Mike Hearn raconte où en est le Bitcoin (nous sommes en mai 2014)


Je me suis attardée dernièrement sur ce talk de Mike Hearn qui est déjà assez vieux à l’échelle ce que je crois être la vitesse d’évolution de la crypto-monnaie (il date de mai 2014). Il est néanmoins très intéressant.

Mike Hearn est un des développeurs principaux du protocole Bitcoin. Au total, on ne comptera pas plus de 15 développeurs en mesure de décider ce entre ou pas dans les nouvelles releases.

Mike Hearn est à son compte aujourd’hui : un freelance donc.

J’ai beaucoup appris en l’écoutant. Et comme la restitution de ce qu’on apprends est le meilleur moyen d’apprendre vraiment, voici ce que je partage avec vous de ce talk passionnant.

Depuis 2009, il faut reconnaître que l’histoire du bitcoin est incroyable. En 2009, il n’y avait aucun utilisateurs, aucun taux de change avec les monnaies courantes, il n’y avait rien à acheter et rien à vendre avec le bitcoin, pas de forum de discussion et pas de communautés de développeurs et le logiciel était bourré de trous de sécurités.

Selon lui, le travail jusqu’à aujourd’hui a été dur, risqué, et même dangeureux. (*).

Mike Hearn propose dans son exposé de s’interroger sur ce que signifie “être successfull”, sur les risques à court terme et sur les gros possibilités d’application faciles à implémenter et d’autres sur le plus long terme.

Qu’est ce que signifie le succès :

Pour beaucoup, dit-il, le succès c’est “tout ou rien”. Même Satoshi le disait dit-il : “soit cela ne vaudra rien dans 10 ans, soit ce sera énorme”.

Mike Hearn a commencé à travailler dans le monde du bitcoin depuis 2010 et pour lui cela est très similaire à l’email. Pour l’e-mail nous pouvons constater que très peu de sociétés ont laissé tomber le papier sous prétexte que l’émail est apparu. Le papier, la poste existe encore. En définitive, le scénario median est en fait assez plausible.

Les défis

Ils sont de plusieurs natures :

  • La bulle d’investissements via les VC peut faire grossir les attentes et cela peut rendre les désillusions douloureuses,
  • Personne ne parle du scénario moyen : quand l’idée du succès est celle du “tout ou rien” il n’y a pas trop de place pour le scénario médian,
  • Le bitcoin peut rester finalement coincé dans un marché de niche (composés de geeks allumés et un peu libertariens, d’enthousiastes spéculateurs).

Le Bitcoin stagne-t-il ?

Plusieurs facteurs peuvent conduire à la stagnation du Bitcoin :

  • Ignorer ce que les gens veulent. Comment cela peut-il arriver ? Si les revenus des développeurs ne dépendent plus du succès de ce qu’ils produisent il est alors facile d’ignorer ce que les gens veulent vraiment. Nous pouvons aussi préférer poursuivre un certain idéal idéologique à la poursuite d’une logique d’adoption.
  • Des problèmes insurmontables peuvent finalement rendre les produits non compétitifs par rapport aux produits d’échange financiers connus. (Il évoque un sujet de scalabilité qui a l’air préoccupant).
  • La niche peut alors se saturer et le manque de croissance de l’adoption par les utilisateurs faire alors diminuer l’intérêt.

Il cite une histoire des années 2000, l’espoir de l’adoption d’un linux pour le poste de travail était énorme. Il y a eu des tonnes d’invetsissements, des startups en grande quantité, beaucoup de conférences et d’excitations autour de ce sujet. Aujourd’hui nous connaissons le résultat : ça n’a rien donné.

L’échec du Bitcoin est donc une possibilité.

Depuis février 2014 (date de la chute de MTGox) la croissance des portefeuilles de bitcoin actifs stagne : les pertes d’utilisateurs sont aussi nombreux que les gains de nouveaux utilisateurs.

