Amine : l’ingénierie et Autrui

Environnement, Religion, Politique, Amine est un homme d’engagements… et un habitué des rencontres Kawaa. Nous sommes partis à sa rencontre. Par Eloïse

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Amine, j’ai 26 ans et je suis ingénieur dans les télécoms. Je suis passionné de sciences, de technique mais je suis aussi très intéressé par les causes sociales de manière générale. Mon rêve c’est de mettre la science au profit de l’être humain.

Comment as-tu connu Kawaa ?

J’ai participé à un premier Kawaa sur l’environnement organisé par l’association Défions Les Saisons, c’était ma fiancée qui m’en avait parlé. Puis j’ai entendu parler des Kawaa Grandir Ensemble via l’association Coexister. J’avoue que j’ai été piqué par la curiosité, par cette idée de rendre plus normal le fait ou la parole religieuse et interconvictionnelle, il fallait que j’y aille !

Et alors ce premier Kawaa Grandir Ensemble ?

Nous étions une vingtaine, c’était très convivial, le café était chouette. Je me suis retrouvé en binôme avec Thibaut qui s’était converti au catholicisme. Pour ma part je suis musulman et on a abordé des sujets très personnels sur nos convictions, ce qu’on a pu lire, entendre etc. Puis au bout de 40 minutes, naturellement nous nous sommes retrouvés dans un groupe avec des athées, des juifs, des bouddhistes. C’est la première fois de ma vie que je me suis retrouvé à parler aussi profondément de mes convictions devant des personnes d’autres confessions que la mienne.

C’était d’autant plus enrichissant pour moi que dans mon boulot il y a très peu de diversité. Je suis pratiquement le seul arabe dans un bâtiment de 500 personnes ! Et je me rends compte qu’il y a une grande méconnaissance de ma religion.

Depuis j’ai participé à une demi-douzaine de Kawaa Grandir Ensemble et j’en ai organisé deux.

Raconte-nous ton dernier Kawaa Grandir Ensemble en date ?

C’est justement un de ceux que j’ai organisés. Nous n’étions pas très nombreux, à peine une dizaine. Idéalement, lors de Kawaa Grandir Ensemble, l’organisateur forme des binômes et trinômes de personnes ayant des convictions différentes. Cette fois-ci malheureusement, c’est mal tombé car un des binômes était très similaire, avec deux dames qui avaient quasiment les mêmes convictions. Je me suis donc inséré à leur groupe et elles m’ont posé beaucoup de questions. C’est important quand on est organisateur d’un Kawaa de pouvoir aussi participer si on le souhaite. A mon avis, c’est faisable lorsqu’il y a peu de participants. Comme quoi, il y a un bon côté à tout !

Qu’est ce qui a déclenché cet engagement chez toi ?

Nous sommes dans un climat assez tendu en France depuis quelques années et surtout depuis l’an dernier. La religion est perçue comme un véritable problème. J’ai envie à ma manière de rétablir la vérité, de montrer qu’on peut vivre et parler de religion sans accroc. On fait trop de publicité pour les extrémistes et pas assez pour les personnes qui vivent normalement leur religion.

Je n’aime pas la passivité. Je n’aime pas les excuses du type « Les choses sont ainsi et tu ne peux rien y faire ». Je suis convaincu que c’est à nous tous d’agir, chacun à son échelle. Et s’exprimer c’est déjà une façon d’agir !

Après les attentats de novembre beaucoup de personnes sont venus me parler au boulot. Étant le seul musulman, on m’a posé énormément de questions, on voulait savoir comment je vivais tout cela. J’ai beaucoup échangé notamment avec l’une de mes collègues, qui est catholique très pratiquante alors que nous ne nous étions jamais parlés. Et récemment elle m’a même offert les Évangiles !

Enfin pour ce qui est d’organiser des Kawaa, je pense que chacun peut être un organisateur potentiel, chacun a des passions, des sujets de prédilection qui pourraient être le thème d’une rencontre.

Raconte-nous un Kawaa Grandir Ensemble qui t’a marqué ?

Je crois que c’était mon deuxième ou troisième Kawaa Grandir Ensemble. J’avais en face de moi deux personnes qui étaient là par hasard mais qui avaient des positions très arrêtées et qui à mon sens les défendaient avec des arguments trop simples. Pour elles, la religion ne posait que des problèmes. La discussion a pris un tour peu agréable. J’ai pu quand même donner mon point de vue, notamment insister sur le fait qu’il ne fallait pas faire de généralité. Et finalement l’une des deux personnes s’est adoucit et m’a même confié qu’elle avait appris des choses et que cela lui donnait envie de revenir.

Tu aurais un conseil précieux pour un participant et animateur de Kawaa Grandir Ensemble ?

Pour les participants, je leur conseillerais de ne surtout pas s’autocensurer et de ne pas censurer leur curiosité car c’est une occasion unique de parler à des gens que l’on n’aurait jamais rencontrés.

Pour les organisateurs, je leur dirais, de garder une oreille ouverte sur les différentes conversations au cas où cela se passe mal, mais cela ne m’est jamais arrivé.

Tu as d’autres projets de Kawaa ?

J’aimerai participer à un Kawaa Politique. J’aime bien cette idée de redonner le pouvoir et la parole au peuple.

Je vais terminer en te posant quelques questions des Kawaa Grandir Ensemble :

- A quoi penses tu quand tu regardes le ciel ?

Quand le ciel est bleu, je trouve cela beau, et quand il est gris et qu’il va pleuvoir, c’est un miracle. Pour moi la pluie à une connotation miraculeuse, c’est ce qui donne la vie.

Quelles sont les choses qui t’étonnent dans la vie ?

Parfois, je suis effaré par notre capacité à reproduire d’autres périodes troubles de l’Histoire. Pas plus tard qu’hier, par exemple quand je regardais les scores de l’extrême droite en Allemagne.

Mais par ailleurs, je vois des choses tous les jours qui me donnent de l’espoir : le fruit de recherches scientifiques par exemple. Ou encore l’autre jour, je regardais un documentaire sur Arte à propos de l’altruisme qui était véritablement porteur d’espoir. Des recherches scientifiques sur des bébés montraient qu’on était altruiste, naturellement.

Que t’ont transmis tes parents ?

Ma famille de manière générale m’a aidé à relativiser les choses. Dans notre vie, on ne peut pas tout maitriser.

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