Le Coran, Tariq Ramadan et moi

Voilà quelques mois déjà je me suis lancé dans la lecture du Coran.

Eric Zemmour se faisait allumer sur ses positions anti-Coran, il fallait brûler Michel Onfray et toute la caste médiatique répétait en coeur que, si, le Coran c’est bien, que la religion musulmane est une religion de paix et de tolérance.

Oui mais voilà, deux éléments s’opposent. Il y a 1.5 millards de musulmans sur Terre, qui vivent relativement en paix, il ne doit donc pas y avoir que des intégristes. Je ne pense pas non plus qu’une religion puisse avoir un tel essor sans apporter une certaine paix et tolérance aux gens qui la pratiquent. Ensuite, Eric Zemmour et Michel Onfray sont loins d’être des idiots, donc il y a peut être une part de vrai. Qu’en ai t-il ? Qui dit vrai ? Comme j’en ai marre qu’on me dise quoi penser, j’ai décidé de lire le Coran et enfin pouvoir me faire ma propre idée de la chose.

Tout d’abord il faut savoir que le Coran est considéré par les musulmans comme la parole de Dieu, verbatim, transmise à Mahomet par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. C’est aussi le message ultime de Dieu aux hommes. Après ça, il n’y a plus de prophète. Au départ, les versets étaient retranscris par voix orale et ceci pendant plusieurs années avant qu’un calife, Othmân ibn Affân, décide de compiler les versets et de distribuer des copies aux quatre coins du territoire musulman. Ce sont les premiers exemplaires du Coran, rester inchangé depuis. Le livre est divisé en 114 sourates, contenant chacune plusieurs versets. Ce qui porte parfois à confusion ce sont l’ordre dans lequel sont agencés les versets et les sourates. Ils sont regroupés par thèmes et parfois par la longueur des sourates. Ce qui donne une lecture parfois confuse. Surtout que certains versets en abrogent d’autres, tout dépend de l’ordre chronologique de leur révélation.


Mes premières impressions ne sont pas bonnes. Ce sont des impressions générales, qui portent sur l’ensemble du livre, un tout. Dès le début, le ton est donné, certains versets sur les non-croyants sont assez éloquents, par exemple:

Sourate 2: La Vache (Al-Baqara)
5–10. Ceux-là qui suivent la voie tracée par le Seigneur ; ils sont ceux qui réussissent. Mais les incrédules, qu’ils soient avertis ou non, ils ne croiront pas. Allah a placé un voile sur leurs coeurs, leurs oreilles et leurs yeux. Un châtiment terrible les attend. Il y a parmi les gens ceux qui prétendent croire en Dieu et au Jour dernier, alors qu’ils sont des incrédules. Ils essaient de tromper Allah, et les autres croyants, alors qu’au fond ils n’abusent qu’eux-mêmes sans en être conscients. Une maladie ronge leur coeur, Allah a renforcé cette maladie. Un châtiment cruel sera la sanction de ce dont ils ont douté.

Ou encore, plus loin dans le livre:

Sourate 39: Les Groupes (Az-Zûmar)
71: Les incroyants seront poussés par groupes entiers vers la géhenne. Dès qu’ils y arriveront, les portes s’ouvriront et ils entendront : N’avez-vous pas reçu des messagers issus de vous-mêmes vous récitant les versets de votre Seigneur et vous mettant en garde contre le jour de votre rassemblement ici ? Oui en effet, diront-ils. C’est ainsi que se réalise la promesse de tourment qui attend les incrédules.

Ici les messagers sont les prophètes (Abraham, Moïse, Jésus, Mahomet, entre autres) et la géhenne fait référence à l’enfer. Les incrédules désignent les non musulmans (48:13 Que celui qui ne croit pas en Allah ou en Son prophète sache qu’un brasier ardent a été préparé aux incrédules). Alors certes on n’appelle pas au meurtre des non-croyants mais on se fait une idée de la considération à tenir à leur égard. Compagnons du feu (2:257), partisans de Satan (4:76), leur dernière demeure est la géhenne (9:73), châtiment cruel (22:25), voici les mots utilisés tout au long du livre pour désigner les non-croyants ou non-musulmans, parfois la distinction n’est pas claire.

Ces versets sont en totale contradiction avec la Sourate 109.

Sourate 109: Les incroyants (Al-Kafirûn)
1–6. Dis : Ô vous les incroyants ! Je n’adore pas ce que vous adorez. Vous n’adorez pas Celui que j’adore. Je n’adorerai pas ce que vous avez adoré. Et vous n’êtes pas en mesure d’adorer ce que j’adore. Vous avez votre religion, j’ai la mienne.

Alors pourquoi cette mauvaise impression ? Tout simplement parce que la majorité des versets du livre sont plus de l’ordre de la Sourate 2 que de la Sourate 109. À partir de plusieurs heures de lecture, ça commence à vous peser. Mais des versets qui prônent autre chose que de mépriser les non-croyants il y en a aussi, sur des sujets d’ordre divers. Un thème qui revient aussi très souvent et qui ne peut pas porter à confusion est celui de l’argent, des pauvres et de leur traitement. Beaucoup de versets portent sur ce thème, par exemple:

Sourate 17: Le Voyage Nocturne (Al-Isra)
26–27. Donne au plus proche son droit, ainsi qu’aux pauvres, aux voyageurs. Mais ne gaspille pas. Ceux qui gaspillent sont les frères de Satan. Satan était ingrat à l’égard de son Dieu.