D’après Mike Hearn, voici ce qui se passe :

  • Aucun nouvel entrant ou problème technique n’explique cette stagnation,
  • La croissance du Bitcoin est à la solde des annonces de Presse. Beaucoup ont entendu parlé des événements de février 2014 et pensent que le Bitcoin est foutu, les taux de change s’étant écroulé, cela vaut moins le coup de s’engager.
  • La croissance organique est contre balancée par des utilisateurs qui sortent du réseau (environ 4% de perte d’utilisateurs sont dus à des changement de téléphones portables à la suite duquel l’utilisateur ne réinstalle pas forcément le portefeuille bitcoin)
  • Retrouver une croissance normale après les événements de février 2014 peut prendre entre 6 mois et un an, on ne sait pas trop.
  • Tout peut de nouveau stagner à partir du moment ou un autre “exchange” se crashera. La communauté Bitcoin est en fait mise en danger par les utilisateurs qui ne prennent pas possession de leurs bitcoins et les laissent chez un tiers de confiance (l’exchange). Ce n’était pas comme ça que Satoshi imaginait l’usage de la crypto-monnaie : il ne devait pas y avoir de tiers de confiance dans les échanges monétaires en principe.

Et voici maintenant ce qui se passe vraiment :

  • L’adoption par les marchants est bien plus rapide que l’adoption par les utilisateurs. Les conditions d’utilisation sont en effet plus intéressantes pour les marchants que pour les utilisateurs (Aucun risque de demande de remboursement, faible frais de transactions pour les marchants car ils sont payés par le client).
  • Les pitch sont de trois natures : idéologiques, sur le fait que les banques ne vont pas autoriser cela ou, sur l’idée de devenir riche rapidement.
  • bitcoin aura une faible inflation à terme mais pour l’instant l’inflation est plutôt forte
  • Les personnes de la vrai vie qui écoutent tous ces pitch pensent que le Bitcoin est sans doute une de ces solutions qui cherchent son problème.

Pour Mike Hearn, les cartes de crédit sont en train de gagner la bataille aujourd’hui (rappel, on est en mai 2014) :

  • Tout le monde est équipé d’une carte de crédit sans rien demander.
  • Les risques d’utilisation des cartes de crédit pour les utilisateurs sont couverts par les marchants et les banques,
  • L’UX pour l’usage de la carte de crédit est horrible en ligne mais lorsque l’on l’a avec soi l’UX n’est pas si mauvaise (et lorsque le NFC fonctionnera bien ce sera top),
  • Avec une carte de crédit, vous pouvez dépenser de l’argent que vous ne possédez pas encore. Comment bitcoin peut être compétitif avec cela ?
  • Beaucoup de personnes disent que les transactions en bitcoin sont meilleur marché et que c’est LA “killer feature” mais force est de constater que les infrastructures sont construites par des bénévoles et que ce n’est pas durable (hmm… les mineurs sont payés en bitcoin pour maintenir les infrastructures pourtant). A un moment donné les gens devront payer d’une façon ou d’une autre pour leur portefeuille bitcoin (Ok les portefeuille ce n’est pas le maintien de la blockchain) .

Satoshi savait cela depuis le début :

“Commerce on the internet has come to rely almost exclusively on financial institutions serving as trusted third parties to process payments
While the system works well enough for most transactions, it still suffers from the inherent weaknesses of the trust based model”

Comment faire croître l’adoption du bitcoin ?

  • Facilité l’usage pour les petits paiements (les pourboires, les petits montants),
  • Payer une addition à plusieurs par exemple dans un restaurant,
  • Il y a beaucoup de vendeurs que les banques refusent de servir même si leur activité est légale,
  • Montrer aux acheteurs combien d’argent ils économisent en utilisant bitcoin plutôt qu’avec autre chose,
  • Les petits commerçants qui n’acceptent pas les cartes de crédit (des cafés) et pour cela on peut simplement échanger un papier.

Et les autres applications en mode Science fiction :

EDIT :

(*) : Depuis la rédaction de ce post j’ai su pourquoi le travail a été qualifié de dangereux via zapchain :

Show your support

Clapping shows how much you appreciated Karine Durand-Garçon’s story.