Squelettes. Musée archéologique de Naples / Wikimedia

Ludus Templum.

Pour que l’école ne deviennent pas Herculaneum

L’école doit être un sanctuaire. Invocation. Souhait. Incantation. Mais peut être funeste ambition.

Sanctuarisée, l’école devient de facto un objet sacré. Sacralisée, l’institution se mue en icône inviolable par le commun. La pureté s’impose comme permis d’entrer. L’infaillibilité se sous-entend comme une bulle pontificale. Bulle dans laquelle s’emprisonne l’école.

Un récent débat issu d’un article sur Rue89 en témoigne : concevoir l’école comme un templum, fait des enseignants des prêtres dont la parole serait inspirée par les muses tandis que celle des parents n’aurait que droit de cité. Mais pas de citer.

L’école ne doit pas être un sanctuaire. Certes, que les enfants puissent être protégés à tous égards est un souhait légitime. Il n’est pas question ici de faire de l’école une extension du domaine de la lutte. Mais il s’agit de ne pas couper l’école du monde. À sanctifier, on rend l’objet inerte. Inamovible. Figé dans une temporalité fantasmée. Ne cherchons pas plus loin l’inertie quant aux propositions pédagogiques ou techniques. Freinet ne figure pas dans l’Ancien Testament. Steve Jobs et son iPad ne sont pas mentionnnés dans les canons. Dès lors, à quoi bon oser mettre en doute le Saint-office scolaire?

L’école ne pourra jamais être un sanctuaire. Car l’éducation n’est pas un monothéisme. La logique de sanctuaire suppose une attitude défensive. Que nul n’entre dans le domaine sans avoir commis ses ablutions comme autant de purges mémorielles, émotionnelles et personnelles. Que chacun d’ entre vous se range en ordre de prière dans ces classes intemporelles.

N’oublions pas combien les polythéismes portent en eux, de manière congénitale, la tolérance et l’acceptation. Trouver des points d’ancrage, intégrer l’autre sans le fondre dans une norme, dialoguer et s’ouvrir à l’exotisme. Autant de fondations pour une école. Qui si elle n’est pas sanctuaire clôt, n’en demeure pas moins une maison commune où chacun peut trouver une place pour le banquet.