Le Podcast n’est pas de la radio de rattrapage

2017 aura été une très belle année pour le podcast. De nombreux podcasts et maisons de production se sont créés, le média intéresse de plus en plus d’auditeurs et les journalistes commencent même à s’y pencher (Les Echos, Canal+, Libé entre autres). Tous les créateurs de podcasts devraient donc se réjouir, profiter de cette période de vacances pour recharger les batteries ; et préparer 2018 pour maintenir la croissance de ce média pas si nouveau (créé en 2004), mais avec un si fort potentiel. Cependant, il y a toujours un goût d’amertume dans leurs bouches, surtout à l’heure de voir les classements de fin d’année.

Le classement des “Podcasts” les plus téléchargés sur iTunes

L’application Podcasts d’Apple est et reste encore aujourd’hui la plus grande vitrine des podcasts francophones. Nativement installée sur les appareils nomades d’Apple, elle permet très simplement de s’abonner et d’écouter des podcasts. Et chaque fin d’année, Apple publie des classements sur les jeux, les musiques, les films et maintenant les podcasts les plus téléchargés. En voici le résultat :

Les “podcasts“ les plus téléchargés sur iTunes

Il n’y a que des émissions de radio en replay. L’explication est simple puisqu’Apple mélange ces replays de radio (aussi appelé catch-up radio) avec les podcasts natifs (émission audio non diffusée à la radio) dans une seule catégorie. La visibilité des grandes radios comme Radio France, Europe 1, RTL et RMC en tête, leur mise en avant quotidienne par Apple dans son application ainsi que ces marques déjà ancrées dans la tête des auditeurs leur facilitent la tâche. Il est donc normal de voir la chronique quotidienne de Nicolas Canteloup bien plus téléchargée que le bimensuel Rendez-vous Tech de Patrick Beja (qui vient de chroniquer sur son métier de podcasteur ici).

Mais est-ce que ce dernier (que je cite comme exemple mais j’aurais pu en choisir bien d’autres) ne mériterait pas non plus un coup de pouce de la part d’Apple ? Pourquoi ne pourrait-on pas voir un classement des replays de radio les plus téléchargés dans un onglet et les podcasts les plus téléchargés dans un second ? Et pourquoi les podcasts natifs ne sont pas mieux mis en avant par les journalistes qui s’intéressent à ce média.

Top 10 des “podcasts” à emporter à la plage

Durant l’année écoulée, des journalistes ont sorti des listes de podcasts à emporter à la plage, à écouter dans le métro. Chouette me direz-vous, la presse s’y intéresse et on va (enfin) pouvoir sortir du classement iTunes. Malheureusement, ces listes reprenaient en grande majorité les replays d’émissions de radio un peu moins populaires que les flagships et ajoutaient entre zéro et deux podcasts natifs à choisir parmi cette liste : Studio 404 de Qualiter, Transfert de Slate, La Poudre de Nouvelles écoutes, Riviera Detente de Riviera Ferraille, le RDV Tech de Patrick Beja, NoFun de Binge Audio). Notre responsable R&D, Francois Courtis, avait même identifié une tendance de myopie dans les podcasts natifs cités en 2017 par tous les articles de presse publiés sur Internet. Le pire exemple étant celui de Telerama.

Heureusement, ce constat a tendance à disparaître suite aux derniers articles parus dans le Figaro et Libération. Mais ce que j’ai retenu de cette riche année 2017 : pour assurer la promotion des podcasts natifs, du média et des contenus, il faut faire preuve de pédagogie et accompagner les auditeurs, les journalistes, toute personne intéressée par le média dans leur recherche de nouveaux contenus à écouter.

Et Podcasteo naquit

Lors d’une chronique dans un hors-série de l’Ecole des FAQ sur le média podcast en Avril 2017, j’ai fait le constat que de nombreux acteurs du métier avaient déjà réalisé : il n’existe ni de référentiel sérieux des podcasts natifs, ni d’informations concernant leurs écoutes. Là où YouTube permet rapidement de comparer l’audience de deux chaines de vidéos, aucun site n’a le monopole de l’hébergement des podcasts. SoundCloud est souvent utilisé par ceux qui débutent. Néanmoins, il est rapidement délaissé pour des solutions d’hébergement privées, laissant chaque maison de production communiquer sur le chiffre qui lui convient le plus (nombre de téléchargements cumulés depuis le début de l’année, téléchargements cumulés mensuels…), et ne permettant pas ainsi d’évaluer l’impact d’une émission en particulier.