Ou encore:

Sourate 30: Les Romains (Ar-Rûm)
38. Donnez son dû au proche, au pauvre et au voyageur, c’est un bien pour ceux qui recherchent la Face d’Allah. Tels sont les bienheureux.

Ce sont les quelques “bonnes choses” que j’ai pu relever. Après avoir fini la lecture du Coran, je reste finalement sur ma faim. Je n’ai toujours pas compris la phrase de Malek Chebel (le traducteur de ma version du Coran) en quatrième de couverture: “Le Coran, prodige de sens multiples et d’images, se révèle ainsi dans sa grandeur et dans sa beauté.” Les sens multiples je vois bien, la beauté je n’ai pas trouvé.


Dans ma recherche, j’ai découvert le livre de Tariq Ramadan Le Génie de l’Islam. Autant dire que le titre m’a plutôt surpris au vu de mes impressions après la lecture du Coran. Le livre explique très bien et simplement l’histoire de l’Islam tel qu’il s’est développé au 7ème siècle. Le but du livre est de montrer ce qu’est vraiment l’Islam, au delà des clivages, d’un point de vue historique et spirituel.

Tout au long du livre Tariq Ramadan nous explique en fait comment aborder et réfléchir le Message (celui que Dieu à transmis au Prophète). Ce n’est pas simple, comme vous l’aurez compris le Coran est loin d’être clair. Pour comprendre le Message il faut voir plus loin. Car il n’y a pas que le Coran qui compose la littérature islamique, il y a aussi les Hadîths (des retranscriptions de paroles ou actions attribuées au Prophète) et la Sunnah (les enseignements du Prophète). Sur cette base, tout le monde ne s’entend pas, certains ne reconnaissent pas l’authenticité des Hadîths, d’autres de la Sunnah, et la dessus tout le monde ne s’entends pas sur l’interprétation du Coran. Il y a des courants réformistes, progressistes, littéralistes.

Tariq Ramadan, lui, propose une approche plus philosophique de l’Islam et se base sur le travail de savant musulmans chargé de vérifier l’authenticité de tel ou tel hadîths, ou encore de comparer la vie du Prophète et ses actions avec des versets du Coran de tel sorte qu’on puisse en mesurer la véracité. Puisque le Coran est de tradition orale, il est possible que des versets aient été mal rapporté au fil des années. Comment donc penser l’Islam, sa foi tout en se basant sur la littérature et l’histoire de l’Islam ? Au delà des explications pour les non initiés à l’Islam, c’est ce qu’a voulu montrer, je pense, Tariq Ramadan dans cet ouvrage.


Cependant, je note deux problèmes à une lecture philosophique du Coran.

Premièrement, bien que pour les musulmans il existe un ensemble de texte qui permettrait de comprendre le Message, le Coran reste tout de même un aspect essentiel de l’Islam, si ce n’est le plus essentiel puisque certaines branches ne se basent que sur celui-ci et rejette l’authenticité des autres textes. Le Coran c’est la parole de Dieu. Parole dont personne ne peut douter (2:2 Voici le Livre sur lequel aucun doute n’est permis, guide pour ceux qui craignent Dieu.). Remettre en question la légitimité de certains versets me parait donc un peu contradictoire. Remet-on en question la parole de Dieu, Mahomet ou les rapporteurs des versets ? Bien sûr me direz vous: les rapporteurs des versets. Mais peut on être certains que tous les versets rapportés sont authentiques ? Si l’on permet de douter de un est il permit de douter des autres ? Dans ce cas là on peut picorer un peu partout et prendre ce qui nous plaît tout en justifiant que le reste n’est pas authentique.

Deuxièmement le Coran est un livre écrit, en tout cas révélé (puisque le Coran a été révélé oralement avant d’être mis par écrit), dans un contexte historique et culturel bien précis. D’un point de vue historique, il va de soi que ce contexte est a prendre en compte dans l’interprétation des versets. Les moeurs de l’époque et de l’endroit était surement très différents d’aujourd’hui. Oui mais voilà, dans le Coran, il n’est fait aucune mention d’ordre chronologique, n’y même d’ordre culturel auquel on pourrait se référencer et donc en comprendre le contexte. On pourrait par example comprendre le contexte guerrier, et les difficultés auxquelles fait face Mahomet pour comprendre les versets Mecquois, si ce contexte était mentionné en tant que partie intégrante du livre. Ce n’est pas le cas. Le Coran est donc un livre intemporel, d’un point de vue spirituel sa libre interprétation en s’adaptant à sa propre époque me semble plus compliqué.


Peut être son sens m’échappe, peut être que l’on perd le sens plus profond dans la traduction. Peut être devrait je le relire ou peut être que le Coran est finalement exactement tel que je l’ai perçu à la première lecture. Ce qui est sûr c’est que sa lecture m’a amené plus de questions qu’elle ne m’a apporté de réponse.

Source

[1] Le Coran. Traduction de Malek Chebel http://www.livredepoche.com/le-coran-anonymes-malek-chebel-9782253089179

[2] Le génie de l’Islam. Tariq Ramadan. http://www.archipoche.com/livre/le-genie-de-lislam/

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