La feria King Kong de Rita Segato

Maélyss Larrieu
Apr 9 · 6 min read

“Il est devenu insuffisant de parler d’inégalité parce qu’aujourd’hui, le problème, c’est la propriété.”

Rita Segato se prête au jeu des dictons. Jamais deux sans trois, aurions-nous pu prédire, avant que l’anthropologue brésilo-argentine ne soit élue pour inaugurer la prochaine Feria del Libro de Buenos Aires, le 25 avril prochain, salle Jorge Luis Borges. Pour la troisième année consécutive, une femme ouvrira le prestigieux cycle littéraire dans la capitale, après Claudia Piñeiro en 2018 et Luisa Valenzuela en 2017. Symbole d’une génération, la pensée de Rita se veut visionnaire sur la condition féminine latino-américaine, à une époque où les structures du patriarcat règnent toujours en maître. L’auteur de “La guerra contra las mujeres” (2016, Éditions Prometeo et Traficantes de sueños), diplômée d’anthropologie à l’Université de Buenos Aires et docteur en anthropologie sociale à l’Université Queen’s de Belfast, aborde la problématique de l’inégalité hommes-femmes sous un angle radical mais pas extrême ; engagé mais pas militant ; passionné mais précis. La lutte contre le patriarcat est au coeur du travail de cette grand-mère du féminisme, dont la voix fait écho à celle qu’elle ne se lasse jamais de rappeler, Simone de Beauvoir, et dont la plume ouvre la porte à une Virginie Despentes à la théorie King Kong à succès dans le cercle étudiant argentin (et pas que). Les deux écrivains dénonçaient déjà le système au début des années 2000, visionnaires peut-être, chefs de file certainement. Le corps de la femme -ce territoire- fut l’objet de la plus importante expropriation de l’histoire de l’Humanité : celle du ventre. Rita Segato, c’est l’étude topographique de comment l’utérus a déterminé le cours de l’Histoire.

Maélyss Larrieu

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Journaliste à ElCarretero.fr. Topographies, livresque & XXIème spleen.