les choses qu’on nous dicte sur l’amour. Je crois que je peux t’aimer sans te vouloir, sans te rêver, et sans t’appartenir, sans que tu m’appartiennes. Je crois que c’est possible, mais je me sens en danger à l’idée d’essayer, car le monde autour. Je n’ai pas peur de nous, je n’ai pas complètement peur de toi et je suis assez d’accord avec moi. J’aime cette méfiance tendre, cette lenteur provisoire qu’offre notre histoire ; et plus tard, j’aimerai certainement la douleur qui m’étincellera, quand le revers de l’histoire me fouettera le corps. Je pense souvent à elle, à la douleur d’après, je l’attends et l’apprivoise, car elle aura le sens que je lui donnerais et que j’ai choisi.

Je crois que je sais aimer très intensément, pleins de gens ; une seconde ou l’éternité, peu importe. Mais je ne sais pas vivre avec l’amour, je ne sais pas quoi en faire, je sais le ressentir, l’éprouver, lui donner du sens, l’offrir, mais je ne sais pas quoi faire de lui.

Est-ce que la lune brille parce qu’on la regarde, ou est-ce parce qu’on la regarde qu’elle brille ?

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