Elle a foi en l’autre

Par Eloïse

Rencontre avec Emilie qui coordonne le projet « Kawaa Grandir Ensemble » . Ce format de rencontre, qui a beaucoup de succès sur la plateforme Kawaa, permet à des inconnus d’échanger autour de leurs convictions, leurs religions, leurs pratiques ou simplement leurs goûts.

Comment définirais-tu un « Kawaa Grandir Ensemble » ?

C’est une rencontre dans la vie réelle entre des personnes de convictions différentes. Ces personnes prennent une heure de leur temps pour aller à la rencontre de l’autre et de ce en quoi elles croient.

Quel est ton rôle au quotidien et quel a été ton parcours professionnel avant cela?

Je m’occupe à la fois de la coordination du projet, du recrutement et de la formation de nouveaux animateurs. J’anime des rencontres dès que j’en ai l’occasion et je m’occupe de faire parler de « Kawaa Grandir Ensemble » afin que nous ayons de plus en plus de participants et de personnes qui participent ou s’emparent du projet.

J’ai un Master en gestion de projet et management. J’ai été consultante web pendant 3 ans puis j’ai arrêté pour m’investir dans des projets qui ont d’avantage de sens pour moi. Et alors que je faisais un bilan de compétences j’ai rencontré (presque) par hasard Marine Quenin qui est la fondatrice de l’association Enquête et qui est à l’initiative des « Kawaa Grandir Ensemble ». J’ai commencé à aider bénévolement Enquête puis Grandir Ensemble et en mars 2015 j’ai été engagée pour coordonner le projet.

Raconte-nous ton premier Kawaa Grandir Ensemble…

C’était organisé par Coexister Lille, dans ma ville en juin dernier. Le projet était encore dans une phase de test. J’y suis allée par curiosité et pour voir si j’avais envie de m’y investir dans un cadre plus professionnel. Je me demandais si des rencontres d’apparence aussi simples pouvaient vraiment changer les choses. Nous étions une bonne vingtaine avec des profils très variés.

Presque tout de suite, j’ai remarqué une jeune femme au look rock avec des cheveux rouges. On sentait qu’elle avait un caractère fort et j’étais curieuse d’en savoir plus sur elle. Au fil de la discussion j’ai compris qu’elle étudiait dans une école rabbinique et qu’elle était très pratiquante. Je ne l’aurai jamais deviné, comme quoi il faut se débarrasser de nos aprioris ! C’était une belle entrée en matière en tout cas et je me suis très vite prise au jeu des rencontres. J’avais envie de parler à tout le monde après ça… Et la deuxième surprise est venue d’une jeune femme d’apparence timide qui s’est dévoilée tardivement mais au parcours très intéressant. Elle travaille pour des jeunes dans des contextes de vie très difficiles. Elle a un travail incroyable au contact de jeunes dans des situations familiales compliquées et en détresse sociale. Elle avait perdu la foi quelques années auparavant et c’est son mari musulman qui l’a encouragé pour qu’elle renoue avec ses origines et ses croyances. Elle est à nouveau croyante et pratiquante aujourd’hui. Un parcours loin des stéréotypes diffusés n’est-ce pas ?

Raconte-nous ton dernier « Kawaa Grandir Ensemble » en date ?

C’était il y a quelques jours à Dijon. Nous étions huit, une assez faible affluence, mais la rencontre avait lieu à 16h pour pouvoir être en duplex avec un autre Kawaa qui avait lieu au même moment à Tunis. Je co-animais ce Kawaa avec Youssef à Dijon et Leïla l’animait de son côté de l’autre côté de la Méditerranée.

A la fin du Kawaa, il y a eu un temps collectif pour échanger entre Dijon et Tunis. La quinzaine de participants tunisiens était très touchée par cette initiative. Avec le contexte social et politique actuel de la Tunisie, ils étaient très contents que des Français prennent le temps d’échanger et de les encourager dans leur volonté de vivre ensemble et libre. On a senti en tout cas l’énergie et le besoin d’être soutenu. Une opération qui va vite être reconduite !

Raconte-nous un « Kawaa Grandir Ensemble » qui t’a particulièrement émue ?

Je me souviens d’une rencontre à Paris, dans le 19ème, au Centre social Tanger. Deux personnes assez fragiles nous ont rejointes par curiosité au début. L’une avait un handicap et l’autre maitrisait très mal le Français. Il y avait une grande peur chez ces deux femmes. C’était la première fois que je me retrouvais face à une telle angoisse de parler de soi et surtout à un inconnu. Un exercice que l’une comme l’autre n’ont pas l’habitude de faire. Elles ont failli renoncer, mais grâce à la bienveillance des autres et leurs encouragements, elles sont restées. Spectatrices au début, elles ont doucement pris confiance et se sont exprimées aussi. Les échanges étaient d’une richesse incroyable. Des parcours très émouvants. Elles sont venues me remercier à la fin et m’ont dit « Finalement ça fait du bien de parler »… J’espère qu’elles pourront revenir en tout cas.

