« Je dis simplement aux français […], vous voulez voter Jean-Luc Mélenchon ? Votez Jean-Luc Mélenchon mais ce qui est sûr c’est que ce sera un second tour entre la droite, ce que vous ne voulez pas et l’extrême droite, ce que nous ne voulons pas »

Cette phrase est de Stéphane Le Fol, porte-parole du gouvernement face à Jean-Jacques Bourdin ce mercredi 21 septembre 2016. Il donne par ces mots la stratégie du candidat Hollande pour tenter un retour à l’Elysée pour cinq ans de plus. Notre cher président se positionne ainsi en seul rempart possible à un 21 avril 2002 bis.

La majorité socialiste légitimiste espère ainsi rassembler les électeurs de gauche non sur un bilan, non sur un projet, mais bien sur une peur. Ils s’adressent au cerveau reptilien des déçus du hollandisme souhaitant provoquer chez eux un réflexe de survie au moment de glisser un bulletin rouge, vert, blanc ou rose foncé dans l’urne.

La démocratie française en est là. Nos responsables politiques veulent nous conduire à privilégier la stratégie à la conviction. Certains électeurs de gauche pourraient même payer les 4€ d’entrée à la primaire de la droite pour faire barrage à Nicolas Sarkozy. (Stratégie scabreuse par ailleurs car une victoire de Sarkozy à la primaire de droite est certainement la meilleure chance pour la gauche d’être au second tour…)

Ce blocage de la démocratie n’est pourtant pas une fatalité. Le scrutin majoritaire à 2 tours n’est pas la seule option possible. De nombreux systèmes de vote sont proposés par des chercheurs et des citoyens (ou les deux !) et visent à mieux représenter l’opinion des électeurs.

Ainsi le jugement majoritaire, appliqué à notre élection présidentielle capitale dans les institutions de la Ve République, supprimerait de fait tout réflexe de vote utile. Son concept est simple : au lieu de choisir un candidat en excluant de fait les autres, chaque électeur s’exprime sur chacun en lui attribuant une mention (Excellent, Très Bien, Bien, Assez Bien, Passable, Insuffisant, A rejeter). Le vainqueur est ensuite déterminé en calculant la mention majoritaire (mention minimum donnée par au moins 50% des suffrages exprimés).

Avec ce système de vote, les électeurs du « Moi Président, ennemi de la finance » de 2012 pourraient très facilement exprimer leur préférence pour un autre candidat de la gauche tout en excluant la droite et l’extrême droite. Le fantôme du Front National disparaîtrait alors plus vite qu’avec un aspirateur des Ghostbusters.

Pour expérimenter ce mode de scrutin sur la primaire de droite, suivez le guide, cela prend 2 minutes. https://kvincarriere.typeform.com/to/s0knUT