L’internet, c’est désormais Facebook

Lorsque vous bloquez les réseaux sociaux, vous bloquez internet, et vous mettez beaucoup de business au chômage.

Vous vous demandez sûrement : vivre dans un pays où l’internet est bloqué, qu’est-ce que c’est ?

Je ne suis pas devin, mais j’ai vu venir une situation qui est devenue réalité. Sur Twitter, en prélude au débat d’Africa 24 durant lequel le président candidat répondait aux journalistes, j’ai écrit ceci (en questionnant l’invité) :

On est en train de vivre le pire, plus que ce que les congolais ont subi lorsque, durant les élections du 20 mars 2016. Mais c’est déjà énorme ce qu’on a fait subir aux Gabonais, juste pour qu’une victoire ou une défaite soit acceptée.

Une décision radicale

Suite à la proclamation des résultats, et les troubles qui ont suivi, sans même notifier aux populations, le Gabon a constaté avec regret l’interruption des liaisons internet. Durant 5 jours, impossible d’accéder à internet. Le pays n’était pas que mort du point de vue dynamisme. Il l’est aussi sur le plan numérique. Les autorités ont décidé de bloquer les communications. Et du coup, le peu de services informatisés dont nous nous sentons africainement fiers sont coupés : réabonnement CANAL+, payement de facture d’eau et d’électricité, crédit de communication, … L’internet nous impose une manière de vivre, jusqu’au point où son absence n’est plus à tolérer. L’internet est un droit pour les hommes.

Difficile d’accéder aux contenus désirés

Le lundi 5 septembre, quand la vie s’efforce de reprendre son cours, j’ai pu me déplacer pour aller au boulot. Et ce matin heureusement, l’internet a aussi fait l’effort de revenir au Gabon. Mai sous une autre forme. On peut accéder à Gmail, Yahoo, Google. Mais pas Facebook, pas Twitter, pas LinkedIn — et pour cette dernière plateforme, je trouve exagéré.

Mais au fond, beaucoup d’autres sites sont accessibles. Une accessibilité qui n’est pas toujours utile. Tous les sites web (presque, sur lesquels nous avons un compte utilisateur) aujourd’hui autorisent l’authentification à l’aide d’API des réseaux sociaux. Ce qui veut dire que vous ne définissez plus des nouvelles informations d’authentification (email ou nom d’utilisateur, mot de passe, …), mais utilisez implicitement ceux de vos réseaux sociaux. Et quand ces derniers sont bloqués, impossible d’accéder à vos comptes sur ces différents sites. L’internet sans les réseaux sociaux, aujourd’hui, ce n’est plus internet.

J’ai accédé à Lynda, la plateforme de formation en ligne de LinkedIn.

Plus d’une heure d’attente sans que le chargement de la page soit effectif. Facebook est bloqué.

Durant près d’une heure de temps, ma page n’a pas fini de se charger. Pour une simple raison : lorsque certains pensent que Facebook est limité à cette interface web ou mobile affichant le fil d’actualité, c’est bien faux. C’est plus que ça. C’est une plateforme, fournissant des ressources à partir de son API (frameworks par exemple ReactJS, technologies telle OpenGraph, scripts tel fbvents.js,…) utilisées par beaucoup d’applications tiers. Il en est de même pour de nombreux autres réseaux sociaux qui sont technologiquement développés : Twitter — avec Bootstrap — , Yelp, LinkedIn, … La restriction d’accès à ces plateformes entraine aussi l’indisponibilité de ces ressources, souvent indispensables aux contenus recherchés.

Entre atteinte des objectifs et voies de contournement

Nous avons souvent tendance à croire que le mutisme de la vérité rend vrai le mensonge. Une chose est claire, durant la campagne électorale au Gabon, Facebook et Twitter ont secoué ce pays. Les jeunes ont pris d’assaut ces outils pour afficher leurs avis et aspirations. Signe qu’une jeunesse consciente existe dans la nouvelle Afrique. D’un côté comme de l’autre, d’accusations en justifications, de promesses en critiques, les uns et les autres ont tout dit. Et la période post-électorale devrait être très délicate. Des résultats publiés par n’importe qui. Des appels relayés par quiconque veut. Probablement, pour mettre fin à ce dynamisme, les autorités ont jugé bon de couper le Gabon du monde.

Mais lorsque l’internet a été partiellement ré-établi, sur tous les smartphones de ces activistes, il faut un client VPN. Oh, il faut le dire, même si beaucoup ne le connaissions pas avant, encore moins son fonctionnement, nous l’avons utilisé pour accéder aux réseaux sociaux. Les uns bloquent; les autres contournent.


Mais ces voies de contournement sont bien limitées. Elles ne fonctionnement facilement que sur mobile. Ceci dit, la difficulté d’accéder aux contenus souhaités est toujours réelle. L’internet, c’est désormais un droit.

Vivre dans un pays où l’internet (ou l’accès aux réseaux sociaux) est bloqué, c’est comme vivre dans le désert du Sahara où l’eau est une denrée rare.
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