Législatives : pourquoi Macron aura une majorité absolue

Je fais partie de ceux qui, longtemps, ont été séduits par l’argument “il n’aura pas de majorité à l’Assemblée”. En Marche est une force politique jeune, avec un ancrage local incertain. Comment exister face aux partis existants, leur lot d’élus locaux et leur histoire ? Son député souvent on le connait, ça fait un bon bout de temps qu’il est dans le paysage…

Emmanuel Macron affirme, à qui veut l’entendre, depuis qu’un chemin vers la victoire s’est présenté à lui, que, s’il est élu, les français lui donneront une majorité. Je pensais que c’était une façon de balayer les choix incertains à venir pour ramener le débat sur l’élection présidentielle. Cela m’apparaît maintenant comme un argument valable, et je me place, pour l’expliquer, dans l’hypothèse d’une victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle le 7 mai prochain.

Un sondage récent donne En Marche en tête des législatives avec entre 47% et 53% des sièges. Le scénario d’une majorité absolue est d’autant plus probable que, suite à son élection, Emmanuel Macron va mécaniquement bénéficier d’un “état de grâce”, ne serait-ce qu’à travers l’exposition médiatique de sa victoire. L’inflexion amorcée lors du débat mercredi va se poursuivre, le discours d’unité, même imparfaite, va fonctionner, prendre corps, porté par le soulagement de beaucoup de français épuisés, et les titres de la presse française et internationale, elle aussi rassurée.

Sa capacité à redéfinir l’échiquier politique sera donc renforcée. La Gauche a déjà explosé. Distribuée entre les Insoumis et En Marche. Le PS n’est plus assez fort pour espérer une part significative de l’Assemblée (5–8% des sièges selon le même sondage), le Front de Gauche qui pourrait réussir à placer des candidats au deuxième tour s’il reste uni, ne semble pas pouvoir peser (1% des sièges).

La question pour Emmanuel Macron se trouve donc à droite. Elle est double. Quelle est la force du Front National ? Est-il capable d’obtenir un groupe parlementaire conséquent ? Ca ne semble pas être le cas, le FN, tout comme le Front de Gauche d’ailleurs, se heurterait au fameux “plafond de verre” et obtiendrait entre 3% et 5% des sièges. D’autre part, Les Républicains sont-ils soudés ? Le défi pour Emmanuel Macron est là. Sera-t-il capable de scinder la droite républicaine, comme il l’a fait avec le PS, et de la répartir, en gros, entre une droite identitaire, portée par Eric Ciotti et compagnie, proche du FN, et un centre droit progressiste qui le rejoindrait.

A coup sûr, certains chez les Républicains, Nicolas Sarkozy en tête, voudront préserver l’unité, pour jouer la carte d’une alliance parlementaire avec En Marche qui permettrait aux Républicains d’avoir un poids déterminant dans la conduite des affaire du pays. Pourront-ils résister ? Je n’en suis pas certain.

Outre l’inertie de l’élection, Emmanuel Macron aura deux occasions d’asseoir sa volonté d’unité avant les élections législatives (1er tour le 11 juin, 2e tour le 18 juin) : la nomination du premier gouvernement suite à son investiture (proclamation le jeudi 11 mai, cérémonie le dimanche 14 mai) et l’officialisation des candidats aux législatives (les candidatures doivent être déposées avant le 19 mai). Ce sera l’occasion d’envoyer un signal fort à la droite. Elle pourra difficilement refuser. Comment dire non à une main tendue sans s’abîmer ? L’entrée de certaines personnalités de centre droit au gouvernement, je pense par exemple à NKM ou Bruno Lemaire, surtout au poste de premier ministre, pourrait amorcer une fracture fatale à droite.

Si l’on se tourne vers le passé, on constate que le concept de “majorité présidentielle” a presque toujours joué (1982 — dissolution de Mitterrand, 2002, 2007, 2012). Seul en 1988, suite à une nouvelle dissolution de Mitterrand, le groupe “majorité présidentielle” n’a-t-il pas représenté une majorité (il possède alors 48% des députés). Et même si un scénario similaire à celui de 1988 est tout à fait possible, il me semble plus probable que l’on reste dans la norme des trois dernières élections, et que l’on assiste à la création d’un grand rassemblement centriste et progressiste, pris en sandwich entre deux partis populistes, avec les restes des deux partis historiques aux frontières, pour faire tampon.