Etre “chomeur” : un gros mot qui fait des dégâts !
“Être chômeur” est un gros mot ! Et ce, pour des tas de raisons. Tout d’abord parce qu’on “l’est”. On ne le devient pas, comme on peut réver dêtre médecin ou astronaute. Il n’est jamais conjugué à l’avenir, on est toujours chomeur au présent. C’est un état de fait qui remplace même notre métier, notre savoir faire et pire notre savoir être.
On pourrait être “Bibliothécaire au chômage”, “banquier au chômage”, ou “cuisinier au chômage”… Non, on est simplement “chomeur” !
Cette identité, rarement choisie et souvent moins passagère qu’imaginé, est une réelle étiquette, une marque au fer rouge qui ferait se sentir mal la plus belle vache du plus beau cheptel.
De plus, être chômeur, c’est ne plus être une personne, c’est être un taux. Un taux que l’on est content de voir baisser mais qui ne signifie pas grand chose quand on ne fait pas partie des chanceux qui ont fait peser la balance dans le bon sens.
Si nous faisons un tour du côté de l’étymologie on s’aperçoit que le mot chômage vient du grec ancien « καυμα » (kauma), signifiant :
« se reposer pendant la chaleur »
Alors qu’il est bien évident que chômer peut représenter une période de repos, il l’est beaucoup moins d’imaginer que cette chaleur sera évitée. Tu seras échaudé par les refus et les non réponses, bouillonnant face au stress, “cramé” chez tes interlocuteurs financiers et tu finiras par avoir réellement “chaud au cul” si la fin de tes droits pointe son nez.
Le repos ne dure qu’un temps, et à moins d’être un spécialiste du farniente ou d’avoir érigé au rang de fierté le fait d’entuber l’Etat, ce sentiment de repos est très rapidement remplacé par d’autres sentiments bien moins positifs et encore moins glorieux.
Sous couvert de pointe d’humour, j’écris encore ces quelques mots pour sensibiliser au “fléau psychologique” que représente une inactivité non choisie, et/ou trop longue.
Pour avoir lu quelques articles à ce sujet et être dans cette situation, je me permets d’emettre ma contribution, mon avis, et donc mon témoignage.
Partons du principe que ce que je vais énoncer est certes, peut être une théorie simpliste mais profondément ressentie et surtout qu’on parle ici d’une majorité supposée de personne, et non pas de toutes.
Je pense sincèrement qu’il est rare qu’une personne choisisse de manière parfaitement heureuse d’être en inactivité et donc de devenir ce monstre social qu’est le “Chomeur” (Je m’imagine le prononcer avec les mains gesticulant au dessus de la tête avec une voix rauque de “gremlins” qui fait peur aux enfants).
Si ce n’est pas un choix stratégique pour “se protéger de la chaleur”, ça ne peut être qu’un problème d’inadaptation.
Soit à la situation financière de son entreprise, faisant subir un licenciement.
Soit à un inconfort grandissant dans son ancienne fonction poussant au départ.
Soit à un rêve (professionnel) qui n’est pas le notre, et que nous cherchons encore.
On est donc pas bien dans son boulot, ou on ne fait pas bien son boulot, ou on ne nous laisse plus faire son boulot.
Et c’est là qu’on entre dans un autre monde.
Celui du pole emploi, celui des sites de recherches qui sont autant que les sites de rencontres (Indeed, Monster, KelJob, APEC, CadreEmploi, RégionJob…et je ne parle même pas des sites d’intérim), faudrait t’il croire qu’il y a autant de chomeur en quête de travail que de célibataires en mal d’amour ? N’y aurait il pas quelque chose à creuser dans une possible corrélation…
Je n’ai pas regardé mais suis certain qu’il doit aussi exister (comme dans les sites de rencontres) des segmentations bizaroïdes nous donnant droit à des MektoubJob, EliteJob, ou que sais-je, par penchant religieux, âge, ou exigences salariales.
On ne va plus au travail mais passée la période ou l’on est content de glander, on a l’impression d’y être tout le temps. Car il n’y a pas d’heure pour se sentir coupable de ne pas en avoir.
Il y a des situations qu’on ne peut plus vivre, qu’on ne veut plus vivre. Se sentir con de répondre toujours la même chose à : “Alors ? Ca avance ?” “T’as trouvé?” “T’en es ou ?” Ou mieux ! Même les encouragements font mal, voire deviennent insupportables : “Roooo je comprends pas! Quelqu’un avec tes compétences … qui ne trouvent pas ?” Ce qui vous renvoie donc qu’en plus d’être chomeur, vous êtes plus con que les autres tout en étant plus avantagé.
