Non M. Buhari

Non M. Buhari, Non M. le président!

Sa place n’est pas dans votre cuisine. Aucune personne intelligente ne pourrait le croire, surtout pas vous.

Cette femme détentrice d’un Bachelor en art et en administration publique ainsi que d’un Master en affaires internationales et stratégie pour ne citer que ça; cette femme d’affaires défenseur des droits de la femme, votre épouse depuis 1989, Aisha, sa place n’est pas dans votre cuisine.

Pour preuve, en juillet 2014, lorsqu’elle invitait votre adversaire le président sortant du Nigeria, M. Jonathan à démissionner après cet attentat qui aurait pu vous coûter la vie; lorsqu’elle demandait aux femmes de voter massivement pour vous en 2015, elle était bien loin d’une quelconque cuisine.

M. Buhari,

Nous pouvons comprendre votre difficulté à gérer cette délicate situation mais notre message ne s’adresse pas seulement à vous. Il s’adresse à tous les hommes qui s’entourent de femmes brillantes, conscients de l’apport qu’elles seront sur le chemin de leur réalisation, et qui une fois là haut pensent pouvoir simplement ignorer leurs voix.

Votre fragilité est réelle messieurs, regardez comment une phrase peut vous ébranler aux yeux du monde. Regardez ce que si peu peut faire comme mal à votre image et à vos grands égos. Si vous en doutez allez demander à Hollande combien de temps il faut pour digérer un tweet mal placé.

Comprenez-moi bien. Je n’encourage aucun époux, ni aucune épouse à ébranler son partenaire aux yeux du monde. Je vous rappelle simplement, si vous le permettez, qu’il faut être réellement bouché pour ne pas comprendre que ce recours est parfois le dernier face à l’indifférence de l’autre. Surtout quand on a consenti soi-même à de nombreux sacrifices pour mener à bien un projet commun. Car vous conviendrez avec moi, que les premières dames ne sont pas des gadgets aux bras de leurs époux.

La force qui vous tire vers le haut est la même que celle qui pourrait vous tirer le bas. Votre plus belle arme peut se retourner contre vous.

Vos déclarations, Excellence, avec toute la déférence que nous vous devons, sont déconcertantes. Toutefois, elles ont au moins la qualité de ne pas porter la perfidie qui caractérise le sexisme chez les hommes de votre degré d’instruction. Et plus qu’il s’agit d’une affaire de cuisine et de salon et de chambre, espérons que les sauces (toutes les sauces) que l’on vous servira ces jours- ci ne seront pas trop salées à votre gout.

Ne vous inquiétez pas. Nous avons entendu l’appel à l’aide du romantique en vous qui tente de démontrer sa poigne pour cacher sa faiblesse. Pour vous prouver que l’esprit de Simone de Beauvoir n’a pas tout possédé en votre femme, voici quelques mots d’elle saluant vos progrès au cours de la même interview accordée à la BBC :

“Nous n’entendons plus personne parler d’agressions dans son propre domicile. Heureusement, chacun peut circuler librement, aller dans des lieux de culte, etc. Même les enfants de Maiduguri ont repris le chemin de l’école”.

D’autres mots que vous auriez peut-être souhaité qu’elle se contente de dire à ses casseroles et à ses les louches en vous préparant sagement le repas du soir.