#JeVoteMacron pour l’Egalité pour toutes et tous…

En 2012, j’ai raconté mon histoire sur la plateforme les Voix du Silence, parce que ça faisait trop longtemps que je me taisais.

J’ai été contactée en 2013 pour en autoriser la publication dans l’ouvrage de Clémentine Autain, Elles se manifestent — Viol, 100 femmes témoignent, aux éditions Don Quichotte. J’ai accepté mais le mien n’y figure pas.

Un mois plus tard, on me contacte pour participer à l’émission “Toute une histoire” animée par Jean-Luc Delarue, j’ai des potes qui bossent pour la boîte de prod, j’ai peur du stigma, je refuse.

Mon témoignage était :

“Ma première fois je ne l’ai pas choisie. J’avais à peine 15 ans et je n’avais jamais été embrassée. C’était le fils d’amis de mes parents de 2 ans mon aîné qui m’a isolée à une soirée et m’a mis au défi de boire “Lâche toi un peu, ce que tu peux être sérieuse! T’es pas drôle. Ah ouais? T’as jamais fait des cul sec” J’avais jamais bu connard.

C’était relativement non violent (c’est dur de se débattre quand on est quasi inconsciente) pratiquement une expérience hors de mon corps. La réalité m’a vite rattrapée. Quand j’ai essayé d’en parler quelques jours plus tard, de “il a abusé de la situation”, mots avec lesquels j’étais à l’aise d’exprimer le traumatisme subi, la vox populi du lycée a déformé ça en “elle crie au viol”. Étant incapable d’assumer ces termes (pour moi un viol c’était dans une ruelle sombre par un désaxé) je les ai niés pour ne pas gêner les autres et qu’on arrête de me regarder comme “la mythomane nymphomane qui n’assume pas de s’être fait jetée le lendemain”. “Tu sais quand on dit pas non, c’est oui à notre âge” Ah ouais? Et quand on a perdu l’usage de la parole connasse?

Pour calmer l’emballement médiatique de notre microcosme, il m’a appelée pour qu’on s’excuse mutuellement. Il s’est donc excusé (pas de m’avoir violée, mais de m’avoir “traitée ainsi”), j’ai dû m’excuser aussi d’avoir terni sa réputation et d’avoir osé en parler. Je sombre dans une dépression déguisée en crise de l’adolescence tardive. De toute façon, le viol dans nos milieux n’existe pas, tout comme le divorce, l’adultère et les violences conjugales.

8 ans plus tard je suis hospitalisée, j’ai tellement masqué ma dépression que mes fonctions neurologiques sont gravement atteintes. 2 ans et demi de thérapie plus loin, je me rend compte que oui, j’ai été violée et que non, ça ne passe pas, cette nuit de 99 c’est le ground zero de ma descente aux enfers. J’étais pas comme ça avant. 2 ans plus tard je l’avoue à mes parents. J’ai donc mis 12 ans à leur dire plutôt que 12 jours.

La prescription s’est éteinte le jour de mes 28 ans, ce récidiviste restera impuni (nous sommes plusieurs à nous être faites voler notre innocence par ce détraqué à mèche blonde et raie sur le côté). J’espère que le karma aura sa peau. A toutes les ados qui traînent ici : si vous avez vécu quelque chose que vous considérez comme anormal, parlez-en. Ne vous laissez pas tuer à petits feux.”

En 2016, j’ai de nouveau été victime d’un prédateur et en 2017, je n’ose toujours pas porter plainte mais je vais y arriver, je le dois à celle que j’étais avant cette nuit de 1999 et à celle que je suis devenue depuis. J’ai essayé quand j’ai perdu mes papiers d’identités en Janvier. J’ai réussi à en parler au gardien de la paix puis j’ai été vomir dehors dans le caniveau.

Plus de 75.000 femmes sont violées chaque année en France. Imaginez les répercussions que cela a sur autant de vies.

#JeVoteMacron pour que le délai de prescription de ces crimes ne soit pas décidé par un parlement masculin à plus de 70% alors que les femmes représentent 53% de l’électorat. Pour l’#Égalité et parce que c’est notre projet.