Vous avez dit acceptation des résultats électoraux en Afrique — francophone ?

Ce que je pense.

Je me sentis ému, surpris, écœuré, lorsque le matin du lundi 21 mars 2016, j’entendis à la radio que le candidat Zinsou Lionel de la coalition au pouvoir au Bénin a reconnu sa défaite, a appelé son rival, et l’a félicité. Ouf! Possible ? Que le candidat du pouvoir — qui n’organise pas d’élection pour la perdre — , le candidat du Président sortant, le candidat choisi par la métropole, celui-là puisse perdre ? Que ce dernier, loin de forcer, comme beaucoup le font sur le continent, accepte humblement les résultats de la Commission électorale, avant même leur proclamation ? Un acte qui vient encore saper la bravoure démocratique que ce pays ne cesse de démontrer et de prouver à ses pays-frères francophones, surtout ceux qui leur sont les plus proches comme le Togo. Zéphyrain Diabré du Burkina, Goodluck Jonathan du Nigéria, Soumaila Cisse du Mali, …, ont eux aussi reconnu leur défaite dans un passé très récent.

Aux côtés de ceux-là, on trouve d’autres, beaucoup d’autres, qu’on présente comme les auteurs des troubles politiques grâce à leur refus d’accepter les résultats proclamés par les organismes en charge. Mais au fond, une question me vient à l’esprit :

Doit-on reconnaître sa défaite ou accepter les résultats proclamés par les organismes en charge ?

Je crois que le principal problème y réside.

Il n’y a pas de gagnants naturels, encore moins éternels

Dans nombre des situations de crises électorales en Afrique, il y a des camps — généralement du pouvoir — qui se voient en éternels vainqueurs. Ils sont nés pour gagner. Ils sont faits pour le pouvoir, seulement le pouvoir, rien que le pouvoir. De facto, lorsque les résultats — les vrais — sortis des urnes, — les vraies — ne les arrangent pas, ils tentent de les contourner soit en générant leurs propres résultats, lesquels sont échangés avec les vrais.

N’importe qui peut perdre ou peut gagner les élections, même si on n’est pas n’importe qui.

On peut perdre ce (les élections) qu’on a organisé(es)

On nous a habitué à cette histoire commune aux pays d’Afrique francophones. “On n’organise pas d’élections pour les perdre.” Et à l’issue de chaque élection, on attend seulement des candidats non-du-pouvoir d’accepter tout ce que proclamera la commission électorale. Des chartes à des engagements, on passe par beaucoup de moyens pour obliger au préalable les candidats à tout accepter.


Nous ne voyons toujours que la face visible des processus électoraux en Afrique. Ce n’est nullement une obligation pour les Africains d’opter pour la démocratie. Mais je crois que si, depuis un quart de siècle, ils la maintiennent comme leur régime politique, ils n’ont plus raison de la biaiser. Pour rien au monde. Et si ça marche au Bénin, ça peut marcher au Togo. Ça peut marcher à Brazzaville. À Kinshasa. … Partout.

Les élections ne sont qu’une occasion pour les populations de décider de leur avenir. De décider de l’orientation à donner à leur nation. Je ne crois pas que ce soit un acte de plaisanterie que de solliciter le vote de tout un peuple, sans tenir compte de ce qu’il décide.

Ce qu’il faut demander aux peuples africains, ce n’est pas d’accepter les résultats proclamés. Mais plutôt d’accepter les résultats des urnes. Les résultats de leurs urnes. Car quiconque se retrouve dans les résultats n’hésitera pas à les reconnaître.

Que Dieu bénisse mon Afrique.

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