SOCIAL FEST — JOUR 5 — MIEUX VIVRE ENTRE GÉNÉRATIONS

Dans le cadre du Social Fest organisé par Kawaa, à Ground Control, du 7 au 11 novembre, nous faisons le compte-rendu le plus exhaustif possible de ce qui s’est dit pendant le Débat du Jour, pour ceux qui n’étaient pas là. Voici le compte-rendu du dernier jour de notre festival !

Nous vous invitons aussi à écouter l’émission de Radio Ground Control consacrée à la thématique : https://www.groundcontrolparis.com/copie-de-podcast-for-no-wine

TALK : COMMENT FAVORISER L’ÉCHANGE ENTRE GÉNÉRATIONS ?

Avec :

  • Thibault Bastin, Co-fondateur des Talents d’Alphonse (Les Talents d’Alphonse met en relation les personnes qui souhaitent apprendre un savoir-faire manuel avec des jeunes retraités dynamiques et passionnés !)
  • Clément BOXEBELD et Julia MOURRI, Fondateurs d’Oldyssey (Julia et Clément se rendent avec leurs caméras dans des sociétés où le statut des aînés est différent, là où d’autres formes de solidarités voient le jour)
  • Isabelle Hébert, Directrice des services innovants du Groupe VYV et directrice générale de la MGEN (Le Groupe VYV, 1er acteur global de santé et de protection sociale en France, œuvre au quotidien pour être utile à tous et à chacun tout au long de leur vie)
  • Mélissa Petit, Docteur en sociologie, spécialiste des seniors et des enjeux du vieillissement. Elle a créé Mixing Générations (bureau d’études et de conseils qui accompagne le monde économique vers toutes les problématiques liées à la Silver Economie)

Animé par Marie Auffret-Pericone, rédactrice en chef de Notre Temps (Notre Temps est un magazine français du groupe Bayard à destination du public senior)

Mélissa Petit

Introduction de Mélissa Petit :

Quand on parle d’intergénérationnel, cela veut dire intégrer toutes les générations dans la dynamique de l’innovation sociale et ainsi ancrer le sujet des âges dans la société.

Comment définir le mot génération ? C’est un ensemble de personnes ayant à peu près le même âge qui ont vécu une ambiance sociale similaire .Une génération n’est pas forcément un ensemble très homogène. L’idée de générations pose aujourd’hui le problème de fossés entre générations.

Comment sont arrivées ces scissions ?

- Les politiques nous ont permis de faire ou ne pas faire des choses en fonction des âges (âge de la majorité, âge de la retraite).

- Le discours ambiant porté par les médias : dans le discours social, les messages donnés par les publicités, les livres, le cinéma.

- Les représentations sociales sur les âges.

Quels sont les apports entre générations et comment créer des politiques publiques et une culture qui favorisent les rapports entre générations ? On parle beaucoup de start-up qui créent des solutions dans la silver economy pour les plus âgés. Ils agissent pour eux, leurs parents mais surtout pour la société. Ils veulent une société plus solidaire, plus dans l’échange.

Il faut sortir de l’idée que le « vieux » c’est l’autre. Il faut reprendre conscience de nos propres âges et leur redonner leur valeur dans leur expérience et leur beauté.

Marie Auffret-Pericone, rédactrice en chef de Notre Temps : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous questionner sur le sujet de l’intergénérationnel ?

Isabelle Hébert

Isabelle Hebert ( Groupe VYV et MGEN): Le groupe VYV est à la fois neuf (un an) et vieux car il est l’accumulation de toute une histoire et de plusieurs mutuelles. Le groupe VYV représente 10 millions de clients (1 senior sur 5 et un jeune sur 8).

On a travaillé sur une stratégie pour recruter les jeunes et une stratégie différente pour les seniors. On se demande aujourd’hui comment on pourrait trouver une stratégie qui parle aux deux publics ?

Par exemple comment allier le besoin d’habitat des plus jeunes aux plus âgés ?

Clément BOXEBELD et Julia MOURRI

Julia MOURRI (Oldyssey): Avec Clément on est allé voir comment les gens vieillissent à travers le monde en filmant des initiatives inspirantes pour rapprocher les générations. La sensibilité au sujet est venu via nos grands-parents. Les miens sont les personnes les plus drôles que je connaisse et je trouve qu’on devrait montrer une image un peu plus positive de la vieillesse.

Thibault Bastin : Les Talents d’Alphonse, c’est une plateforme qui permet de connecter les générations autour d’un savoir. En vivant à l’étranger avec mon co-fondateur,on a constaté que les personnes âgées étaient mieux valorisées dans d’autres pays. En revenant en France, on a décidé de rapprocher les générations autour de la transmission, du savoir.

