Les podcasts ont aussi leur nouvelle vague

Des podcasts d’info ? Ok. Mais alors en plus classe, en plus select, en plus hype, en plus cool. Bref, comme au cinéma, les podcasts vivent leur époque Nouvelle vague.

Photo by Matthieu A on Unsplash

“Je ne veux pas de “sujets”, mais des projets avec une écriture singulière, un dispositif élaboré.” explique Silvain Gire, cofondateur et directeur éditorial d’Arte radio.

“Nos principes directeurs sont l’incarnation et la rencontre ”, complètent Joël Ronez et Gabrielle Boeri-Charles de Binge Audio.

Idem chez Nouvelles Ecoutes avec Julien Neuville, présent à la journée Médias En Seine, co-organisée par Les Echos, France Télévisions et Radio France, le 22 novembre dernier. “On ne se rend pas compte de la place que va prendre l’audio dans le futur”, assure le jeune homme de 27 ans.

Tous croient en ce format audio et en sa longévité.

Va-t-on assister, comme il y a quelques années avec le webdocumentaire, au passage d’une étoile filante nommée podcast ? interroge François Bougon dans Le Monde. Non, assurent les intéressés : les smartphones, les enceintes connectées et autres technologies modernes offrent une voie royale au son. Du reste, l’usage est déjà là, assurent-ils, et il se développe.

C’est vrai, le secteur voit émerger de nouveaux acteurs à l’heure des smartphones et des enceintes connectées. Julien Neuville estime même que le marché arrive à quasi-saturation. “C’est pour cela qu’il faut continuer de surprendre, il faut se démarquer.” Il souligne l’importance des talents. Et l’ambition sur la qualité sonore. “On va aussi chercher des techniciens dans l’univers du cinéma”, souligne-t-il.

Au regard du public qui s’agglutinait pour assister aux conférences, ateliers, keynotes… sur ce thème à Médias En Seine, on ne peut que constater l’enthousiasme que suscite ce format, notamment auprès du jeune public. Qui connaît d’ailleurs les voix par leur nom, qui identifie très bien les “talents” qu’évoque Julien Neuville.

L’appétit est là. Reste à proposer des programmes originaux.

“Le foisonnement d’initiatives est tel qu’il faudrait remonter à l’époque des radios libres, au début des années 1980, pour avoir une idée de l’effervescence actuelle”, raconte Serge Abiteboul, chercheur à l’INRIA.

Les émissions ont pour nom « Les Couilles sur la table », « Bouffons », « Le canon sur la tempe »… elles traitent de féminisme, de gastronomie, de la mort ou réinventent la fiction. Ces podcasts dit « natifs », ne sont pas de simples réécoutes d’émissions diffusées sur les antennes, mais des productions à part entière, disponibles à tout moment sur les smartphones et les enceintes connectées. Joël Ronez de Binge Audio évoque carrément un « bouillonnement créatif ».

“Quand on a créé Nouvelles Ecoutes fin 2016, on faisait beaucoup de talks, d’interviews et de conversations. C’est facile et pas cher pour démarrer”, racontait Julien Neuville dans une master class à Médias en Seine. “Depuis l’été 2018, on se focalise sur le documentaire et la fiction”.

Pour lui, la vraie valeur du podcast, c’est la personne qui va l’incarner. La voix. Celle qui va explorer le plus profondément une thématique. “ On n’a pas la prétention de se dire que la marque est plus forte que les personnalités. Les gens veulent quelque chose d’incarné”.

Le marché publicitaire est naissant, les abonnés sont encore à conquérir et les modèles économiques à trouver. Beaucoup de ces « éditeurs de podcasts » ont inclus du brand content (la production de contenus pour des marques), dans leur recherche de rentabilité.

Chez Nouvelles Ecoutes, la publicité rapporte autour de “25% des revenus”, confiait Julien Neuville. Pas d’efforts particuliers sur ce créneau. Il préfère la production pour des organismes ou des entreprises “qu’on trouve cool”. Il envisage aussi l’édition de livres adaptés des émissions. Et regarde de près les plateformes de streaming, et ce qu’il pourrait développer dans l’événementiel.