L’autre hétérogénéité du podcast qui n’aide pas à sa clarté provient des lecteurs audios. Pour écouter une émission, vous avez le choix entre Podcasts d’Apple, des applications indépendantes comme PodcastAddict sur Android, les lecteurs intégrés des sites d’hébergement comme SoundCloud ou Pippa. Ceci peut encore une fois diviser le nombre d’écoutes si le fichier audio de l’émission est hébergé à plusieurs endroits.

Constatant le vide qui existait, François et moi décidions de nous lancer dans la construction d’un site visant à regrouper les podcasts natifs français, les comparer selon une même métrique (celle choisie est le nombre estimé d’écoutes d’un épisode après 30 jours) et construire également un modèle prédictif. Et c’est ainsi que Podcasteo voyait le jour. Aujourd’hui, ce classement regroupe plus de 120 podcasts (contre 46 en Juin), concentre les indicateurs publics de chaque émission (nombre d’avis iTunes, Likes FB, Followers Twitter, nombre d’épisodes parus sur les 30 derniers jours).

Et notre grand avantage est d’utiliser la même unité de mesure pour tous les podcasts, permettant ainsi la comparaison si certains le souhaitent (sachant que pour notre classement nous multiplions l’audience d’un épisode par le nombre d’épisodes parus sur les 30 derniers jours). Ce site est maintenant reconnu au sein de la communauté francophone des podcasts (on accueille également des podcasts belges, suisses et canadiens) et est cité par des podcasteurs comme un canal pour découvrir de nouvelles émissions. Mais pour nous, ce n’était pas suffisant.

La recommandation, une valeur répandue chez les créateurs de podcasts

Voyant que le classement ne remplissait pas sa fonction de promotion du podcast auprès des non-initiés, nous avons dû trouver d’autres leviers pour faire connaître les podcasts auprès du grand public.

Si vous écoutez des podcasts, vous avez sûrement déjà entendu votre chroniqueur faire la recommandation d’un autre podcast à écouter. Cette communauté est petite mais beaucoup se connaissent et s’apprécient. Il existe même une excellente émission qui en a fait son sujet : Le Podcastore.

Partant du principe que nous serions toujours plus forts ensemble qu’en tant qu’individus isolés, Podcastéo a lancé l’initiative de faire une campagne temporaire de recommandations croisées entre podcasts volontaires. 18 ont répondu à l’appel et très vite les qualités des podcasteurs ont éclairé le Discord que nous utilisons pour nous coordonner : conseil, émulation, nouvelles idées, énergie et volonté. En 2 mois d’existence, nous avons doublé la taille du réseau Podcastéo et initié plusieurs projets : Calendrier de l’avent, seconde vague d’entraide, émissions pédagogiques sur le podcast diffusées à partir de Janvier, cérémonie de récompenses. Et ceci uniquement pour le premier trimestre 2018.

Briser le plafond de verre de la podcastsphère

Cependant, tout ne fonctionne pas forcément comme prévu. La première campagne d’entraide, que nous avions accompagnée de communiqués de presse auprès de 50 journalistes, n’a pas réussi à briser les murs que représente la sphère des connaisseurs de podcasts. Si la démarche a été appréciée des créateurs de contenus et de leurs auditeurs, elle est restée circonscrite à notre petit monde.

Et c’est bien dommage. Les podcasts sont souvent créés grâce à deux catalyseurs : des personnes qui ont toujours eu envie de faire de la radio (moi le premier, je faisais des émissions avec des cousins au fin fond de la Normandie que nous enregistrions sur K7 audio grâce à une chaine hifi et un micro) et des sujets que la radio ne traitent pas. C’est pour cela qu’il ne faut pas mélanger les replays de radio et les podcasts natifs, ils ne sont pas identiques mais complémentaires.

Mais parce que les créateurs de podcasts sont des personnes motivées, passionnées et faisant cette démarche sur leur temps libre, elles méritent plus de reconnaissance, que ce soit votre reconnaissance, celle d’Apple ou celle des médias. Le paysage des podcasts francophones est peuplé de perles qui attendent que vous les découvriez et les partagiez.