Raconte-nous un « Kawaa Grandir Ensemble » qui t’a rendu joyeuse ?

Je ne suis pas sure que « joyeuse » soit vraiment le bon terme, je parlerai plutôt d’un Kawaa qui m’a donné énormément d’énergie. C’était en novembre dernier à Gennevilliers, très peu de temps après les attentats de Paris. J’étais soufflée et j’avais l’impression, à ce moment-là, que la montagne était peut-être trop grande à gravir. D’habitude on ancre les rencontres dans le quotidien mais on avait adapté nos outils d’animation pour libérer la parole sur les événements. Il y a eu à la fin un temps d’échange collectif pendant lequel les personnes musulmanes présentes se sentaient obligées de se justifier, s’excuser presque d’être là… Elles ont rapidement été rassurées par les autres participants. J’ai senti à la fin une forme de détermination à ne pas céder, l’importance de continuer de se rencontrer et d’échanger de manière conviviale pour contrecarrer ce climat anxiogène. De fil en aiguille, cette discussion m’a redonné de l’espoir, m’a rassuré et m’a donné une formidable énergie pour continuer plus que jamais.

Quelles ont été les villes qui ont déjà accueilli des « Kawaa Grandir Ensemble » ?

Emilie (à droite lors d’un “Kawaa Grandir Ensemble”)

Cela tombe bien je viens de faire les comptes ! Et depuis septembre, déjà 960 personnes ont déjà participé à un des 46 Kawaa Grandir Ensemble ! Des rencontres organisées à la fois dans des cafés, mais aussi dans des locaux associatifs ou des structures d’accueil plus institutionnelles type centres sociaux ou maison de quartier.

Des rencontres pas uniquement à Paris puisque nous sommes désormais présents aussi dans 20 autres villes et notamment Lille, Puteaux, Rouen, Lyon, Annecy, Rennes, Strasbourg, Gennevilliers, Orléans, Nantes, Grande-Synthe, Dunkerque, Le Mans, Drancy, Sevran, Dijon, Bordeaux, Tunis, Reims,…

Quelles sont perspectives de « Kawaa Grandir Ensemble » pour 2016 ?

On va continuer et intensifier nos actions ! Nous avons la volonté de multiplier le nombre de personnes qui vont animer ses rencontres et les structures qui vont les accueillir pour couvrir tout le territoire et toucher des profils de personnes variés. D’autres rencontres sont déjà en préparation du côté de Nice, Toulon, Marseille, Bruxelles, Sarcelles, Bondy, Arras ou encore Mantes la Jolie ! D’ici deux ans, notre objectif est qu’un million de personnes aient pris le temps d’aller, au moins une fois, à la rencontre de l’autre lors d’un « Kawaa Grandir Ensemble ». Ça implique aussi de trouver des partenaires, des structures, des personnalités qui ont une caisse de résonance plus large et qui puissent nous soutenir dans nos actions voir s’emparer du projet. Toutes les énergies sont les bienvenues !

Pourrais-tu donner un conseil précieux pour une personne qui souhaite participer à un Kawaa Grandir Ensemble ?

S’exercer à utiliser le JE plutôt que le NOUS qui désigne l’ensemble d’une communauté.

Et un conseil précieux pour une personne qui souhaite animer un Kawaa Grandir Ensemble ?

Il y a une très grande diversité parmi nos animateurs. Certains sont de jeunes étudiants connectés, d’autres des chefs d’entreprise, des retraités ou des mamans. Bref venez comme vous êtes, soyez dans le vrai et faites une rencontre qui vous ressemble !

Et pour terminer quelques questions que l’on peut retrouver lors des « Kawaa Grandir Ensemble » :

- A quoi penses tu quand tu regardes le ciel ?

Aux avions ! C’est une véritable phobie.

- Quelles sont les choses qui t’étonnent dans la vie ?

La capacité de certaines personnes à se mobiliser et à donner de leur temps pour faire avancer des causes.

- Que t’on transmit tes parents ?

La disponibilité pour les autres. Le sens du travail. Et le goût pour la fête et la bière !

Les Kawaa Grandir Ensemble cherchent leur nouveau coordinateur(-trice) !

Pour en savoir plus et postuler, c’est ici : http://jobs.makesense.org/jobs/1378. Et n’hésitez pas à faire passer le mot autour de vous !

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