Qu’est-ce qui est en crise derrière la crise du logement ?

(Découvrez la version vidéo diffusée sur TLM ci-dessous)

Derrière la crise du logement qui tragiquement laisse sans toit un certains nombre de personnes, il y aurait une autre crise (pas seulement économique ou encore politique). Une crise qui touche même davantage ceux qui ont l’avantage d’avoir un toit. Il s’agit de la crise de l’habitation. Vous connaissez la différence entre la crise du logement et la crise de l’habitation ? Heidegger nous conduit à faire une distinction intéressante entre le logement (l’appartement ou la maison) et l’habitation, plus métaphorique, pensée en termes de sol, d’enracinement qui concerne notre existence dans le monde. Disons qu’Heidegger permet de distinguer loger et habiter. On loge dans un appartement, on habite le monde. Loger relève d’un toit alors qu’habiter relève de toi (que tu aies un toit ou pas). Habiter relève de toi et de ta façon d’être dans le monde.

À voir comme nous jouons les ordures avec la nature et nos ordures, aurions-nous tendance à oublier que nous ne faisons que passer, que l’on va y passer ? « Les hommes n’ayant pu guérir la mort, ils se sont avisés pour se rendre heureux à ne point y penser » écrit Pascal. Or, l’homme est un être-vers-la-mort et c’est cette seule conscience qui lui permet d’habiter le monde. Une lucidité (je suis mortel) qui invite à l’humilité de notre passage sur terre et à son respect.

Autant vous dire donc que celui qui est sans abri n’a pas le luxe, lui, de se détourner de sa condition d’être mortel. Mort de froid, sans logement, il ne peut que s’éprouver habitant mortel et passager du monde. “On me laisse crever, t’inquiète j’ai bien conscience que je vais crever et que je ne fais que passer”. C’est aussi le cas des mal-logés dont la précarité ne met pas à l’abri de la vulnérabilité. Le risque, c’est qu’à l’abri dans des logements bétonnées, on se bétonne, se détourne de la vulnérabilité de la nature et de notre propre nature. Que l’on vive comme si nous étions des êtres éternels et les ressources aussi. Aussi, comment ne pas voir derrière l’inhumanité de la crise du logement, une crise profonde de l’habiter dans le monde. Je crois que c’est parce que nous connaissons une crise de l’habitation que certains connaissent aujourd’hui une crise du logement.

Aussi est mon éthique : C’est la perte de lucidité et d’humilité qui fait perdre en humanité.

lauralange.fr

Version vidéo :

La minute philo — TLM : https://www.youtube.com/watch?v=lTXgIG-dlTU

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