Sur la plateforme, on a des retraités qui ont beaucoup de savoir-faire et qui veulent le transmettre.

Mélissa Petit : J’ai grandi avec ma grand-mère pendant les 8 premières années de ma vie et ce, jusqu’au jour de sa mort. J’ai réalisé qu’on ne peut pas construire une société sans que ce soit une société pour tous les âges. Je trouve que les personnes âgées sont délaissées dans notre société.

Julia Mourri: Il faut aussi évoquer la transition démographique qui remet pas mal de choses en cause. Toutes ces mutations créent un sentiment de crise et plein de défis se posent dans le domaine de l’habitat, de la gestion de la vieillesse.

Marie Auffret-Pericone, : Quels bénéfices peut-on vraiment trouver au delà du politiquement correct à passer du temps avec d’autres générations ?

Thibault Bastin

Thibault Bastin : C’est impossible de calquer le modèle d’un autre pays ici. En France, on arrive à la retraite en bonne forme. L’arrivée à la retraite c’est la perte de la valeur travail et la mise à l’écart de la société. Notre plateforme permet de retrouver une vie sociale, une utilité dans la société mais également un complément financier. En face, pour les curieux ou les enfants, ils bénéficient d’une grande expérience, d’histoires de vie et d’un vécu ultra-riche.

Si quelqu’un veut apprendre le tricot, il paie 17 euros sur la plateforme (15 euros pour la personne qui apporte son expérience et 2 euros pour Les Talents d’Alphonse)

Avez-vous vu une constante à travers vos voyages ?

Olddissey : Les échanges vont dans les 2 sens. Au Brésil, une école de langue avait mis en place des appels Skype avec une maison de retraite aux Etats-Unis.

On a tendance à voir du lien intergénérationnel quand les jeunes vont vers les personnes âgées, mais les personnes âgées peuvent aussi être moteur de changement. Au Sénégal, les personnes âgées militent par exemple contre le mariage précoce.

Isabelle Hébert, vous parliez de transfert de compétences ?

Isabelle Hébert : On essaye d’apporter le plus de solutions possibles à nos adhérents. On réalise que nos adhérents peuvent s’apporter de la valeur entre eux et s’entraider ce qui leur permet aussi de rester en bonne santé plus longtemps. En tant qu’entreprise, on réalise qu’on crée de la valeur en créant du lien entre les adhérents. Du coup on a créé une plateforme d’échanges de services (par exemple je donne des cours de maths à ton petit-fils et tu viens t’occuper de mon jardin).

On peut aussi créer du lien intergénérationnel dans l’entreprise afin de renforcer la productivité.

Mélissa Petit : L’intergénération concerne toutes les tranches d’âges. Au sein de la famille, on crée déjà de l’intergénérationnel. Comment devient-on acteur par rapport aux problématique liés à l’âge et aux problématiques plus globales de la société ? Il y a par exemple la semaine bleue : semaine pour les personnes âgées. Cette année la thématique est sur le développement durable.

Quand on parle des aînés, on ne sait pas très bien de qui on parle. On couvre en général 3 générations avec des cultures très diverses.

Mélissa Petit : La retraite a impulsé le fait de considérer les personnes âgées comme des consommateurs et non plus des acteurs. Alors qu’ils peuvent totalement être acteurs de la vie sociale. Arrêtons de penser en terme d’âge et de catégoriser les gens uniquement par rapport à leurs âges.

Isabelle Hébert : Le pire risque pour la planète serait d’opposer les générations par rapport au développement durable.

Vous avez tous une expérience à l’étranger et cela a enrichi votre vision. Y a-t-il des pays qui vous ont particulièrement marqué dans les liens intergénérationnels ?

Clément Boxebeld : Au Sénégal, on a été très marqué par le rôle accordé aux personnes âgées. Ce sont les piliers de la société et ils participent à toutes les décisions. Le «Grandmother project» est une communauté de grands-mères qui luttent contre l’excision, le mariage arrangé et les grossesses enfantines en utilisant des sketchs, des contes dans les écoles. Pour la plupart ce sont des femmes analphabètes qui se sont mariées à 13 ans et qui veulent changer les choses.

Au Brésil, les soirées Samba réunissent les vieux et les jeunes. En France, on a moins de mélanges de générations à part dans les villages au cours de la pétanque par exemple.

Isabelle Hébert : Je vis dans une famille multiculturelle et c’est drôle de voir les différences de traitement des aînés selon les cultures. Aux Etats-Unis les familles sont totalement explosées, il y a très peu de liens avec les grands-parents. Dans la partie japonaise de ma famille, toute la famille habite ensemble sous le même toit.

