Omayra Sanchez : course contre la mort en Colombie.

Le 16 novembre 1985, la jeune fille de 13 ans meurt à la suite de l’éruption du volcan Nevado del Ruiz. Témoin de l’inefficacité du gouvernement colombien, elle décède face caméra après deux jours et trois nuits de lutte.

Soixante heures de calvaire. Le volcan, situé à Armero-Guayabal, entre en éruption le 13 novembre au soir. Déchargeant des tonnes de boue et de cendre, il provoque dans son élan la mort de plus de vingt mille victimes. Parmi celles-ci, Omayra. Ses jambes sont coincées dans la boue et les décombres de son ancienne maison : il est impossible de l’en extirper. Bien des heures plus tard, la jeune fille qui se rêvait architecte restera coincée dans son ex-foyer inondé, devenu le piège dans lequel elle laissera la vie.

Le 15 novembre au matin, la télévision espagnole TVE est la première à couvrir médiatiquement la catastrophe. Face caméra, la colombienne délivre un message à sa mère, rempli d’espoir :

« Prie pour que je puisse marcher et que ces gens m’aident. »

Elle a les yeux imbibés de sang et ses mains sont transformées par l’humidité. Frank Fournier, photographe pour l’agence Contact Press Images, arrive le 16 à 6h. Il y découvre la jeune fille, entourée par quelques sauveteurs impuissants, et ne pourra la quitter jusqu’à sa mort à 9h16. Autour d’eux, des cris retentissent : comme Omayra, des centaines de personnes sont prises au piège et restent inatteignables.

Pourtant, Omayra n’a jamais été abandonnée à elle-même.

Au contraire. Dans la nuit du 14 au 15, un jeune homme reste à ses côtés pour essayer de la réchauffer. Les sauveteurs présents sur place tentent même de la maintenir hors de l’eau à l’aide d’une bouée, pour économiser ses forces. La pression sur ses jambes provoque un garrot. Une barre de fer lui taillade aussi le ventre. Cependant, le manque évident de moyens et les efforts déployés pour la sauver sont vains. Il faut attendre la matinée du 16 novembre pour qu’une moto-pompe soit amenée par hélicoptère et dégage l’eau qui l’entoure jusqu’au cou. L’équipe de secours déjà présente sur place comprend alors l’ampleur des dégâts : pour survivre, il faudrait amputer ses jambes. Faute d’équipe médicale compétente, elle décèdera quelques minutes plus tard.

L’irresponsabilité de l’état colombien l’a tuée.

Elle, son père, sa cousine et les milliers d’autres victimes. Dix jours avant l’éruption, le contexte politique en Colombie est tendu, puisque le Palais de Justice de Bogota a été pris d’assaut par le groupe rebelle M-19. Trois cents otages et cent morts, parmi lesquels onze juges de la Cour Suprême. Face à une catastrophe aussi imprévisible que l’éruption du « vieux lion endormi », le gouvernement montre son incapacité à gérer la situation, démissionnant ainsi de ses fonctions. Pourtant, les autorités savaient que l’activité volcanique de la zone était à surveiller. Le coût de mesures préventives et l’absence d’une date précise de l’éruption peuvent certes expliquer le nombre conséquent de morts, mais pas les excuser.