SOCIAL FEST — JOUR 4 — MIEUX MANGER

Dans le cadre du Social Fest organisé par Kawaa, à Ground Control, du 7 au 11 novembre, nous faisons pour ceux qui n’étaient pas là, le compte-rendu le plus exhaustif possible de ce qui s’est dit pendant le Débat du Jour. Voici le compte-rendu du JOUR 4.

Nous vous invitons aussi à écouter l’émission de Radio Ground Control consacrée à la thématique : https://www.groundcontrolparis.com/podcast-chaud

TALK : COMMENT MIEUX MANGER ?

Avec :

- Julie Chapon, Fondatrice de Yuka (Yuka est une application mobile permettant d’afficher des informations sur des produits alimentaires et cosmétiques)

- Chloé Charles, Chef cuisinière

- Pierre Coulon, Vice-président de l’Association Fromages de Terroirs et fromager à La Laiterie De Paris

- Laure Le Jossec, Fondatrice de Péligourmet (Le Covoiturage des produits régionaux)

- Marie-Monique Robin, Journaliste d’investigation et réalisatrice, notamment du Monde selon Monsanto

Animé par Frédéric Denhez, journaliste à France Inter

Frédéric Denhez, : Il y a une étude qui est sortie il y a peu de temps, qui a fait beaucoup de bruit et qui montre que les gens qui mangent bio ont 25% moins de risque d’avoir un cancer. Il y l’aspect symbolique de la nourriture lié au plaisir qui rentre en contradiction avec cette idée de contraintes et de danger. Pour se conforter on adopte des régimes particuliers ou on se réfugie dans des labels. On a donc délégué à l’industrie et à la grande distribution l’acte de nous nourrir. Aujourd’hui on doit réapprendre ce qu’est la nourriture et l’alimentation et à bien se nourrir.

Que fait-on pour mieux manger ?

Marie-Monique Robin :

Il y a plein de choses à faire. Les aliments sont en partie responsables d’une épidémie de maladies chroniques évitables à cause de pesticides. Le glyphosate est particulièrement grave pour les femmes enceintes car il prend la place des hormones naturelles. Il faut donc éviter la nourriture transformée et les pesticides.

Il ne faut pas non plus que ça devienne une obsession.

Il faut se rapprocher des AMAP, aller dans les marchés, manger différemment, manger moins de viande. En mangeant moins de viande, on libère de l’argent pour acheter du bio.

Il faut retrouver le goût de cuisiner soi-même.

Marie-Monique Robin

Peut-on hiérarchiser les problèmes ?

Marie-Monique Robin :

C’est un ensemble. On manque d’études pour voir les interconnexions entre les différents produits nocifs. Il faut éviter les perturbateurs endocriniens, car mélangés à d’autres actifs, leurs effets peuvent être multipliés par 60.

Dans beaucoup de cosmétiques, on retrouve ces perturbateurs endocriniens. Il y a une urgence sanitaire à éviter ces hormones de synthèse. Il faut les interdire. Si on ajoute trop de sucre et de gras, cela renforce le danger cancérigène de ces hormones.

Julie Chapon

Tenez-vous compte des pesticides chez Yuka ?

Julie Chapon (Yuka) :

On prend en compte le label bio mais on n’a pas l’information sur le taux de pesticides présents dans les produits.

Qu’est ce qu’un additif ?

C’est une substance rajoutée dans le produit avec un but technologique (objectif de texture, conservation, coloration). Il y en a beaucoup qui sont extrêmement controversés. Il y a beaucoup d’additifs sur lesquels on a des éléments suffisants pour les faire interdire (dioxyde de titane, lixite de sodium) mais c’est compliqué avec les lobbying.

Marie-Monique Robin : En 2011, plus de 90% des additifs n’avaient jamais été testés. Aujourd’hui, il y a une prise de conscience mais toujours pas assez d’études. On devrait se demander : a-t-on envie d’autoriser les industriels à mettre des produits toxiques dans notre nourriture même si la dose est minime ?

Le tarama est gris par exemple. Le rose du tarama industriel est extrêmement toxique.

Chloé Charles

Comment fait-on un tarama Chloé Charles ?

On récupère les œufs que l’on sale pendant des heures puis on fume les œufs, on les laisse sécher, on les mixe avec de l’huile du fromage blanc et de la mie de pain. La couleur est plus gris/blanc/orangé.

De quand date Yuka ?

Julie Chapon: Nous avons lancé l’application il y a 2 ans. La majorité des produits du marché sont analysés.

Y-a-t-il un espoir ?

Julie Chapon: Oui mais le top des produits les plus scannés sont : Certes la Cristalline en N°1 mais ensuite le Nutella et le Coca donc il y a du travail !

On voit en revanche beaucoup d’industriels qui changent la recette de leurs produits en supprimant les additifs problématiques, en réduisant le taux de sel et de sucre.

Il ne faut pas attendre que la législation interdise, il faut agir dès maintenant.

Tous les produits sont rouges avec Yuka, ça fait peur !

Julie Chapon: On propose la plupart du temps des alternatives.

Est ce que c’est mal de manger un mauvais produit ?

Julie Chapon: C’est en faisant attention au quotidien qu’on aura de bons effets à long terme. Il y a tellement de produits avec de mauvais actifs qu’on les cumule sans le savoir.

Pierre Coulon

Pierre Coulon, qu’est ce qu’un vrai fromage ?