Etre inactif professionnellement, c’est ne plus avoir d’heure, de lever, de coucher, manquer de relations sociales, de challenge intellectuel, devoir réduire ses activités, son train de vie sans nul besoin que celui ci n’ait été celui d’un “BabaCadre”. C’est se dévaloriser petit à petit, perdre confiance en soi et presque devenir parano.
“Si je n’ai pas de travail, c’est que je ne suis pas bon. Si je ne trouve pas dans ma branche c’est que j’étais nul. Si je ne trouve pas dans les autres branches, c’est que je suis un bon à rien”.
Comment pouvoir regarder les autres en face quand petit à petit, ces pensées s’immiscent en vous, quand elles infusent plus lentement qu’un sachet de thé dans un vieux fond de tasse … Mais plus certainement aussi.
Que l’on me prouve le contraire, il existe une loi proportionnelle inéluctable reliant le temps de chomage et la dégradation de son image dans les yeux des autres (et des siens).
On peut passer en quelques mois, d’un leader à un malchanceux, d’un malchanceux à un paresseux, d’un paresseux à un glandeur, d’un glandeur à une cause perdue, d’une cause perdue à quelqu’un d’infréquentable.
Est-ce naturel de réagir ainsi ?
Alors que c’est comme tout les cercles vicieux. Un comportement qu’on a du mal à apréhender, que l’on ne maitrise pas totalement. Un long et lent glissement qu’il faut endiguer. Et pour lequel, on a besoin des autres.
On a perdu son gagne pain, on a perdu une grande partie de ce par quoi la société nous définit, on a perdu parfois une raison de se lever le matin, on perds forcément à minima un peu d’estime de soi, on n’a pas besoin de perdre en plus ses amis, ou sa famille.
Etre chomeur de longue durée conduit indubitablement à une certaine forme de dépression, plus ou moins grave. Le chômage est donc une maladie, ou tout du moins un symptôme, ou une cause. Comme dormir en plein courant d’air doit te mener à éternuer le matin.
Pourtant, malgré cette connaissance la, malgré le fait que j’ai l’impression d’écrire des banalités, la manière de traiter le problème n’est toujours pas la bonne et il faut être sacrément fort pour se sortir de quelque chose qui n’est pourtant pas équivalent à une famine, une guerre ou une épidémie.
Voila pourquoi j’ai souvent du mal à voir un pays avec un taux de chomage supérieur à 10% comme un grand pays, une grande puissance mondiale.
Non pas comme je l’ai dit plus tôt, sur le taux en lui même. Car voir le taux baisser n’attenuera pas la honte d’y être encore. Mais quant à la manière de traiter le problème.
Ici, je ne parle plus du chomage dans une logique de retour à l’emploi mais de la gestion de la “période chomage”. Mon but serait de pouvoir annihiler les maux psychologiques profonds que la période en elle même fait subir. Faire en sorte que cette période ne soit pas une non existence, ou un mauvais souvenir quand on retrouve un emploi.
Retrouver un emploi, on y arrive. C’est une question de temps, plus ou moins long mais on trouvera, même un job alimentaire que d’autres auront laché, comme un sinistre roulement de mauvaises passes.
Mais pourquoi accepter à l’échelle d’un Etat, de subir cette période. Pourquoi ne pas l’optimiser. Ce glissement socio-économique est le départ de bien des maux, certes psychologiques qui ont des répercussions sur tout mais si cela l’Etat s’en fiche ou n’y peut pas grand chose, quid du reste?
La non création de richesse, le manque de consommation, la possible augmentation du besoin de soin, la réflexion sur l’incapacité du marché à absorber ses ressortissants, l’inadéquation des diplomes et des besoins… etc…
On sait que ce qui fait mal est la rupture du lien social, le manque d’activité intellectuelle, le manque de repères, la perte de confiance en soi.
On nous rabache les oreilles avec la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences, avec la formation tout au long de la vie, avec le Compte Personnel de Formation, avec des réformes qui s’empilent mais jamais on ouvre le choix de plus ?
S’il est impossible de faire progresser le système éducatif à la vitesse de l’évolution du marché de l’emploi et des compétences, pourquoi ne pas le dire une bonne fois pour toute ? Apprenons un socle de culture générale, lire, compter, parler (Plusieurs langues !!!), histoire et éducation civique et morale par exemple, puis laissons le marché s’auto-réguler seul, mais en l’encadrant.
On empile les réformes de l’éducation et celles de la formation professionnelle or le but ultime est bien de s’insérer dans la société ? Quel est le premier facteur qui fait dire qu’on ne l’est pas ? Le Chômage !