Thibault Bastin : On a été très inspiré par le Japon aussi. Au début on avait appelé le projet Ito qui veut dire « l’aîné » en japonais. On a mis l’outil digital au cœur du sujet. C’est parce les seniors sont de plus en plus digitalisés qu’on a pu faire ce projet. Cela permet aux retraités de retrouver une utilité dans la société.

Comment favoriser les échanges entre générations ? Vous aviez parlé d’acculturation Mélissa ?

Mélissa Petit : Je trouve un peu artificiel de rapprocher les crèches et les EPAD. L’acculturation c’est faire sien un sujet qu’on ne maîtrise pas à la base. Il y a une région au Canada où pour valider son baccalauréat, on doit faire du bénévolat. Pourquoi les lycéens ne feraient pas des heures dans des structures en lien avec les générations ? Et ainsi s’habituer à côtoyer d’autres générations, créer un regard sur le monde totalement différent.

La question c’est aussi comment recréer un lien civique ? Pourquoi ne pas faire une liste de 10 actes possibles. Le nudge c’est la théorie des petits pas qui font de grands changements.

Vous parliez du logement tout à l’heure ?

Isabelle Hébert : Comment mutualiser l’espace chez nos adhérents ? Par exemple: j’ai une chambre et je me sens seule et je suis étudiant et je cherche une chambre pas cher. Cela pourrait se mutualiser.

Mélissa Petit : Comment recréer ce lien de proximité avec nos voisins entre les différentes générations.

Thibault Bastin : Oui l’aspect “local” est hyper important. On essaye de créer des liens entre des Alphonse et des curieux qui habitent à côté. La rencontre autour de la passion est un prétexte pour une création de lien. Il y a aussi la notion de liberté qui est importante : on construit des solutions avec eux et pas seulement pour eux. On inclut les bénéficiaires dans la construction du projet.

Julia Mourri : Il y a des initiatives qui recréent des relations de voisinage et de village aux cœurs des villes. “Cohabitat Québec” : 45 familles au sein de la ville de Québec ont créé un village urbain. Cela passe beaucoup par les lieux aussi. Ce qui m’a marqué c’est la passion qui rassemble des gens. Un DJ a initié les personnes âgées à la musique techno par exemple et certains ont adoré. Il faut penser à inviter les personnes âgées et les faire venir à des évènements qui ne sont pas pensés pour eux.

Il faut en effet les inclure.

Public : Je suis en train de monter un projet “déclivant” donc je connais bien la question de l’intergénérationnel. Les personnes destinataires ont aussi des idées. La question est : au delà des réponses qui correspondent à des besoins, il faut se demander ce qui fait plaisir.

Thibault Bastin : Je suis d’accord avec vous. On fait toutes les semaines des focus groupe avec notre public pour vraiment construire le projet avec eux et que ça leur fasse plaisir.

Public : Je suis dans un conseil de quartier dans le 12ème à Paris. On a fait une enquête auprès des personnes âgées pour leur demander ce qu’ils souhaitaient.pour ceux qui veulent de la danse, des sorties du théâtre, on les a dirigé vers des associations. Pour celles qui voulaient des lieux de rencontre, on a instauré des réunions deux fois par mois où l’on fait des ateliers, des conférences. On avait un atelier couture jeudi dernier et elles étaient 25 avec 2 messieurs.

Avec un professeur pour interagir avec des lycées, nous avons fait des films.

Notre association s’appelle Café-Interâge. Je voudrais étendre nos activités donc si vous pouvez m’aider.

Que peut-on faire concrètement pour avancer sur la question du vivre-ensemble ?

Isabelle Hébert : Le sujet de la dépendance est loin d’être le seul sujet du vieillissement. En tant que mutuelle, on veut s’engager à créer du lien intergénérationnel. Est-ce que cela doit être uniquement au niveau local ? Peut-on le traiter de manière nationale ?

Public : Ca fait 2 ans que je fais un atelier tricot itinérant pour aller à l’approche des gens isolés. Je constate une certaine méfiance des gens, les uns envers les autres. J’aimerais savoir comment aller vers les gens et amener les jeunes à venir vers moi pour échanger un moment de convivialité. J’ai l’impression que les gens ne sont pas prêts à ça. Je ne sais pas comment faire passer mon envie.

Thibault Bastin : Pour avancer sur cette question, il faudrait déstigmatiser l’image des retraités en France.

Public : Il nous manque un endroit pour se réunir près de chez nous.

En effet, on retiendra de ces échanges que la proximité est très importante.

Nous devons clôturer ce débat, merci à tous pour votre participation !

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