Pierre Coulon : Il y a forcément une base de lait cru qui induit un savoir faire et une activité économique. Le lait cru a plus de 1 000 bactéries vivantes qui vont manger le lactose du lait. C’est un produit sain qui fait vivre tout le monde. Moi dès que je vois un ingrédient que je ne comprends pas, je n’achète pas. C’est nouveau pour les fromagers de parler de fermentation naturelle.

Pour résumer, un fromage est l’évolution d’un lait. A l’inverse un produit pasteurisé est le travail d’un lait mort.

Pierre Coulon : Un vrai fromage a aussi un coût. Un fromage à 10 euros le kilo, ce n’est pas normal. C’est fait par des machines, et on exploite les paysans.

Maire-Monique : La pasteurisation dégrade les qualités nutritionnelles et les bactéries sont bonnes pour le corps.

Laure Le Jossec

Qu’est ce que Péligourmet ?

Laure Le Jossec : Peligourmet est un site internet qui permet de faire ses courses en direct avec les producteurs.

Comment vous faites concrètement ?

Laure Le Jossec : On a proposé aux producteur de profiter de leurs trajets existants pour livrer leurs produits dans notre entrepôt à Montreuil. Si vous passez commande pour du jambon, vous aurez du jambon frais d’un cochon fraîchement tué.

Vous le dite comme ça ? On va tuer le cochon pour vous ?

Laure Le Jossec : Oui il faut être transparent. Les gens aujourd’hui n’ont plus confiance en la grande distribution.

Concrètement on commande quand ?

Laure Le Jossec : Le mardi soir avant 18h. Livraison le jeudi ou vendredi en point relais ou à domicile. On fait appel à une prestataire avec des camions frigo.

Combien de clients avez-vous ?

1 000 aujourd’hui. On propose uniquement le service à Paris pour le moment. On est 5 salariés aujourd’hui. On a lancé l’aventure en 2016 et on se rémunère aujourd’hui.

Julie chez Yuka, vous arrivez à vous rémunérer ?

Oui. On est 9 salariés chez Yuka aujourd’hui. On est encore en train de construire le modèle économique. Ce n’est pas simple mais faisable.

Chez Péligourmet à quel prix achetez vous les produits ?

On prend une marge de 20–25% sauf sur les fruits et légumes. On visite chacun de nos producteurs. On fait appel à des producteurs bio ou au label agriculture raisonnée.

Pierre Coulon : Le label bio est aujourd’hui un label de confiance. Pour moi l’agriculture raisonnée n’est pas du tout au même niveau du bio . Ils peuvent utiliser des OGM par exemple.

Marie-Monique : Il ne faut pas avoir peur de dire on veut des produits bio et locaux.

Conseillez-vous vos fournisseurs Chloé Charles ?

Non je n’ai pas la légitimité de les conseiller mais je les visite. Le label bio est important et le bio français est un bon bio mais aujourd’hui quand on dit bio, on met beaucoup de choses dans le même panier. On a du bio de différentes nationalités qui n’a pas la même valeur que le bio français.

Acheter des bananes bio emballées dans du plastique qui viennent de l’autre bout du monde ça ne sert à rien. Les produits industriels labellisés bio ne sont pas forcément les meilleurs.

2 conseils pour mieux manger ?

Chloé Charles : Réapprendre à cuisiner, ne pas avoir peur d’essayer et bien acheter en se rapprochant d’AMAP et de de communautés qui font le lien avec les producteurs.

Dans les marchés, les fruits et légumes viennent souvent de Rungis et ne sont pas vraiment bios.

Marie-Monique Robin : Essayer d’acheter en vrac et cuisiner avec ses enfants pour leur donner le goût. Il faut se battre pour créer des potagers dans les écoles primaires. On estime qu’en Europe, un aliment acheté en supermarché parcourt 2800km.

Laure Le Jossec: Se faire plaisir et donner du sens à ce qu’on met dans nos assiettes. Il faut en parler autour de vous.

Pierre Coulon : Gagner en expertise, il ne faut pas être naïf et lire les étiquettes

Julie Chapon : Attention aux listes d’ingrédients à rallonge, aux mots qu’on ne comprend pas. Les ingrédients sont placés par ordre d’importance dans le produit. Il faut se rendre compte du pouvoir du consommateur. Il faut se renseigner sur ce qu’est un bon miel par exemple.

Public : Comment on s’y retrouve avec le bio ?

Marie-Monique : On peut avoir quelques doutes sur les pratiques sur les bios hors de France. Il faut lier le bio au local.

Laure Le Jossec: Il y a plusieurs bio qui répondent à des certifications plus ou moins strictes.

Public : Est-ce que le modèle économique de Yuka ne repose pas sur le principe de recommandation d’alternatives ?

Julie Chapon : Non, il repose sur un programme de nutrition qu’on vend en ligne et sur les dons de nos utilisateurs. Nous ne sommes pas corrompus ne vous inquiétez pas. Notre objectif est de faire une version premium : avec un mode hors ligne, une barre de recherche et un mode d’alerte.

Public : Par rapport au label bio, il y a un label européen et plusieurs certificateurs. Dans mon métier, je source du caoutchouc bio du Brésil, et je peux vous dire que c’est très sérieux. Rassurez vous pour le thé et café bio, ce n’est pas que parce que ce n’est pas français que ce n’est pas bien.

Marie-Monique : Je faisais référence à des tomates qui poussent en Espagne avec des ouvriers qui ont des mauvaises conditions de travail.

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