Devant ce constat d’échec, flexibilisons les possibilités !
Pourquoi ne pas autoriser les demandeurs en recherche d’emploi, sur la base du volontariat à travailler dans des entreprises tout en étant payé par Pole Emploi, donc par l’Etat, donc par les impôts, notamment payés par les salariés et les entreprises. N’y a t-il pas moyen de voir ici un cercle vertueux possible?
Si l’on a peur du salariat déguisé, faisons abonder pour partie et d’une manière peu importante l’entreprise. Incitative, faisons baisser l’impot du travailleur particulier volontaire, puisqu’il créera de la richesse.
Laissons par exemple apprendre un autre métier à quelqu’un durant sa période de chômage. Par mimétisme, par binôme, (les contrats de générations avaient empruntés quelques objectifs à cette théorie), par transferts concrets de compétences et non par visio, par VAE… pas par une formation théorique dans un bureau, qui sera dépassée à l’obtention du diplôme (j’exagère à peine).
Que tout métier ne soit pas concerné, ok, mais ne me dites pas qu’il n’y en a pas la majorité qui pourraient rentrer dans le processus.
Les entreprises accueillent bien des stagiaires ? D’une semaine en 3e à 2 mois non rémunérés pour les étudiants ? On peut légitimement penser qu’une personne ayant déjà travaillé soit au moins aussi compétente et curieuse, voire pleine d’envie qu’un jeune étudiant.
Pourquoi faudrait il traiter différemment le jeune, et le moins jeune, l’étudiant du salarié. Je rappelle encore qu’on parle ici de volontariat.
Vous brisez le cercle vicieux, vous vous formez, vous apprenez, vous restez au contact des réalités, vous êtes ouvert aux opportunités directement, vous n’etes pas moins payé, vous continuez à participer à la “solidarité nationale” et surtout vous bénéficiez à nouveau d’un sentiment qui en fait découler bien d’autres positifs, le sentiment du devoir accompli voire du travail bien fait. Sans parler du plaisir de se coucher moins con que la veille.
Bien évidemment, tout cela doit être encadré pour éviter les dérives humaines. Mais ce n’est pas si complexe. A partir de 3 périodes “timées”, on doit forcément embaucher un CDI puisqu’il y a donc identification d’un besoin concret. Et pourquoi pas obligatoirement un des 3 qui sont passés par l’entreprise?!
On peut avoir une logique incitative quadripartite entre le demandeur, l’entreprise, l’Etat, et les universités et autres centres de formations. Personne n’y perdrait!
Or aujourd’hui, la collaboration n’existe pas. Si les 4 roues de nos voitures n’allaient pas dans le même sens, nous crierions au scandale. Mais dans le milieu éducativo-professionnel, ce n’est apparemment pas si grave…
Le but n’est pas de se satisfaire de l’existant car à ce compte là, on peut rappeler que même une horloge cassée donne la bonne heure 2 fois par jour. Que l’on nous dise alors que 10% de chomage est un chiffre acceptable comme 10% de morts civils lors d’un bombardement sur une zone de terroristes armés. Qui fixe le curseur de l’acceptable ? de la morale ? Qui décide de par quel bout on prend les choses? Ne suffirait-il pas d’un habile politicien pour illusionner tout le monde en disant simplement qu’en fait il y a 90% d’actifs en emploi dans son pays!
C’est si simple de faire passer les pilules.
Quel homme ne serait pas satisfait de séduire 9 femmes sur 10 ? Que son équipe favorite ait 90% de victoire? Quelle femme n’aimerait pas avoir 90% de remise durant les soldes ? Quel personnage politique ne réverait pas d’être élu avec 90% des voix…? Oui je suis cliché !
Dans ces circonstances, qui se préoccuperait des 10% qui reste ?
N’a-t-on pas tendance à agir de la sorte même sur la problématique de l’emploi, ou plus largement sur la dynamique sociale. N’est on pas sans le savoir, en train de se mentir sur la non acceptation de dommages qui ne sont finalement que collatéraux ? Un bon comptable mettrait ça sans sourciller dans la case “perte et profit”.
Je parlais de manque de collaboration et je doute parfois du fait que ça ne vienne pas simplement de la nature humaine mais donc, qui assume ce constat d’échec ? N’est il pas naturel de se renvoyer la balle ?
