Ode à la radio et au numérique

La radio. Elle vous réveille, vous parle par dessus l’épaule, vous accompagne pendant le café et les tartines. Elle marque les minutes si précieuses le matin et évite le rapport élastique au temps : “C’est déjà l’heure de la revue de presse ! Vite ! Je suis en retard !”. Manteau, clefs, sac à main. Et on file au bureau.

La radio, c’est une voix grave qu’on imagine dans une ambiance enfumée avec lumière tamisée. L’animatrice passe des standards de jazz et prend des appels d’auditeur. Le ton est intimiste. On se laisse aller à dire des choses parce que c’est la nuit et qu’on sait que la lumière du jour va tout effacer. La mythique libre-antenne. Quand les insomniaques vaquent à leurs occupations, la radio leur rappelle qu’ils n’ont pas à s’en faire car ils ne sont pas les seuls à être éveillés à cette heure indécente.

La radio, c’est aussi les embouteillages au péage, quand on rentre de week-end et que le lendemain il faut se lever. C’est les vacances de juillet et les vieux tubes français chantés à tue-tête avec les enfants pour leur pardonner le fait qu’à cause d’eux on part tous en vacances le même jour, et qu’on n’est pas les seuls à avoir eu l’idée de décaler le trajet de trois heures pour avoir moins de monde. La radio, elle donne l’heure, le rythme, l’humeur. Elle nous maintient dans le flot de la vie quotidienne.

Mais ça c’était avant. Avant internet. Aujourd’hui, la radio, elle est décorrélée du temps. On peut écouter une chronique matinale à midi parce que nos collègues nous en ont parlé et qu’on n’était pas réveillé, ou pire qu’on écoutait un autre programme. Parce que oui. On peut tout faire maintenant. On peut battre la mesure, passer des rondes aux croches, de la clef de sol à la clef de fa, de la valse au tango. Libre-antenne le matin, invité politique le soir et concert de rock le dimanche pendant le jogging.

On timeshifte, on réécoute en rattrapage, on podcaste. On met en favori pour plus tard, quand on choisira d’avoir le temps. On joue avec les éléments structurants de notre journée. C’est un peu comme si on prenait un plat de pâtes au pesto accompagné d’un verre de Montepulciano le matin et un café croissant le soir. On a la tête à l’envers. Et on aime ça.

On en redemande. Sur tous les devices : smartphones, tablettes, desktop, radio hybride, voitures connectées. Sous toutes ses formes : son, vidéo sous-titrée, format court avec texte animé, push audio. La radio est plus que jamais présente. Elle naît même parfois directement sur internet sous forme d’une série de podcasts à l'accent américain. Et nous, on est content. Plus nos oreilles se baladent, plus on est content

Source : The networker #2, publication sur les enjeux et cultures numérique de Reputation Squad

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