La formation professionnelle dit qu’il faut revoir le socle éducatif de l’école, l’entreprise ne trouve pas de personnel adapté et bien formé, le système éducatif et de la formation trouve les entreprises trop exigeantes cherchant les moutons à 5 pattes, l’Etat pense que les entreprises s’engraissent et surtout celles oeuvrant dans la formation professionnelle mais y’a t’il besoin de le former si l’école gratuite s’en charge ? Donc la faute à qui ?
Je me réptète. Faut il se renvoyer la balle ? Non ! Incapable de collaborer et naturellement attiré vers son profit individuel et personnel, tout le monde se regarde le nombril. A nouveau, est-ce normal ? Non !
Donc une autre idée. Pourquoi ne pas obliger, prévoir, soumettre, encourager fortement ces 4 acteurs, piliers, à collaborer tout au long de leurs existences.
Pourquoi toute entreprise, ne serait pas partenaire d’une université de son choix, d’un centre de formation de son choix afin de pouvoir être ouverte à divers degrés de compétences. Poussons l’éducation gratuite (mais financées par l’impot) jusqu’à la formation non pas théorique mais intégratrice jusqu’au CDI, puis via un compte abondé par les impots personnels du salarié, et un aménagement du temps de travail, pensons la montée en compétences et l’adaptation à un monde qui évolue quelques semaines par an.
C’est communiste ? Peut être mais l’impot des entreprises et des particuliers sera néanmoins prélevé. Ne sommes nous pas gagnant si l’assiette est plus large ? Ce qui est pris à certains est reversé à d’autres, c’est le principe de la solidarité. Mais aujourd'hui, l’argent reversé aux personnes hors système ne serait il pas plus utile de manière pro-active qu’en pansement sur une jambe de bois vermoulue.
Une personne sans activité coute à la communauté, elle ne produit pas mais a toujours besoin de vivre, de consommer, de se loger, de se soigner, et même (scandale), de se divertir! Alors au lieu de lui cracher dessus, trouvons lui un job ! Intégrons ou réintégrons le.
J’en fini toujours sur un manque de collaboration et sur le vice humain entretenu par un Etat, une société, un monde.
Pourquoi existe t-il un syndicalisme patronal, un syndicalisme salarial, mais pas un syndicat de chomeurs ?
Qui représente ces personnes ? L’Etat ? ou eux même chacun dans leur coin…Chaque personne en recherche d’emploi s’isole, et qui plus est voit tous les jours que sur une même offre, elle est en “combat” avec 25, 30, 50 autres.
Qui fait évoluer son statut ? Pole Emploi ?
Qui est encore le parent pauvre et pourtant le plus en difficulté ? Comment cesser de me faire croire qu’on ne fait pas tout pour ne pas entretenir cette situation ?
Un syndicat patronal protège et défend les intérêts, la parole des chefs d’entreprises qui au passage sont ne l’oublions pas des employeurs. Comme on ne peut plus trop compter sur l’Etat et les fonctionnaires, il va bien falloir comprendre un jour qu’on ne peut mordre sans cesse la possible main qui nous nourrit.
Un syndicat salarié protège, défend les intérêts, des salariés. Jusque là ok, pas besoin de sortir d’HEC. Mais quel est l’intérêt premier d’un salarié ?
Conserver son emploi, voir son salaire augmenter et ses avantages (Mutuelle, tickets-resto, CE…) mais certainement pas de défendre l’emploi en général ! L’emploi des autres.
Les syndicats salariés et patronaux s’affronte entre eux mais sont indirectement, et involontairement liés, ligués contre la dernière roue du carrosse, le parent-pauvre qui est toujours le “sans-emploi”, l’inclassable dans cette lutte, le “rien du tout”.
“S’il faut augmenter mon salarié, je ne peux pas embaucher”
“Si vous me passez à temps partiel, je ne peux plus y arriver”
C’était pas le but des 35h à la base tout ça ?
Or, que se passe t-il ? On embauche pas plus, et pire, on demande à faire des heures supplémentaires (qu’on s’emmerde après à défiscaliser, refiscaliser, puis redéfiscaliser) car on ne gagne pas assez.
Voila un cri du coeur et pêle-mêle quelques idées qu’un “citoyen lambda” peut émettre.
Essayons à nouveau et comme souvent d’avoir une vision globale des problématiques pour s’apercevoir que tous les ingrédients sont sous notre nez. Qu’il suffirait de pousser à la collaboration d’avantage si nous en avons perdu l’habitude. Car s’il doit être impossible de réduire à néant inégalités, chômage et injustice, tournons nous au moins vers la recherche concrète et partagée du mieux général qui doit servir à tout le monde. Sinon jetons quelques un des fruits et légumes périmés et changeons de cuisinier.
